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ORFEVRERIE .

ORFEVRERIE .

employés dans la fabrication du plaqué, et dont nousparierons bientôt, ont passé de l'atelier du plaqueurdans celui de l’orfevre intelligent, qui a eu l’esprit d’ap-peler à l’aide de son art le perfectionnement de l’m-dustrie.

Pour fabriquer une assiette, un plateau, ou tout au-tre vase, on prend une plaque laminée sur laquelle ontrace au compas la partie dont on a besoin ; on découpeavec des cisailles et on soude la moulure. Cette moulurese fait ou bien au tour, pour une assiette, par exemple,en enlevant avec des rifloirs les filets qui doivent laconstituer, ou bien à l’aide d’une sorte de filière quiporte le nom de boite à tirer. Cette boite est forméed’une masse de fer cubique, dans laquelle on a pratiqué/es ouvertures nécessaires pour le travail et pour y in-troduire les billes à moulure. Le fond de cette boite, surlequel reposent les billes, est une plaque d’acier trempéet bien poli. Les billes à moulure sont pareillement enacier trempé et poli. Sur ces billes sont gravées les di-verses moulures dont on peut avoir besoin. Elles sontfixées dans la boite à la place convenable pour le tra-vail, par deux fortes vis qui les pressent contre la pla-que d’acier unie et polie. Quand la moulure a été tiréeou tournée, on lu place sur le plat et on la soude h lalampe avec de la soudure au quart. On ébarbe, c’est-à-dire on enlève du bord tout ce qui reste de la moulure àl’aide d’un burin. On donne alors au planeur qui formele marli, c'est-à-dire la partie de la matière qui bordela moulure en dedans du plat, sur un tas poli, avec unmarteau poli non plus tenu à la main comme autrefois,mais guidé et mû comme un martinet. Le planeur ren-voie à l’orfèvre qui, à l’aide de burins, d’échoppes, deriffioirs, répare la moulure; c’est maintenant le travaille plus long et le plus coûteux. La polisseuse polit en-suite, d’abord avec la pierre à polir, ensuite avec de lapierre-ponce broyée à l’huile et de petits morceaux debois. Après avoir bien essuyé son travail avec des lin-ges, elle termine eu se servant de la pierre ponce dé-layée dans l’eau-de-vie, qu’elle passe en frottant for-tement, soit avec une brosse, soit avec une peau dechamois imbibée de cette sorte de pâte. Le planeur ter-mine en formant le fond du plat ou de l’assiette à laprofondeur convenable, au moyen de tas et de marteauxpolis destinés à cet usage. Le travail du planeur donneaux pièces leur sonorité et leur éclat.

Les soupières, les cafetières, les réchauds, etc., sontestampés ou faits au tour sur des mandrins en bois, enrecuisant autant de fois qu’il est nécessaire à cause del’état de récroui que prend la matière; nous entreronsplus loin dans quelques détails sur ce travail. Des bâtessont soudées pour soutenir les bords des ouvertures ettoutes les parties qui ont besoin d’être renforcées. Lesanses, les pieds, tous les ornements moulés et ciselés,sont ensuite soudés ou attachés avec des écrous.

§ 8 . De la fabrication des couverts. — La fabricationdes couverts a pris en France un très grand développement; les orfèvres qui l’exploitent prennent le nom decuilléristes. Deux fois en cinquante ans cette fabricationa changé complètement de face. Nous allons entrer, àcette occasion, dans quelques détails historiques et pra-tiques qui,nous l’espérons, auront quelque intérêt :

Les cuillères et les fourchettes sont encore aujour-d’hui des meubles presque inconnus dans une grandepartie de l’Orient. Les Chinois mangent avec deux pe-tits bâtons; les Turcs, les Arabes, tous les Musulmans mangent avec leurs doigts. On en faisait autant en Eu-rope pendant presque tout le moyeu-âge. Aussi les ai-guières et les bassins étaient-ils d’un usage assez géné-ral, et était-ce par la confection de ce genre de meublesque les orfèvres profanes du moyen-âge préludaient aux' travaux qui ont illustré leurs successeurs de la Renais-sance. Cependant, à la fin du dixième siècle, Pierred’Armens raconte, avec l’accent de l’homme indigné,

que la sœur d’un empereur d’Orient, qui avait épouséun des fils de Pierre d’Orséole, doge de Venise en 991,au lieu de manger avec les doigts, employait de petitesfourches et des cuillères dorées pour porter les alimentsà sa bouche, luxe insensé, dit-il, qui appela le cour-roux du ciel sur elle et sur son mari.

Les cuillères furent assez facilement adoptées ; ellesétaient le pins souvent en bois ou en corne ; lorsqu’onles faisait en or ou en argent, c’étaient de véritablesœuvres d’art qu’on entreprenait, ainsi que l’on peut levoir par les quelques cuillères qui sont parvenues jus-qu’à nos jours. L’usage de la fourchette, au contraire,fut lent à s'établir; nous ignorons à quelle époque il.'introduisit en France , mais il est probable qu’au com-mencement du dix-septième siècle, la fourchette étaitencore un ustensile rarement employé, car un auteuranglais , Tom Coryut, dans son « Crudités avalées à lahâte pendant un voyage de cinq mois en France , enSavoie et en Italie , etc. », ouvrage publié en 4 61 4, men-tionne une coutume qu’il dit être générale en Italie ,celle de se servir d’une fourchette pour manger la viande.Tom Coryat ne dit pas qu’il ait observé la même cou-tume en France ; mais cet usage s’introduisit sansdoute dans ce pays avec celui des verres à boire de Ve-nise , vers la fin du quinzième siècle ; il n’était pas encoregénéral au commencement du dix-septième. Tom Co-ryat voulut continuer les coutumes italiennes à sonretour dans son pays; il fut raillé par ses amis qui ledésignèrent sous le nom de Furcifer.

Aujourd’hui la fourchette que nous employons enFrance se rencontre à peine sur quelques tables degrands seigneurs en Allemagne et eu Angleterre. Dansces deux pays, on se sert d’une petite fourche plutôtque d’une fourchette;cette fourche est en acieret se trouve emmanchéecomme sont nos cou-teaux dans des manchesen bois, en corne, enivoire. Elle n’aque deuxou au plus trois dents, etune largeur qni est envi-ron la moitié de celle dela fourchette en argentsi répandue en France .

A la fin du siècle der-nier les couverts étaiententièrement forgés à lamain au moyen du mar-teau, la pièce étant po-sée sur une étampe (fi-gure 2068), sorte detas, A, entrant par une pointe dans le billot B. Le cuil-leron des cuillères, c'est-à-dire leur partie concave, étaitcambré sur une autre étampe A (fig. 2069) au moyend’un poinçon B, sur lequel on frappait pour agir sur lacuillère C. Les filets s’exécutent avec des échoppes et

augmentent notablement les prix des couverts.

Au commencement de ce siècle, l’usage des couvertsse répandant de plus en plus et pénétrant dans presquetoutes les classes de la société, cette fabrication ma-nuelle devient mécanique, afin d’introduire une écono-mie dans la façon.

Trois opérations successives constituent la fabricationdes couverts jusqu’en 4840 : 4° le découpage du lingot,qui se fait à la cisaille dans la feuille au titre où le des-sin a été fait d’après un patron en papier ; 2° le forgeagedu lingot, opération qui a pour objet de lui donner, àl’aide du travail au marteau, les formes générales et lesdimensions approchées en longueur et en épaisseur quedoit avoir la pièce à fabriquer ; cette opération s’appellela préparation ; 3° la pièce ainsi préparée est placéesous un balancier analogue au balancier monétaire, qui