PAPIER
PAPIER.
fond est aussi un grillage nommé ëpierrier ou sablierqui retient les corps lourds déposés par la pâte. Le dé-filage terminé, les maillets sont soustraits au mouve-ment du moteur, la pile est vidée et son contenu trans-porté dans une autre pile du même genre, mais disposéepour en effectuer le raffinage. Ces appareils ont legrave inconvénient de ne donner qu’un effectif de tra-vail utile très faible, d’occuper un grand emplacementet d'obliger à de fréquents transports de pâte, aussin'en oonserve-t-on l’usage que pour quelques emploisparticuliers ; ils sont donc presque totalement remplacéspar la pile à cylindre. Celle-ci fut adoptée d’abord enFrance , puis en Angleterre ; le produit de son travailest estimé quadruple de celui des maillets ; l’énergied’action du cylindre a conduit naturellement à la sup-pression du pourrissage des chiffons, opération embar-rassante, altérant la solidité et la blancheur du ligneux,occasionnant surtout beaucoup de déchet.
La pâte raffinée ost transportée à la cuve à ouvrer oùelle est délayée dans une quantité convenable d’eau ;cette cuve est en pierre, en cuivre ou en bois; elle aenviron 1 W ,50 de côté suri **,10 de profondeur; au-des-sus, et portée par les bords opposés, est une planchenommée Jrapan, qui est garnie de fils de cuivre dans lesens de sa longueur pour faciliter le glissement de laforme. Sur le côté, à gauche de l’ouvreur, est une plan-chette fixée d’un bout au trapan et de l’autre au bord dela cuve; une petite pièce de bois en forme de crémail-lère, nommée égouttoir, y est fixée verticalement; l’in-térieur de la cuve est disposé de manière à en échaufferla pâte. On conçoit qu’il est aisé d'appliquer ici certainesparties qui figurent dans la machine comme agitateur,régulateur de pâte, épurateur, départd’eau excédante, etc.
La forme est un cadre ou châssis soigneusement as-semblé aux angles, maintenu par des petites traversesde bois léger appelées pontuseaux ; ceux-ci sont disposésparallèlement entre eux et au petit côté de la forme,leurs arêtes supérieures forment un même plan avec lesbords du cadre, ils servent de point d’appui à des filsmétalliques qui couvrent toute l’étendue de la forme ;ces derniers sont disposés en long, de8 à 15 fils par centi-mètre, et arrêtés aux pontuseaux par un fil plus fin ; cetassemblage prend le nom de vergeuse, et la trace qui estlaissée sur le papier Je fait distinguer par le nom depapier vergé. La marque du format ou du fabricant estfigurée par d’autres fils de cuivre auxquels on donne lenom de filigranes. Le papier vélin est fait à l’aide d’uneforme couverte d’une toile métallique de 25 à 35 fils parcentimètre, ils sont alors assez fins pour ne causer au-cune trace sensible dans l’épaisseur de la feuille. Ceprocédé était connu en Angleterre depuis 1757 ; il avaitpour objet d’imiter le grain et certaines apparences duvélin en parchemin de peau de veau. Maintenant que letravail des machines donne constamment ce résultat,on tente d’imiter, au moyen de toiles particulières, lespapiers vergés de cuve. Quel que soit, du reste, le tissu,un cadre mobile appelé frisquette ou couverte s’appliqueexactement sur les bords de la forme, dont la hauteur,conjointement avec le plus ou moins de liquidité de lapâte, détermine l’épaisseur de la feuille de papier etdont les autres dimensions règlent la longueur et la lar-geur.
Le sefvice d’une cuve se fait avec une paire de formes.L’ouvrier, qu’on appelle l’ouvrear ou puiseur, ayantposé la couverte sur la forme, la tient verticalement etla plonge à moitié dans la matière délayée, et, la tour-nant pour arriver à la position horizontale, il la couvreentièrement de pâte, la retire dans cette position et luiimprime.divers mouvements saccadés et de balance-ment; ce tour de main demande une grande habitudede maniement : il a pour but de lier entre eux les fila-ments qui constituent la pâte et d’en opérer la distribu-tion avec uniformité. L’ouvreur, avant fait égoutter lé-
gèrement sa feuille, pousse sa forme le long de laplanobette après avoir enlevé la couverte et la pose surl’autre forme pour commencer une nouvelle feuille. Enmême temps, un autre ouvrier, le coucheur , placé à lagaucho et en regard de l’ouvreur, reçoit la forme et ladresse contre l’égouttoir ; pendant qu’elle achève des'égoutter, il étend à plat devant lui un flotre on feutre,puis enlevant la forme de la main gauche il la renversesur le feutre et l’y appuie, la feuille se détache de laforme et reste sur le feutre ; de la main droite, il renvoiela forme sur le trépan, laquelle est de nouveau reprisepar l’ouvreur. Le concheur continue à déposer sur lapremière feuille un second feutre et sur celui-ci unefeuille de papier. Ces deux ouvriers procèdent ainsisimultanément, se passant tour à tour une forme chaivgée de pâte et une forme vide jusqu’à ce que les feuillescouchées entre les feutres aient atteint le nombre con-venu pour former une porse ; on porte le tout sous unepresse pour en faire sortir le plus possible d’eau. Untroisième ouvrier, appelé leveur, sépare les feutres desfeuilles; d’uu côté, il pluce celles-ci les unes sur lesautres entre deux plateaux ; de l’autre, les feutres sontempilés et renvoyés au coucheur qui peut en reprendreimmédiatement possession; à la fin de la journée, toutle papier ainsi préparé étant réuni est soumis à unepression modérée et exercée par intervalle pour en ex-primer l’eau. On procède au relevuge , qui consiste àéchanger les feuilles les unes après les autres pour fairedisparaîtra le grain des feutres, et on remet sous presseavec plus de force, après quoi on les transporte à IV-tendoir ou séchoir. Ces noms font assez connaître ladestination du local ; il est occupé par des cordeauxtendus entre des traverses mobiles sur des poteauxconvenablement distancés. Une ouvrière prend plusieursfeuilles à la fois qu’elle pose sur un frelet y instrumentde bois en forme de T, les passe entre les cordes et lesdépose sur une seule ; allant ainsi de proche en proche,elle garnit un certain nombre de cordeaux. Des voletstrès multipliés sont disposés pour graduer les courantsd’air dans toutes les expositions; l’hiver uu chauffageet une ventilation bien dirigée remplacent le séchage àl’air libre; les feuilles étant sèches sont enlevées à lamain ou au frelet et portées à la salle d’apprêt.
Historique. Le mot papier dérive, comme on sait,de papyrus, plante d’Egypte , donc on prenait le liberou écorce intérieure pour former des feuilles propres àrecevoir l’écriture. Le papier fut en usage de temps im-mémorial dans quelques parties de l’Asie ; la pratiquereligieuse usitée en Chine , de brûler des feuilles doréesou ordinaires, est antérieure à l’ère chrétienne. Versces temps reculés, les Japonnais en fabriquaient avecl’écorce du mûrier, le chanvre, le bambou, la paille deriz et le coton. C’est au commencement du huitièmesiècle que les Arabes , ayant appris des Tartares les pro-cédés de la fabrication du papier de coton, l’apportèrentsur les côtes de Barbarie, puis en Espagne ; bientôtl’usage s’en répandit en Europe , et fit tomber celui dupapyrus. Suivant une autre opinion, l’emploi du cotonserait originaire de la Grèce , et connu seulement depuisle onzième siècle. Cn est porté à croire que c’est en Es-pagne , au douzième siècle, qu’a pris naissance la fabri-cation du papier de vieux linges, d’où elle passaenFrance vers la fin du treizième siècle ; dans le courantdu quatorzième plusieurs fabriques de ce genre s’établi-rent en Allemagne et en Italie . Le premier moulin apapier anglais fut construit à Dartford , vers 1588, paruu joaillier allemand au service d’Élisabeth ; cet éta-blissement n’ayant pas prospéré, l’Angleterre tira en-core pendant 70 ans environ ses papiers à écrire dtFrance et de Hollande. En 1658, on portait à une va-leur de plus de deux millions de livres tournois les pa-piers de toute espèce fabriqués en France , exportés enHollande et en Angleterre.