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ORFEVRERIE .

ORFEVRERIE .

Cette seconde plaque d’acier sert à imprimer sur l’ar-gent le dessin en creux.

Le nielle est composé de 38 parties d’argent, 72 decuivre, 50 de plomb, 36 de borax et 384 de soufre. Onfond le soufre dans une cornue, l’argent et le cuivredans un creuset, et on introduit le tout dans la cornueque l’on bouche exactement pour éviter l’inflammationdu soufre ; on ajoute le borax ; quand il ne se dégageplus de vapeurs dans le col de la cornue, on verse lamatière dans un creuset de fer, on la pulvérise et onla lave d’abord avec de l’eau renfermant un peu de selammoniac et ensuite avec de l’eau légèrement gommée.On applique le nielle, au moyen d’une spatule, sur laplaque préparée et onia porte à la moufle; aussitôtque le mélange est bien fondu sans soufflures, on retirela pièce du feu et on la polit ; le métal reste à nu et lesparties ombrées sont en émail dont la teinte opposée àcelle de l’argent ou de l’or produit des effets remar*quables.

§ 4. De l'emploi des émaux. — On doit distinguerdans l’application des émaux à l’orfèvrerie trois ma-nières correspondant à trois époques bien distinctes ;4 ° Emaux incrustés , ou*sortes de mosaïques dont lesdiverses parties au lieu d’être réunies à froid, étaientfondues et coulées par juxtà-position du septième ouquatorzième siècle (4330); 2° Emaux en apprêt , ou colo-ration très superficielle du métal par les émaux duquatorzième à la tin du quinzième siècle (4330 n4470); 3“ peinture en émail sur émail cru, depuis la findu quinzième siècle jusqu’à nos jours.

Nous extrairons les détails que nous allons donner surces trois manières d’appliquer les émaux à l’excellentmémoire de l’abbé Texier sur les argentiers et les émail-leurs de Limoges (Mémoires de la Société des Antiquai-res de l'Ouest , 4845). On sait que Limoges , où travail-lait saint Eloi, est un des principaux et peut-être lepremier des anciens centres de l’orfèvrerie française ;Montpellier vient ensuite d’une manière incontestable;il a été prouvé en outre que Noyon et Rouen ont pos-sédé d’importantes corporations d’orfèvres; enfin on nesaurait oublier Paris, car la capitale de la France atoujours été pour les arts un foyer d’activité pivotale.

Dans la première période l’émail était employé à1*embellissement des lianaps, burettes, aiguières, ba-gues, agrafes, colliers, poignées d’épées, couteaux, cas-ques, boucliers, bahuts, fermoirs et couvertures dolivres. Mais dans ces temps de primitive ferveur, ilembellit surtout les instruments du culte et de la li-turgie, calices, dyptiques, tombeaux, paix, navettes,candélabres, encensoirs, suspensoirs, retables, mitres,crosses, inscriptions votives, et principalement les re-liquaires qui conservaient les ossements des fldèles ho-norés d’un culte public.

On le mit en œuvre de trois manières : comme fondde couleur encadrant des dessins gravés ou en relief;comme élément coloré destiné à former des ornementsou des figures; comme revêtement des figures en reliefpour leur donner la valeur des sculptures coloriées del’antiquité. L’émail se prêtant difficilement à se mode-ler sur lés saillies et sur les creux de la ciselure, la4er-nière mise en œuvre fut plus restreinte et moins heu-reuse. Dans les deux premiers cas, des creux pratiquéspresque toujours dans le cuivre reçoivent une incrusta-tion d’émail dont l’épaisseur varie de 4 à 6 millimè-tres. Le métal, lorsqu’il vient affleurer à la surface, estdoré. Le burin y a creusé des dessins représentant desfigures isolées encadrées par des ornements d’architec-ture, et plus rarement des scènes composées. Les figu-rines en demi ronde-bosse remplacent souvent les des-sins creusés dans le métal. Ces fonds monochromes enémail sont habituellement de couleur bleue.

Si l’émail est employé comme élément de peinture,uu trait de cuivre doré vient affleurer à la surface, et

forme les linéaments principaux du dessin, les contourset les tiges des fleurs, le trait des figures et les lignesprincipales de l’architecture et de l’ornementation. Dansles creux du cuivre, et sans en dépasser les parties mé-nagées, sont incrustés des émaux diversement colorés,et la juxta-position de leurs teintes forme le fonl decouleur des figures, dont le trait est tracé par des sail-lies de métal à fleur de paroi.

Voici maintenant la technique de l’incrustation : lecuivre, préalablement dressé, poli et creusé avec desburins plats, des ciselets et des échoppes, recevait lespâtes liées au moyeu d'un liquide glutineux. Mais cer-tains émaux étant plus facilement vitrifiabLs que d’au-tres,* ils n’étaient réunis et placés qu’en dernier lieu;des incrustations de calcaire, destinées à disparaîtreplus tard, réservaient leur place. A ces coulées succes-sives ou simultanées succédait un polissage à la meule.Enfin la dorure était appliquée. La température néces-saire pour fixer l’or étant moins élevée que la tempé-rature à laquelle se fondait l’émail, les incrustationsn’avaient pas à souffrir de cette exposition au dernierfeu.

n La pratique de cet art, qui donnait aux instrumentsdu culte des couleurs inaltérables et un éclat étemel,est elle à jamais perdue? s’écrie l’abbé Texier, faudra-t-il nous contenter toujours de cet éclat éphémère del’orfèvrerie moderne, plusieurs fois renouvelé dans lecours d'une année? Nous avons l’espoir d’assister à larésurrection d’un art important. » Puisse le court ex-trait que nous venons de donner hâter ce moment!

Dans la seconde époque, l’époque de transition, lescouleurs émaillées sont étendues immédiatement sur lométal par le pinceau, et n’y sont retenues que par lafonte, qui <iétermine l’adhérence. Le métal ne joue plusun rôle dans la composition ; il sert seulement au mêmeusage que le bois, le parchemin et la toile pour lespeintures en miniature et à l’huile. Le caractère prin-cipal de ces émaux en apprit ou en plein consiste dansl’absence des demi-teintes, dans la translucidité de l’é-mail qui permet le plus souvent d’entrevoir le métal,dans la rareté des ombres superposées à cette peinturedu premier jet, et qui ne se rencontrent guère que dansles carnations pâles et légèrement vitrées ; ces peinturessont en outre émaillées au revers.

A la fin du quinzième siècle, eut lieu un autre chan-gement qui facilita beaucoup le travail des peintresémailleurs, mais qui diminua l’éclat de leurs œuvres;ils ajoutèrent un fond d’émail blanc entre la peinture etle métal.

Au seizième siècle, il y a mélange de cette méthodeavec celle de l’incrustation; aussi les draperies sontémaillées en plein par parties, mais il y a voisinage decouleurs franches et de couleurs superposées. L’emploisage et combiné des deux manières caractérise les maî-tres de cette époque, et c’est là la cause de la finessedu dessin dans les fonds et les chairs, et d’autre partde l’éclat chatoyant et changeant des draperies vio-lettes, rouges, vertes et bleues.

Au dix-huitième siècle, et de nos jours, il n’y a plusque peinture d’émail sur fond d’émail ; la technique estla même que celle de la peinture sur verre; nous nedevons donc pas nous y arrêter.

§ 5. De Vargent employé dans l'orfèvrerie. — Depuisassez longtemps la rareté de l’or a conduit à n’employerce métal que très exceptionnellement dans l’orfèvrerieproprement dite, c’est-à-dire qu’il concourt seulement,comme le font les pierres précieuses, les nielles et lesémaux, à la décoration générale des pièces. L’orfèvre-rie d’or se borne à la fabrication de peu d’objets; pres-que tout l’or (je ne parle pas de celui qui est à l’état dedorure), mis en œuvre par l’industrie, est employé dansla bijouterie. Nous n'avons rien à ajouter à ce que nousavons dit dans la 2* section de notre article. Nous