ORFÈVRERIE.
ORFÈVRERIE.
compte d’après ceux qui ont été recueillis par nosmusées, les bijoux de ces temps reculés étaient bieniuformes. Ils ne consistaient guère d’abord qu’en unmorceau d’or rond ou carré formant une bague gros-sière ou un anneau d’oreille, et qui n’était, sans doute,travaillé qu’au marteau, seul outil qu’on connût peut-être alors. Certains Indiens de l'Amérique du Sud fontencore ainsi leurs bijoux. Ils se servent toutefois d’unbambou creux en guise do chalumeau, ce qui est déjàun perfectionnement. Sans aucun doute, ces moyenssimples ont pu devenir, entre les mains d’habiles ou*vriers, le moyen de produire des bijoux d’un certainmérite artistique. Mais, à quelques exceptions près, lemérite principal des bijoux consistait dans le prix dela matière ; le plus lourd était le plus estimé, au moinspar le plus grand nombre des anciens consommateurs.
Plus tard, les arts et l’industrie se perfectionnant, ondut recourir à des moyens de fabrication plus ingé-nieux et plus en rapport avec les besoins d’une civili-sation plus avancée. De là l’invention des outils perfec-tionnés, tels que : les filières servant à tirer le fil rond,carré ou ovale, les laminoirs écrasant la matière d’unemanière parfaite et régulière, les tenailles, les bigornes,les mandrins, les dés à emboutir, etc.; puis, en mar-chant toujours vers la perfection industrielle, les poin-tons, les estampes et les matrices qui, s’ils ne contri-buent pas aux progrès de l’art absolu, aident au moinsà développer et étendre la consommation.
Si l’on excepte les quelques ouvrages sortis de loinen loin des mains d’habiles orfèvres, et qui sont d’unegrande beauté, l’époque du bijou un peu gracieux neremonte pas, en Europe , à des temps bien éloignés. Iln’y a pas plus de cent ans que, hors les gens de lacour, on ne rencontrait pas d’autres bijoux que labague (fig. 2055), l'anneau d’oreilles (fig. 2066), lacroix à la Jeannette (fig. 2057) et le saint-esprit (fi-gure 2058). La croix et le saint-esprit sont les deuxsymboles les *plus répandus parmi le peuple chrétien,
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et ce sont des bijoux d’une signification tranchée,comme tous les bijoux primitifs : comme ceux desMexicains, des Indiens, qui portaient leurs dieux sus-pendus au cou ; comme aussi les bijoux des damesromaines, qui ne craignaient pas de s’orner avec despriapes et autres signes d’un caractère non moins net.Sur les anneaux et les sceaux furent, de tout temps,comme on le voit par les curiosités conservées dans lesmusées, enchâssées des pierres gravées ou des pierresprécieuses par une sorte de sertissure analogue à celleque nous avons décrite, ou bien il y était placé des mainsentrelacées, des témoignages d’amour, des dictons, dessouhaits. On possède de ces sortes d’objets provenantde toutes les époques, depuis le temps des Grecs et desRomains jusqu’à nos jours.
§ 7. De la bijouterie en creux . Les bijoux précédentsne se firent d’abord que massifs, avec le marteau et lalime. Mais le luxe s’introduisant dans les classes infé-
rieures de la société, et le prix trop élevé du bijoumassif n’étant plus eu rapport avec l’état de fortunedes consommateurs de-plus en plus nombreux, on sentitla nécessité de faire à meilleur marché, et c’est ce quidonna naissance au bijou creux. Ce bijou ne consistaguère pendant longtemps qu'en la reproduction desquatre pièces désignées fig. 2055 à 2058, mais à desprix infiniment plus bas. Il y a une quarantaine d’an-nées, cette fabrication, qui portait sur quelques autresbijoux de forme plus gracieuse et plus variée, était trèsconsidérable. Aujourd’hui, elle ne produit plus que pourles provinces de France, d’Espagne , et encore un peupour l’Amérique . Le bijou creux a encore une certainevogue dans les campagnes, parce qu’il est d’un bonmarché fabuleux. Voici comment on le fabrique :
L’ouvrier, qu’on appelle creusiste dans cette partie,estampe dans une matrice deux pièces semblables; >1en ébarbe les bords à la lime, puis, afin de rendre lesparties qui doivent être jointes parfaitement plates, illes passe sur une pierre dite pierre à dresser. Il remplitensuite de soudure en limaille ou en paillon les coquillesformées, dans une proportion que l’habileté du travailindique, attache avec un fil de ferles deux coquilles etles soude à la lampe, comme il a déjà été dit. La pièceest alors remise à la polisseuse qui la termine.
Cette fabrication est celle qui prête le plus à la fraude.On a introduit beaucoup de soudure à très bas titre dansdes feuilles de plané d’une minceur extrême, et on a eudes bijoux de si peu de valeur que les consommateursn’en pouvaient plus rien tirer lorsqu’ils voulaient s'endéfaire, et qu’ils ont fini par s’en dégoûter.
§ 8. Du filigrane. — Le bijou filigrane , c’est-à-dirofait en fils d’or on d’argent, est le bijou léger par excel-lence ; aussi convient-il de préférence à tous les autresgenres, dans les pays où l’ardeur des rayons du so-leil rend insupportable l’emploi des bijoux massifs. Sasformes gracieuses et sa légèreté l’ont fait rechercher,pendant nombre d’années, dans toute l’Amérique, . unepartie del’Asieetdanstoutesles Antilles . Ce genre de bi-jou n’est point né en France ,quoiqu’il y ait été fabriquédès le sixième siècle, c'est-à-dire dès les premiers tempsde l’orfèvrerie française.Ainsi, Notre-Dame de Parispossédait une grande croixen or travaillée en filigra-nes, offerte par Jean, duc deBerri, en 4 406,(1), et quiétait due à saint Eloi, le pre-mier des argentiers de Li-moges , le patron célèbre desartistes français . Les fili-granes 6e retrouvent sur uugrand nombre de monuments d’orfèvrerie sacrée appar-tenant à tons les siècles, depuis le sixième jusqu’auseizième, sur des reb'quaires, des bustes de saints, deschâsses, des croix (2). Toujours ces filigranes formentdes treillis à volutes et à circonvolutions, semés de dis •tance en distance de points circulaires; le cercle, enrepos ou en mouvement, fait tous les frais de cette dé-coration.
On retrouve les bijoux en filigranes chez les Maures,les Mexicains, avant la conquête de leur pays par lesEspagnols . C’est le bijou des Chinois, qui paraissentignorer qu’il existe d’autres genres, et enfin le bijou debeaucoup d’indiens. Ces derniers, toutefois, le faisaientlourd, empâté par la soudure, hideux dans les formes,
(1) Gilbert. Description de N.-D. de Paris , page 323.
(2) Essai sur les argentiers et les ématWeurs de Limoges ,par l’abbé Texier, page 55.
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