ORFÈVRERIE.
k un haut degré de perfection. L'innombrable quantitéde bijoux que Ton fait du même modèle permet de mettrela façon à très bas prix. C'est un immense avantageque possède cette fabrication sur celle de la bijouteried'or. Au reste, le bijou en cuivre, quoique bon marché,revient toujours cher, en ce qu’il se détériore si facile-ment qu’il ne peut bientôt plus passer aux yeux lesmoins experts, que pour ce qu’il est.... du faux. Unebonne fabrication seule pourrait soutenir cette industriequi, après une grande prospérité, décline rapidement,ainsi que nous l’avons dit dans les généralités où nousavons essayé de faire comprendre les catégories diversesà introduire dans la bijouterie.
SECTION III. de l’orfèvrerie.
De la description des procédés de fabrication des di-vers ornements faits de matières précieuses dont se parentles personnes, nous passons à l'orfèvrerie proprementdite, quia pour fonction l’ornementation des édifices sa'crés ou profanes et des habitations particulières, surtoutdans les moments de pompe et de réception. Pour les édi-fices sacrés, l’orfèvrerie fabrique, comme ledit le moineThéophile dans son Essai sur divers arts , diyersarchartium SCHEDULA, ouvrage qui remonte au moins autreizième siècle : « les calices, les candélabres, les en-censoirs, les vases des saintes huiles, les burettes, leschâsses des reliques saintes, les croix, les missels etautres objets qu’une utile nécessité réclame pour lesusages de l’église, sans lesquels les divins mystères nile service des autels ne peuvent s’accomplir. » Pour l’or-nementation des palais et des édifices, l’orfèvrerie fa-brique les coupes, les vases, les candélabres, etc., des-tinés à décorer les cheminées que et l’on donne en prixdans les courses ; les miroirs, les corbeilles de ma-riage, qui se trouvent dans les riches boudoirs; lavaisselle plate ou montée, les couverts, les emmanche-ments des couteaux, les corbeilles de fruits, les théières,les plateaux, les seaux à rafraîchir, et tant d’autresobjets destinés au service de la table. Nous ne pouvonspas avoir pour but, dans cet article, de décrire avecdétail les procédés que suit l’orfèvre pour fabriquer tantde produits divers. Nous devons nous borner à poser desprincipes généraux, et à indiquer les perfectionnementsnouvellement introduits dans cette industrie. Nouscommencerons donc par quelques considérations géné-rales sur la direction que nous voudrions voir prendreaux orfèvres ; nous parlerons ensuite des styles tropsouvent confondus, de l’emploi des nielles et des émauxtrop rarement employés, et enfin de la fabrication méca-nique de certains objets, fabrication tout k fait re-nouvelée dans ces dernières années.
§ I. Du véritable but de l'orfèvrerie. — Toutes lesproductions de l’orfèvrerie doivent être envisagées sousdeux aspects bien différents, mais qu’il ne faut jamaisperdre de vue dans leur appréciation. L’art et l’indus-trie sont ici intimement liés l’un à l’autre. Les procédésindustriels doivent intervenir pour diminuer les frais dela façon de l’objet brut et permettre d’augmenter la ri-chesse de l’ornementation. Il faut diminuer la quantitéde la matière première afin de reporter un excès de va-leur intrinsèque sur le travail artistique et l’employerà donner aux objets des formes élégantes et poétiques ;on doit se garder cependant de faire une économie mes-quine qui consisterait à retrancher tellement sur l’or, surl’argent, ou sur les pierres précieuses que les formesdeviendraient grêles, manqueraient de solidité et fini-raient par perdre un certain aspect monumental ré-clamé par la plupart des produits de cette industrie : ondoit ajouter au prix du métal ou de la pierre, quelleque soit leur rareté, le prix du travail intelligent millefois plus précieux.
S’il y a une industrie qui doive être jugée sous cepoint de vue, c’est sans contredit celle qui a pour but
unique la création d'objets de luxe devant rehausser lasplendeur des temples ou des palais, la richesse d’unetable, la magnificence d’un salon. Les produits des au-tres industries doivent être appréciés d’une manièretoute différente ; il faut qu’on tienne compte du rapportqui existe entre le prix de revient des objets et les usagesauxquels ils sont destinés. Ce rapport est nécessaire-ment déterminé par l’état de fortune de ceux qui peu-vent en devenir les acheteurs. Vouloir juger les produitsindustriels ordinaires d’après l’apparence extérieure, laforme, la finesse, le dessiu, c’est s’exposera ne com-mettre qu’erreurs sur erreurs. Mais il n’en est plus ainsi,lorsqu'on est appelé à apprécier les riches objets quefabriquent l’orfèvre, le joaillier, le bijoutier, le gra-veur, le statuaire, avec les rares produits que les hom-mes arrachent aux entrailles de la terre. Cependant, ilne faut faire passer ces observations à l’état de règlesque dans une certaine mesure ; il est important que lesproduits de l’orfèvrerie, comme les produits de tous lesarts, puissent arriver, pour ainsi dire, dans toutes classesde la société, ou soient au moins abordables par les for-tunes médiocres. Mais cette sorte de diffusion des objetsde cet art ne doit point s'opérer, comme cela a eu lieujusqu’à ces dernières années, par suite de la suppressionde toute la partie artistique. Les riches services de table,les ornements en or, en argent, les pierres précieuses nedoivent pas être regardés comme une sorte de caisse d’é-pargnes ne donnant pas d’intérêts. On conçoit toute lafausseté de cette voie prise par l’orfèvrerie, dont les pro-duits ne procurent alors qu’une jouissance de sotte va-nité : Vous voyez que je suis riche, j’ai de Vor . C’est, aucontraire, le goût des belles formes, c’est l’élégance, lagrâce, le sentiment de l’art que les produits de l’orfèvre-rie doivent conserver en devenant meilleur marché, afind’importer avec eux toutes les jouissances que leur con-templation procure dans des classes jusqu’alors dés-héritées, et la diminution de valeur doit provenir d’uneéconomie bien entendue de la matière première. C’estainsi que l’abandon du massif pour le çreux est unprogrès, que l’invention du plaqué peut être un bien-fait, que les nouveaux procédés de dorure et d’argenturepar l’électricité peuvent rendre des services signalés,que l’estampage, le moulage, tous les procédés méca-niques empruntés aux industries d’imitation, réalisentdans l’orfèvrerie une révolution heureuse, digne de tousles encouragements des véritables amis des arts.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces considérations, à notre avis, d’une haute importance. Nousen avons dit assez pour faire comprendre le point devue auquel l’orfèvre doit se placer. Nous termineronsen citant un seul exemple pour montrer ce que nousdésirerions toujours à un degré plus ou moins prononcédans un objet sorti des ateliers d’un orfèvre. On a pavoir à la dernière exposition une charmante coupe enagate supportée par un cep de vigne, que nous prenonsau hasard parmi les objets remarquables exposés parM. Froment Meurice . Le soc n'est pas un simple piedriche par l’argent, l’or, les pierres précieuses dont il estcomposé ; l’anse n’est point simplement une anse d'ar-gent massif. Non, au pied de l’arbre, on distingue troisgroupes : l’ivresse grossière représentée par Silène ; levin rêveur inspirantun jeune poète ; le vin tendre se joi-gnant à l’ivresse de l’amour pour combler les joies dedeux jeunes amants. La Raison humaine, représentéepar une belle et voluptueuse femme, est couchée surl’anse ; elle se laisse endormir par les vapeurs du nectarqui s’exhaleut de la coupe, enlacée qu’elle est par desamours qui montent aussi vers la source enivrante. Ainsil’on voit, à côté d’une grande habileté de mise en œuvre,les inspirations du poète, et cependant il y a sobriétéd’ornements ; chaque groupe, chaque détail s’expliquepar la nature et la destination de l’objet qu’il concourtà décorer.