PAPIER.
PAPIER
Jusqu 1 en 1799, le mode de fabrication des papiersn’était arrivé que très lentement à de légers perfection-nements, lorsque Louis Robert, employé dans une pa-peterie à Essonne , conçut un système mécanique quidevait être appelé à ouvrir une ère nouvelle à cette in-dustrie longtemps stationnaire. Nous ne pouvons passersous silence les principaux faits qui se lient à l’enfanc ede cette création entièrement neuve ; ils serviront àconstater les difficultés et les retards qu’elle rencontradans son développement, et combien fut tardif son em-ploi général en France .
La machine de Robert avait pour objet de produiredes feuilles de papier d’une certaine largeur et d’unelongueur indéfinie, par un mouvement continu. L’inven-teur obtint un brevet de quinze ans, et reçut de la partdu gouvernement français une somme de 8,000 francs àtitre d’encouragement ; peu aprè-, il céda à Léger Didot ,alors directeur de la papeterie d’Essonne , son brevet etsa machine; ce dernier se rendit immédiatement en An-gleterre, où il contracta plusieurs engagements pour lafaire construireet fonctionner. MM. Didot et John Gam-ble, associés, prirent en Angleterre un brevet, enavril 1801, qu’ils concédèrent à MM. Henry et SealyFourdrinier, en janvier 1804, en se faisant une réserveque M. Gamble abandonna en 1808 après avoir épuiséson avoir ; néanmoins, par trois années d’un travailopiniâtre, une machine avait été montée sous sa direc-tion à Saint-Neot’s, en 1803; elle était due à l’exécu-tion intelligente et heureuse de M. Bryan-Donkin. Cemécanicien, secondé par MM. Fourdrinier, parvint à ap-planir les plus grandes difficultés d’exécution mécani-que, à rendre pratique la pensée de l’inventeur.
La première machine construite en France le futen 1815 parM. Calla, mécanicien à Farts . MM. Berteet Grevenich, auxquels il fut délivré en 1811 un brevetd’importation de quinze ans, furent les premiers quifirent fonctionner en France la machine a papier ; ellefut pendant plusieurs années la seule en activité. Lespremières machines étaient dépourvues de cylindres sé-cheurs; le papier arrivait tout mouillé sur le dévidoir,de là il était porté aux étendoirs pour y être séchécomme les papiers à la main.
M. Canson et MM. Montgolfier, des premiers, ouvri-rent largement la route dans laquelle on hésitait encoreà s’engager, pressentant les conséquences du nouvelordre de travail ; le lessivage, le blanchiment au chlore,l’encollage à la cuve, et beaucoup d’autres améliorationsde ce genre, ou mécanique, parurent.
Le jury de l’exposition de 1827 constata l’existence,en France , de quatre papeteries seulement travaillantpar procédés mécaniques. En 1834 il y en avait douze ;aujourd'hui le nombre des machines s’est élevé à plusde deux cent trente. Lorsque cette machine fut réim-portée en France , époque à laquelle l’Angleterre avaitle privilège exclusif de fournir aux besoins de la pape-terie, elle était loin de remplir les conditions désirables ;elle devint un objet d’études pour nos rqeilieurs cons-tructeurs. C’^st particulièrement a M. Chapelle quenous devons, non sçulement d’être affranchi du tributque nous payions a l’Angleterre pour cet objet, mais en-core d’exporter à l’étranger des machines dont la supé-riorité est telle, qu’elles sont, dans la plupart des cas,préférées et substituées à celles de construction an-glaise.
De toutes les tentatives qui ont eu pour but de fabri-quer le papier à l’aide d’une machine, en suivant d’au-tres voies que celle tracée par L. Robert, nous devonsremarquer celle dont la première idée est due à Ferdi-nand Leistenschneider, et pour laquelle il prit en 1B13un brevet; .elle fut successivement perfectionnée parpar M. Zuber et M. Rieder. Cette machine a conservéle nom de son inventeur; on la désigne aussi sous len ^m de machine ronde, parce que sa forme est cylindri-
que au lieu d’être une table rectangulaire piano (nouérenvoyons pour sa description au Bulletin de la Sociétéd’Encouragement, juillet 1837).
En septembre 1838, M. Et. Brocard prit un brevetde cinq ans pour une machine composée de plusieursformes circulaires placées les unes à la suite des autres ;chaque forme faisant sa feuille, elles se superposent etse réuuissent en une seule en passant sous les pressionsdéjà décrites de la machine plate. Ce dispositif a pourobjet de produire des papiers d’une grande épaisseur etd’une grande force, d’obtenir à volonté les deux sur-faces de couleurs différentes entre elles, et différentesmême de la partie intérieure, si l’on suppose trois for-mes, au moins, en travail. Un résultat analogue, quantaux papiers doublés, a été obtenu entre deux machinesà table plane par M. de Burges pour l’exécution de sonpapier do sûreté. On pourrait encore citer pour une fa-brication spéciale l’association de la forme plane à laforme ronde, qui a été adoptée par MM. Dufay frères ;un brevet de cinq ans a été pris pour cet objet enavril 1844.
Il nous reste, avant de terminer, à donner un aperçugénéral des machines qui ont été créées en vue de dimi-nuer la main-d’œuvre, ou de remédier aux imperfec-tions de son service. Dans le nombre de ces machinesadditionnelles, bien que considérable, on en découvre àpeine quelques-unes réalisant les bénéfices qu’elles pro-mettent ; mettant d’abord Je côté toutes celles dont laconception est fausse, beaucoup d’entre celles qui sontdans le vrai théorique ont le défaut de n’être point ma-nufacturières. Il en est qui rendent, cependant, de vé-tables services, encore qu’il faille se mettre en gardecontre les erreurs d’appropriation ; c’est un des écueilscontre lesquels l’imitation échoue fréquemment, et quiconduit naturellement à ladivergence des opinions au su-jet d’une même chose.
Coupkü8E8 de chiffons. En parlant du ooupagedes chiffons, nous avons dit qu’il existait des machinesqui opéraient ce travail après le choix ; ces machinessont, pour la plupart, des hache-paille très peu modifiés ;elles ne marchent bien qu’à la condition a’être d’uneforte construction, à l’abri des vibrations et des disloca-tions causées par le choc des couteaux, car leur vitessedoit être au moins de 10 mètres par seconde. Un autresystème, celui de cylindres à cisaille, coupe sans choc,mais il est plus sujet à l’engorgement par les chiffons.Les coupeuses absorbant une force qui excède souventcelle de deux chevaux, peuvent couper en moyenne500 kilos de chiffons par heure; leur coupage est desplus inégal, et, pour cette raison, fait faire un peu plusde déchet que le coupage a la main ; les chiffons s euélavent moins bien et produisent un défilé moins régu-lier. Ces machines coupent beaucoup mieux les chif-fons grossiers et durs que ceux qui sont fins et mous ;aussi, conseillons-nous leur emploi dans les fabricationsqui s’alimentent de fortes toiles bises et de cordes, ma-tières qu’il est si fatiguant de couper à la main et quine réclament pas de soins particuliers.
Releveuses de pâte. MM.Blanchet frères, de Rives,auxquels on doit les tambours laveurs, ont fait l’appli-cation du principe de la machine Ferdinand ou à formeronde, au relevngedes pâtes perdues pendant le lavagedes défilés et le travail de la machine à papier. Cettemachine, fort simple et peu embarrassante, fonctionnesans surveillance ; c’est un tambour revêtu de xoile mé-tallique fine, tournant sur son axe, faisant office de fil-tre, continuellement netfoyé du dépôt filamenteux forméà sa surface, lequel est recueilli pendant le mouvementmême. On retrouve de cette manière des pâtes trèscourtes et grasses, qui, sans avoir la valeur de cellesd’où elles tirent leur origine, peuvent trouver leur emploi, comme remplissage, dans des pâtes inferieures,surges et peu garnies.