ce rapport une matière inerte. On ne doit pas conclurede là que le sable est sans utilité dans les mortiers ; ou-tre l’économie qu’il procure dans la fabrication, il joueun rôle important dans leur solidification et dans ledegré de résistance qu’ils présentent, comme nous leverrons plus loin (chap. II). Mais il ne modifie pas lespropriétés dues aux actions chimiques.
§ 4. pouzzolanes. Nous nous occuperons dans ceparagraphe, non seulement de la pouzzolane propre-ment dite, mais encore des arène*, des psammites et engénéral de toutes les substances dont la combinaisonà froid avec la chaux grasse produit des mortiers hy-drauliques. Le mode d’action de tous ces corps étantanalogue, nous avons cru devoir les réunir.
Nous avons déjà dit que la calcination de la chauxgrasse et de l’argile produit un composé susceptible dedurcir sous l’eau, nous allons maintenant faire connaî-tre les méthodes qui permettent de produire à froid, parla voie humide, le même composé, ou du moins uncomposé jouissant des mêmes propriétés. Le sujet quenous allons traiter présente une grande confusion :beaucoup de faits encore douteux. Nous nous efforce-rons d’être clairs sans oser l’espérer.
4° Pouzzolanes naturelles. La pouzzolane proprementdite est une matière volcanique, pulvérulente, d’unrouge violet, exploitée pour la première fois parlesRomains, près de Pouzzoles, en Italie , où elle existe enquantité considérable. On a cru pendant longtemps quela pouzzolane n’existait que. dans la localité que nousvenons d’indiquer; aussi la faisait on venir à grandfrais toutes les fois que l’on avait besoin d’un mortierhydraulique. Les environs de Rome en fournissent éga-lement, et le naturaliste Faujas de Saint Fond a démon-tré qu’il en existe en France , ce que beaucoup d’autrespersonnes ont, du reste, reconnu depuis lui. On rencon-tre ces composés dans les terrains volcaniques brûlantset les terrains volcaniques à cratères. Souvent il enexiste des couches plus ou moins puissantes, soit aupied des coulées de lave, soit entre les couches de deuxcoulées successives. Certaines laves poreuses peuventelles-mêmes servir comme pouzzolanes après avoir étéréduites en poussière.
Les pouzzolanes sont caverneuses, scoriacées et por-tent l’empreinte d’un feu plus ou moins violent. Leurcouleur varie du noir au brun; elles passent au jauneet même au rouge suivant les quantités d’oxyde de ferqu’elles renferment. Toutes ces substances sont com-posées de silice et d’alumine combinées avec un peu dechaux, et quelquefois Je potasse, de soude, de magnésieet de fer. Elles renferment en outre du peroxyde de fersimplement mélangé.
On doit toujours réduire les pouzzolanes en poudreavant de les employer. Leur action est d’autant plusénergique, toutes choses égales d’ailleurs, que leur pul-vérisation est plus parfaite. Cette opération s’exécuteassez facilement au moyen de meules verticales tournantdans une auge circulaire. On a proposé l’emploi de cy-lindres cannelés tournant les uns contre les autres, oubien une espèce de grand moulin à café formé d’unenoix conique en fonte tournant dans un vase du mêmemétal. Ces appareils, assez satisfaisants en théorie,donnent de mauvais résultats pratiques, parce qu'il ar-rive toujours, malgré les soins apportés à écarter l'hu-midité et les autres accidents, que les cannelures se rem-plissent de la matière, de sorte qu’après quelque tempson n’a plus qu’un laminoir qui ne moud plus du tout lapouzzolane. Autrefois, on expédiait d’Italie la pouzzo-lane en fragments ; on commence aujourd’hui à la pul-vériser dans le pays, d’après les conseils deM. Poirel,ingénieur des travaux du port d’Alger ; qui se trouvaforcé d’en consommer une grande quantité au commen-cement de son service. La pulvérisation effectuée enItalie , dans des ateliers spéciaux, doit certainement coû-
ter moins cher que partout ailleurs ; cependant, nousconseillerons toujours aux personnes qui auront à em-ployer de la pouzzolane d’Italie de la demander en frag-ments. Car une fois réduite en poudre, il est facile dela falsifier, et la fraude serait alors assez difficile à reconnaître.
2° Pouzzolanes artificielles. On donne ce nom, paranalogie, à toutes les substances qui peuvent, par unepréparation convenable, former avec de la chaux grasseun mortier susceptible de durcir sous l’eau. — Les com-posés rangés dans cette catégorie sont assez nombreux.Nous les examinerons successivement.
Les argiles, composées, comme on sait, de silice etd’alumine et plus ou moins mélangées de carbonate dechaux et d’oxyde de fer se transforment en excellentespouzzolanes par l’action d’une calcination convenable.— La cuisson de l’argile peut s’exécuter de différentesmanières. Le premier moyen qui se présente consiste àla réduire en poudre et à la faire rougir sur des plaquesen fer exposées à l’action du feu. On remue sans cessela matière pour que toutes les parties atteignent lamême température. L’expérience indique bientôt letemps nécessaire et la température la plus convenable.Ce procédé n’a pas encore été employé dans les arts :ce serait le meilleur si on pouvait le rendre économi-que. On arriverait probablement à ce résultat par l’em-ploi d’un cylindre en fonte chauffé extérieurement etanimé d’un mouvement de rotation sur son axe. L’ar-gile introduite à l’une des extrémités du cylindre sorti-rait à l’autre extrémité calcinée aussi uniformément quepossible. — Cette disposition a déjà été employée parun fabricant*de Saône-et-Loire ; mais il n’a pas donnésuite à ses expériences à ce sujet.
Il est bien constaté que le contact de l’air pendantla cuisson des matières pouzzolaniques développe sin-gulièrement leurs propriétés. La nature de cette actionn’est pas parfaitement expliquée; mais il n’en est pasmoin9 vrai que l’on doit tenir compte de ce fait. Il con-vient donc de rendre les argiles, avant leur cuisson, leplus poreuses possible. On peut obtenir ce résultat enles mélangeant avec du sable quarzeux; mais cemoyen présente l’inconvénient d’altérer la pureté despouzzolanes obtenues. Il vaut mieux mêler l’argile avecdes matières combustibles, de la sciure de bois, de lapaille hachée ou de la balle de blé. Le plus souvent onne prend aucune de ces précautions : on se contentede diviser l’argile en fragments gros comme des œufset à la soumettre, dans cet état, à une température con-venable. La méthode généralement employée pour lacuisson des argiles à pouzzolanes consiste à les placerà la partie supérieure des fours à chaux. La violencedes courants d’air qui existent dans ces appareils favo-rise beaucoup la transformation de l’argile en pouzzo-lane. Dans une fabrication régulière de quelque impor-tance, l’emploi de fours à réverbère produit d’excellentsrésultats. M. Petot a fait construire à Brest pour la cuis-son des pouzzolanes un four à réverbère d’une formeparticulière dont les fig. 4884 et 4 885 feront compren-dre la disposition. La cheminée est partagée dans unepartie de sa longueur en trois compartiments. On intro-duit la matière à calciner par l’ouverture e dans le com-partiment du milieu : elle s’échauffe en descendant etarrive bientôt sur la tôle ou s’étend en couches mincesau moyen de ringards. Quand la torréfaction est ter-minée, on amène la pouzzolane dans le puisard P situéderrière l’autel et on la retire quand son refroidissementest complet. — Les ouvertures r, r servent à agiter et àfaire tomber les substances si elles venaient à s’agglu-tiner et à s’arrêter dans la cheminée. La grille g empê-che qu’une trop grande masse de pouzzolane tombe àla fois sur la sole. Dans quelques fours plus perfection-nés il y a jusqu’à trois soles superposées que la pouzzo-lane parcourt successivement.
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