ORSEILLE.
ORSEILLE.
elstaient à faire usage d’urine au lieu d’ammoniaque.
En supposant, d’ailleurs, que parmi les sels que ren-ferme l’urine, certains soient utiles à la fabrication del’orseille, on pourrait très bien les ajouter à l’ammo-niaque dans la proportion nécessaire.
Depuis longtemps, les Anglais ont renoncé à l’em-ploi de l’urine en nature dans la préparation de l’or-seille, ils ont donné la préférence à de l’ammoniaqueprovenant de la distillation de l’urine avec la chaux (4).Et Bancroff affirme qu’on obtient de plus belles cou-leurs avec l’ammoniaque pure qu’avec l’esprit d’urine.
Voici ce que Leuchs dit sur la manière de fabriqueren Angleterre. On arrose 1 partie de lichen en poudre(car on moud les lichens dans ce pays) avec o partiesd’esprit d’urine (2) ; on couvre le vase, et chaque matiuon remue (3). On laisse la pâte dans un endroit modé-rément chaud, car la chaleur et le grand froid la gâ-tent. Après quelques jours, la couleur devient rouge-pourpre, puis bleue. Après quatorze jours on met lamas'6 dans des citernes en plomb où elle est rema-niée journellement. Après un mois l’opération est ter-minée.
Il est possible, après tout, que la chaux employéepour caustiHer l’ammoniaque de l’urine, et transforméenécessairement en carbonate de chaux donnant uneaugmentation très sensible de poids, serve ainsi directe-inentles intentions des fabricants. C’est là, à notreavis,une des causes de l’obstination de quelques fabricants àemployer l’urine^ mais il est clair qu’ils pourraient, enemployant de l’alcali, mettre de la craie au lieu dechaux.
Nous devons ici faire une observation à propos del’emploi des alcalis fixes; potasse, soude et chaux, etsurtout des deux premières dans la préparation del'orseille; cet alcali et leurs carbonates étant solublescomme la couleur de l’orseille, iis persistent dans lapâte et dans les extraits qu’on en retire, et peuventtrès bien contrarier les effets qu’on attend des mélan-ges de l’orseille avec d’autres matières colorantes, lecarmin d'indigo, par exemple; avec l’ammoniaque riende semblable n’est à craindre.
L’ammoniaque qu’on emploie pour extraire la ma-tière colorante des lichens ne doit pas être à son degrécommercial, soit 21 à 22 degrés, elle est alors tropconcentrée; on laramèncà15 degrés environ. Commenous l’avons déjà dit, nous ne savons si les matièresqu’on ajoute à l’urine doivent être ajoutées à l’ammo-niaque; cela n’est pas probable, mais nous ne pouvonsl’assurer d’une manière positive.
N’oublions pas que l’air joue un grand rôle dans letravail, que sans son intervention, l’urine ne peut ac-quérir de couleur. Ainsi, d’une part, on est obligé d’a-gir en vases clos, car sans cela, l’ammoniaque se dis-siperait dans l’air et n’agirait pas sur le lichen ; del’autre, il est indispensable de donner, de temps àautre, accès à l’air pour qu’il puisse réagir à son toursur la matière colorante, une fois qu’elle est modifiéepar l’alcali ; et il y a probablement dans ces influencessuccessives, comme aussi pour la température qui doitrégner dans les ateliers, une juste mesure à observerqui fait le point de la difficulté et le tour de main dufabricant. Nous pensons que pour éviter une grandepartie de la déperdition de l’ammoniaque, on peut trèsbien ne pas verser sur le lichen en une seule fois toutela quantité d’alcali nécessaire à la réaction, mais seule-ment par parties et suivant les besoins.
(t) On met <80 kilogr. d’urine vieille et 6 kilogr. de chauxvive ; le produit est leur esprit d'urine.
^2) Plus lard, quand le lichen en a beaucoup absorbé, onco verse davantage, un quart.
(3) Bancroff pense que des tonneaux bien cercles que l’on 'roulerait de temps en temps seraient préférables.
Un fabricant anglais , M. Robinson, frappé des lon-gueurs des opérations dans le travail de l’orseille et dola nécessité du contact de l’air, a proposé de réduired’abord les lichens en poudre, d’en faire une espècede pâte avec de l’alcali et de forcer ladite pâte à sor-tir par de petits orifices pour avoir un contact plu9inrime d’air; il conseille de placer la pâte dans un cy-lindre en métal percé de nombreux orifices dans lequelmanœuvre un piston plein chassant la pâte en ques-tion. Nous ne savons si ce procédé a été employé, maisil nous semble que son application donnerait lieu àune grande déperdition d’ammoniaque. Le procédé deM. Robinson est breveté.
Plusieurs fabricants d’orseille emploient le procédésuivant quand il s’agit de matières premières d’ex-traits. Ils attaquent les lichens par de l’eau chaudeet même bouillante qui dissout l’orcine; le lichenépuisé est rejeté et la dissolution d’orcine traitée par del’alcali, avec conract d’air, donne une dissolution d’or-seille qu’il suffit de concentrer.
L’opinion de plusieurs fabricants est que le tempsde contact des lichens avec l’alcali et l’air atmosphé-rique, doit toujours être d’une certaine durée pour quetoute la matière colorable de ces lichens puisse êtreextraite et mise a profit. L’on peut préparer de l’or-seiile en moins de 3 semaines eu un mois, mais cetteorseille n’est pas aussi riche en matière coloranto quecelle travaillée dans cette dernière limite de temps. Neserait-il pas possible de faire arriver au moyen d’unepompe foulante l’air dans les barques, contenant leslichens, barques qui pourraient être hermétiquementfermées pour pouvoir au besoin recueillir et utiliserl’ammoniaque entraînée par le courant d’air? Ce modeserait surtout employable au procédé que nous venonsd’indiquer pour les extraits.
M. Clenchard, fabricant d’orseille, à Paris , a con-seillé l’emploi des lichens en teinture au lieu de lapâte d’orseille préparée. Les pièces à teindre seraientnéct^sairement préparées pour que sous l'influence dol’air et de l’alcali elles puissent prendre la nuancevoulue par leur passage dans le bain en question; ilparaît que le procédé réussit bien, mais qu’il n’est pasassez expéditif. Aiiisi il faut 6 heures pour rendre lespièces qui ne demandent qu’une heure quand le bainest préparé avec de l’orseille en pâte.
Comme nous l’avons déjà dit, les manipulationsdans les fabriques d’orseille doivent varier suivaut lesfabricants, suivant les nuances qu’ils veulent obtenir;il faudrait nécessairement être du métier pour entrerdans le détail de ces opérations.
Outre l’orseille en pâte, on trouve encore dans lecommerce l’extrait on carmin d’orseille ; on obtient cetextrait comme tous les extraits colorants, c’est-à-direqu’on épuise par l’eau la pâte d’orseille, et que la li-queur obtenue, filtrée au besoin, est évaporée de ma-nière à former une masse solide. La température doitêtre convenablement graduée dans cette évaporation,car la matière colorante est facilement attaquée. Aussigénéralement l’évaporation se fait à la vapeur. Pourobtenir 1 kilogr. de bon extrait, on emploie à peu près2kilogr. d’orseille en pâte.
On obtient avec l’orseille les couleurs amarante,grenat, et les dérivés, avec des teintes belles, vives etéclatantes, mais en petit teint ; on peut appliquer cettematière colorante sans mordants sur la laine et sur lasoie, car les mordants n’augmentent guère sa solidité.On emploie fréquemment l’orseille comme fond pourles draps qui doivent être teints avec l’indigo ou la co-chenille, et aussi pour les draps qui doivent être teintsen rose par la garance, parce que cette dernière seuledonne une nuance qui tire trop vers le. jaune. On n’apu jusqu’à présent fixer la couleur de l’orseille surle coton, du moins avec les teintes vives qui fout toute