Band 
G-Z.
JPEG-Download
 

ORFEVRERIE .

ORFEVRERIE .

donne à quiconque travaille les métaux précieux, l’or,l’argent et le platine, mais surtout l’or et l’argent.

Cette généralité de l’expression, cette diversité designifications nous conduisent à traiter, sous le mêmetitre, un grand nombre de divisions et de subdivisionsexistant dans une industrie ou plutôt un art dont lesmoyens d’exécution sont aussi variés que les produits.Rejetant tout ce qui est relatif à la partie commer-ciale de notre sujet, nous considérerons seulement qua-tre professions dans l’orfevrerie.

4° L'orfècre proprement dit est celui qui entreprendla fabrication de la vaisselle, des couverts, des orne-ments de table ou d’église, des coffrets, des coupes et detous les gros ouvrages qui servent à l’ameublement,qui sont appliqués d la décoration des habitations ou desédifices. On a assez improprement nommé autrefois lefabricant de ces objets orfèvre grossier, à cause de lagrandeur des pièces qu’il confectionne; cette appella-tion ne signifiait nullement que ses ouvrages étaientgrossièrement exécutés, car ils avaient la délicatesse,le goût et le fini qui ont fait la réputation des œuvresplutôt artistiques qu’industrielles des illustres orfèvresdont la France s’honore avec tant de raison.

2° L'orfèvre-bijoutier fabrique tous les bijoux d’or,tels que bracelets, anneaux, colliers, broches, poignéesd’épée, tabatières, tous les bijoux en or appliqués plusspécialement à la décoration des personnes , même lors-qu’ils sont enrichis de pierres précieuses ou de dia-mants, lorsqu’ils sont émaillés ou non émaillés.

3° Si l’orfèvre*bijoutier n’emploie pas nécessairementles pierres précieuses dans la confection des objets quisortent de ses mains, il n'en est pas de même de l’or-fivre-joaillier, qui a surtout pour habitude de faire res-sortir les vifs reflets, les brillants jets de lumière despierres tAillées par le lapidaire, en les disposant sur cesornements aux formes si gracieuses et si légères quiparent les têtes et brillent sur les corsages des femmes ; il»font ces bouquets, des couronnes de fleurs, ces grappesde fruits où les tiges sont de l’or et do l’argent, lespétales des brillants, les fruits des saphirs ou des rubis.Ajoutons seulement que dans les ouvrages de bijoute-rie, on enchâsse plus souvent les pierres de couleur, etdans les ouvrages de joaillerie les diamants et lespierres incolores ou très légèrement colorées.

4 W Par suite de l’extension donnée au mot orfèvrerie,on dit aussi bien orfèvrerie de cuivre et orfèvrerie de pla-qué que orfèvrerie d’or et d’argent . Le plaqué et l’orfè-vrerie de cuivre sont une imitation de l’orfèvrerie pro-prement dite ; nous nous en occuperons en dernier lieusous le titre d'orfèvrerie d'imitation.

Nous allons passer successivement en revue chacunede ces quatre professions, en commençant par la joail-lerie dont les moyens d’exécution sont, industrielle-ment parlant, plus simples que ceux de la bijouterie oudo l’orfèvrerie proprement dite, mais qui appelle à sonaide toute la fantaisie et tout le goût de l’artiste. Au-paravant, nous dous ferons un devoir de fyire connaîtreque nous n’aurions pas pu remplir la tâche que nousavions acceptée, de faire l’article orfèvrerie dans leDictionnaire des Arts et Manufactures , si nous n’avionsété aidé par les excellents renseignements et les com-plaisantes explications qu'ont bien voulu nous donnerM. Rouvenat et les chefs des ateliers de joaillerie et debijouterie, de l’important établissement qu'il dirige con-jointement avec son parent, M. Christofle, et si, d’unautre côté, notre ami, M. Daly, directeur de la Revuegénérale de l'architecture , ne nous avait secouru de seslumières pour la question d’art.

SECTION I. -DE LA JOAILLERIE.

L’art du joaillier,'en tant qu’art distinct, était inconnu des anciens. Jusqu’à l’année 4745, époque duperfectionnement de la taille du diamant, l’orfèvre en-

châssait bien les pierres précieuses dans l’orou l’argent,mais il ne s’agissait, le plus souveut, que de baguesd’évêques, d’objets servant au cuite, etc. Agnès Sorel et Anne de Bretagne furent les deux premières femmesqui, en France, se parèrentde pierreries. Sous Louis XIV seulement, la joaillerie acquit une certaine perfection,et les joailliers, sous le nom de metteurs en œuvre,furent, sous Louis XV , considérés comme artistes etadmis à la jouissance de quelques privilèges. Aujour-d’hui, quoique en Angleterre et en Russie on monteassez bien le diamant, la France a presque conquisle monopole de la joaillerie. La légèreté, la grâce et lebon goût des joyaux français les font préférer danstous les pays du monde aux joyaux mis en œuvre ail-leurs que dans notre pays. Nul ouvrier ne possède lascience du dessin, un goût développé, une grande dexté-rité de main, au même point que l’ouvrier français etsurtout l’ouvrier parisien.

On conçoit qu’il soit difficile d’expliquer avec pré-cision une industrie qni n'admet pas de règles inva-riables, où le goût et la fantaisie de l’ouvrier donnentparticulièrement du mérite à l’ouvrage. Ces diadèmes,ces guirlandes, ces bouquets légers où la grâce de laforme lutte avec l’éclat des diamants, ne sauraient êtrecréés selon une formule rigide, ne sauraient sortir d’unmoule, d’une matrice, d’une machine. La main capri-cieuse de l’homme doit incessamment intervenir pourmodifier, changer, corriger les formes du modèle pri-mitif. Cependant, même dans la fabrication des joyauxles plus différents, il se rencontre des opérations tou-jours identiques qui sont comme les points de repèreauxquels se mesure la marche de l’ouvrier; ce sontces opérations que nous allons décrire en prenant pourexemple la confection d’une coiffure, telle que le chignonreprésenté en grandeur (fig. 2030).

Ce dessin au trait est celui qui est donné au joaillier ;les feuilles, les grappes, la rose, qui s’y trouvent tra-cées, doivent être faites séparément et ensuite assem-blées. Le joaillier décalque à part les feuilles tellesque A (fig. 2031), les culots de gland tels que B et C(fig. 2032 et 2033), les grappes telles que D (fi-gure 2034), etc. Les feuilles et les grappes ne doiventpas être fabriquées de la même manière. Les feuillesqui doivent recevoir de petits brillants sont faites avecdu plané; les grappes, les pendants, les boutons, etc ,sont faits avec de la charnière.

Occupons-nous d’abord des feuilles, des parties faitesavec du plané.

L’ouvrier prend une feuille d’argent lamiué à épais-seur convenable, la polit avec de la ponce, la fait chauf-fer, puis y applique facilement une légère couche decire blanche. Il décalque alors avec du papier végétal enles plaçant à l’envers, pour qu’ils viennent dans le sens,les dessins d’une feuille A (fig. 2031 ), ou bien des ca-lots B ou C (fig. 2032 et 2033). Cela fait, il fixe les des-sins en enlevant la cire avec une pointe, et ensuite, avecune scie à main trè-s fine, il découpe la feuille dans la lamed’argent.

Quelquefois, lorsqu’il s’agit par exemple d’une bro-che où se trouve un nœud, le joaillier doit avoir soinde décalquer sur la lame d’argent le double (au moins)du ruban tracé sur le dessin primitif, en le développanten sens contraire, afin qu’il puisse être plus tard renouéet contourné selon la forme qu’il est désirable de luidonner.

Cette premièreopération du découpé terminée, le joail-lier soude avec la soudure d’argent au quart (voir aumot bijoutier-joaillier) une doublure, c’est-à-dire une mince feuille d'or au titre de 42 karats(500 millièmes). Cette doubluro est destinée à releverl’éclat du dessous du joyau, car l’or est susceptible derecevoir un brillant, et il revêt la forme d’arêtes viveset éclatantes qu’on ne saurait donner à l’argent.