ORFÈVRERIE.
ORFÈVRERIE.
§ 2. Des divers styles d'orfèvrerie. — Le style en orfè-vrerie, comme dans tous les arts, indique ce qui formele trait caractéristique du goût local de chaque pays,du goût spécial de chaque époque. Il sera, d’après cettedéfinition, inutile de nous étendre sur les divers stylesrencontrés dans l’orfèvrerie des différents siècles ; ilsuffira de dire qu’on y retrouve tous les caractères desautres arts contemporains, et surtout de l’architectureet de la décoration en général.
Dans l’orfèvrerie grecque et romainç, on retrouve lasimplicité de composition, les lignes nettes et pures del’art antique.Nos musées eu offrent de nombreux modèles.
L’orfevrerie byzantine, comme l'architecture des em-pereurs d’Orient, affecte des formes moins sévères,moins pures, moins classiques enfin que l’orfèvrerieantique. On y voit plus de spontanéité, de liberté etd’abandon dans les formes, moins d’étude, de calcul,dans la combinaison des lignes. Mais, en revanche, unegrande recherche de richesse matérielle caractérisel’orfevrerie du style bysanttn, On trouve à la Trésoreried’Aix-la-Chapelle des produits de ce style, qui datent dutemps de Charlemagne , et qui pourraient servir de mo-dèle aux artistes de nos jours.
Pendant le moyen-âge , l’orfevrerie brille particuliè-rement dans la fabrication des châsses, des reliquaires,des tabernacles, des ostensoirs, des chandeliers, desretables d’autels, des crucifix, etc. Les châsses, lestabernacles et quelquefois les reliquaires reproduisentle plus souvent les formes des églises, et suivent, parconséquent, les évolutions de Part-matrice, l’architec-ture. Ainsi, jusqu'au milieu du douzième siècle etquelquefois plus tard encore, les arcatures et les baiessont en plein cintre, les figures sont très allongées,avec peu de hanches ; les plis des draperies sont verti-caux, roides, parallèles et serrés ; les poils et les che-veux finement indiqués; les costumes ornés d’une éton-nante profusion de bijoux ; c’est aussi de cette manièreque sont faits les principaux membres de l’architecturede ces petits monuments que représentent les châsses,les tabernacles, etc.; ils sont en outre couverts de bi-joux, et on retrouve partout les quatre clous de la croixdu Sauveur.
Plus tard, l’ogive remplace le plein cintre ; les figuresse raccourcissent ; les formes un peu lourdes sont plusvoisines des proportions humaines, et ce mouvementde contraction se poursuit si bien que, vers la fin duquinzième siècle, elles sont tout à fait trapues. Lesfigures du style gothique , au treizième siècle, ont desdraperies très amples, des plis peu nombreux, maisaffectant toujours un peu le mouvement vertical. Lefaire de ces figures est beaucoup plus large que celuides figures du style byzantin.
A la Renaissance, l’imagination des artistes orfèvresprend un nouvel essor; de religieuse qu’elle avait été.l’orfèvrerie se fait profane. Elle étudie et cherche àreproduire les formes du style antique, mais l’habitudedes riches décorations de l’art ogival des quatorzièmeet quinzième siècles donne à ces imitations un refletdu gothique. Les rameaux de feuillages, de fruits et defleurs sont répandus avec profusion sur les vases, lesboucliers, les poignées d’épée et de poignard, etc. Lesorfèvres sont d'habiles sculpteurs ; ils reproduisent lesformes du corps humain avec autaut de facilité et depureté que celle des végétaux. C’est aux orfèvres quenous devons l’invention de la gravure; c’est à eux, etparticulièrement à Benvcnuto Cellini (1), le grand or-fèvre florentin, que nous devons les progrès que fit*, àcette époque, l’art du fondeur en bronze.
(t) B*!.venuto Cellini nous initie dans ses mémoires à decurieux détails sur l’etai de l’art du fondeur en France et enItalie «au commencement du seizième siècle; il a public untraité de l’art du fondeur en bronze qui servit pendaut fortlongtemps de code meewn aux gens de profession.
A partir de la Renaissance, ou plutôt du commence-ment du seizième siècle, l’art de l’orfèvre se décomposeen plusieurs branches ; la partie technologique se trouvemoins intimement liée à la partie artistique. Les pro-cédés de fabrication se perfectionnent, deviennent plussavants et réclament tous les loisirs de ceux qui s'vconsacrent, et alors la composition des modèles estplus souvent l’œuvre d’artistes étrangers à la fabrica-tion.
L’orfèvrerie a montré au dix-hnitième siècle la flexi-bilité de sa nature en se pliant a tous les caprices dugenre rocaille. On trouve des pièces d’orfèvrerie dutemps de Louis XV , qui sont ravissantes de fantairieet de caprice. Rien de régulier; les formes les plusanti-géométriques possibles; les lignes, les surfacesondulées, contournées, insaisissables, indescriptibles.
Aujourd’hui, l'orfèvrerie, obéissant comme toujoursaux dictées de l’architecture, affecte successivementtous les styles du passé, et même bien des styles bâtardscomplètement inconnus de nos pères, et que nous se-rions fort heureux de ne pus connaître davantage.
§ 3. Des nielles. — L’art de nieller, dit M. Vitet (Etudes sur les beaux-arts , 1.1, p. 256), qui était forten usage durant tout le moyen-âge, mais qui fut aban-donné vers le temps de Louis X , consistait à étendredans les tailles d’une gravure exécutée sur l’or et surl’argent une composition métallique, espèce d’émailnoirâtre, appelé en latin, à cause de sa couleur.gellum , et en italieu niello ; cet émail, qu’on fixait en lemettant en fusion, était ensuite poli avec le reste dumétal. L’argent et l’or devenaient brillants dans toutesles parties que le burin n’avait pas entamées; partout,au contraire, où il avait tracé le moindre sillon, lenielle en remplissait le creux, et par sa couleur noirefaisait ressortir vivement le dessin de la gravure, ce quiproduisait à peu près le même effet qu’un dessin accrayon noir tracé sur vélin. La niellure était employéepour exécuter des arabesques et autres ornements déli-cats ; on s'en servait aussi pour faire des portraits onmême de petites compositions historiques dans desproportions qui n’excédaient pas celles de nos minia-tures. Ces espèces de médailles étaient ensuite incrus-tées sur des calices, sur des reliquaires ou sur des cou-vertures de livres d’autel ; on en décorait aussi desmeubles et des bijoux. »
Les recettes pour pratiquer le nielle étaient connuesavant le treizième siècle (1 ) ; au seizième, elles cessèrentd’être pratiquées. Après avoir été oubliée pendant troissiècles, la niellure vient de revenir à la mode ; du moinsc’est par un procédé analogue à celui des anciens niel-leurs que se fabriquent aujourd'hui, à Paris et à Ge-nève , certains bijoux ornés d’arabesques niellées, etparticulièrement des montres, des tabatières, des boî-tes a odeur, des bracelets et des épingles. Ce n’est qti’en4830 que, grâce au prix proposé par la Société d’en-couragement, cette ornementation pratiquée depuisquelque temps en Russie, fut introduite en France parMM. Wagner et Mention. Contrairement à la méthodeancienne, les gravures sur l’argent ou l’or sont prati-quées par des procédés mécaniques; on obtient des niel-lures bon marché, mais qui n’ont pas la variété, la fan-taisie de l’antique.
On grave le dessin sur une plaque d’acier, on latrempe et on tire sur une plaque d’acier adouci aumoyen de la pression du laminoir une épreuve en relief.
(î) Ces recettes se trouvent décrites avec détail dansl’ouvrage du moine Théophile, ouvrage que nous avons citéplus haut page 2971, et qui remonte au moins au treizièmesiècle ■ Tentai! dont elles donnent la composition est com-pose des mômes cléments que celui dont nous parlons ci-après, et n’en diffère que par les proportions, qui étaient de6panics d’argent, 2 p. de cuivre et \ p. de ploiub, avec unequantité de soufre suffisante.
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