PEINTURE.
PEINTURE.
qué trois couches (une d’enduit et deux de teintes, car,pour la pointure en bâtiments, il faut au moins trois cou-ches de couleur préparées toutes trois avec une pro-portion trop forte d’huile de lin ordinaire), et que, pourfaire sécher plus vite, on ait ajouté une forte dosed’huile siccative du commerce, bien qu’à la rigueuril suffirait d’une seule couche ainsi préparée pourdonner lieu aux accidents que nous voulons expliquer ;car, disons-le de suite, l’huile grasse ne sèche jamais;une couche qui contient beaucoup d’huile ordinaire,sèche difficilement; pour hâter sa dessiccation, si l’ony ajoute une forte dose d’huile grasse, elle ne sécheraplus, c'est-à-dire que sous la peau, qui se formera d’au-tant plus vite à la surface qu’on aura ajouté plusd’huile grasse, il restera dans l’épaisseur de la couchedes parties liquides soustraites ainsi à l’action de l’air,et par conséquent hors d’état de se solidifier (car c'estainsi qu’on doit entendre cette expression : L'huilegrasse ne sèche jamais). Si, cependant, sur une coucheen cet état, qu’on croit sèche, parce qu’elle ne colleplus au doigt, mais qui ne l’est pas à fond, commenous venons de le voir, on se hâte d’en appliquer uneseconde de la même nature, qui augmentera la diffi-culté que la précédente éprouve déjà à sécher, mais danslaquelle seconde couche les mêmes causes produirontencore les mêmes effets, c’est-à-dire une pellicule ex-térieure et des parties liquides intérieures; sur celle-cisi on en applique une troisième, toujours de la mêmenature, on aura en définitive une épaisseur totale detrois couches de couleurs composées chacune de pelli-cules mollasses et de parties liquides.—Ce n’est pas tout,on y applique souvent un décor fait aussi à l’huilegrasse, et dans les épaisseurs duquel se rencontrerontencore des parties liquides, et l’on yernit le tout aussitôtque cette peinture a perdu toute puissance, toute adhé-rence au doigt, aussitôt enfin qu'elle est réputée sèche.
« Voyons maintenant ce qui va se passer dans unepareille peinture exposée au midi à l’action constantedu soleil. L’épiderme résineux aura bien vite acquistoute sa dureté. Mais la chaleur qui fait durcir rapide-ment le vernis produit d’abord uu effet contraire sur lescouches de la peinture composées, comme nous venonsde le faire voir, de pellicules mollasses et de partiesliquides. Les pellicules s’amolliront davantage, les par-ties liquides se dilateront, et ne pouvant s’échapperà travers les pellicules qui les contiennent, elles soulè-veront chacune en forme de boules ou vessies les cou-ches qui leur sont superposées. Si l’action solaire estsuffisante pour durcir complètement la peinture eu cetétat de soulèvement, on a ce qu’on appelle des cloques ;si cette action a été insuffisante, les parties dilatées parla chaleur pendant le jour se contracteront par le re-froidissement de la nuit, et tout soulèvement disparaî-tra. Mais le lendemain, mais les jours suivants, lesmêmes causes se renouvelant et reproduisant chaquejour les mêmes effets, de ces deux actions contraires etalternatives de la chaleur et du froid, soulèvement etabaissement quotidiens de couches qui durciront chaquejour davantage, résultera bientôt le brisement, le casse*ment de ces couches en plaques plus ou moins grandes,plus ou moins régulières , et le liquide surabondants’échappera à la faveur des issues qui lui sont offertes.— Si ces petites plaques, plus ou moins dilatées ou sè-ches au moment où la peinture se casse, retombent surle foud, auquel elles s'attacheront par leurs parois inté-rieures encore gluantes, s’y fixent solidement et conti-nuent d’y former une surface unie brillante, quoiquebrisée, on a ce qu’on appelle fafençage. Mais si, aprèsce brisement, et avant d’être fixées sur le fond, cespetites plaques, par un abaissement trop brusque, tropgrand de la température, éprouvent un retrait considé-rable , et, glissant sur le fond, se racornissent ou sefendillent, et si en cet état elles cessent <U former une
surface nnie, le vernis lui-même, cassé, fendillé avec lapeinture qui lui sert d’appui, perdra son brillant, etl’on aura ce qu’on appelle ridage ou gerçage. —Les petitsfossés qui séparent ces plaques les unes des autres se-ront d’autant plus larges, que la différence des tempé-ratures opposées aura été plus grande, et le passage del'une à l’autre plus brusque, et d’autant plus profondsque les parties liquides, véritables causes des accidents,auront été situées dans l’épaisseur de la peinture plusprès des plâtres ou des bois qu’elle recouvrait.
« Troisième categorie. Sur une peinture bien faite,comme nous le dirons tout à l’heure, les accidents quirésulteront de la mauvaise qualité des vernis n’aurontpoint la gravité de ceux qui, nous venons de le voir,tiennent à l’humidité du fond ou à la préparation vi-cieuse des. couches de teintes; c’est une peinture toutentière à recommencer dans ces deux premiers cas ; car,dans le troisième, et c'est celui qui va nous occuper, ils’agira tout simplement d’enlever le vernis détérioréqui masque la peinture, et de le remplacer par un autremeilleur, pour rendre aiix couleurs toute leur vivacitéet tout leur éclat. En effet, un vemis de basse qualitéblanchira, perdra vite sa transparence ; un vernis tropcorsé, trop poussé en siccatif, parce qu’il retombe dansla catégorie des couches de teintes qui contiennent tropd'huile grasse, cassera et par suite faïencera ou ger-cera, mais ne cloquera jamais, par la raison que, n’é-tant recouvert par rien, il finira toujours par sécher,par durcir à fond. Un léger frottement avec de la pierreponce en poudre, un chiffon et de l’eau suffira pour en-lever le vernis blanchi ou cassé, et le fond, ainsi débar-rassé de la couche qui l’obscurcissait, reprendra toutesa beauté première sous une nouvelle application d’unvemis qu’il faudra seulement choisir meilleur que lepremier. La préparation du vernis étant traitée avecdétails dans un article séparé, il ne nous reste à donnerici que la méthode de préparer les peintures à vernir, demanière à éviter tous les inconvénients signalés ci-dessus.
Manière de préparer les peintures à vernir .
« 4° Sur les plâtres ou les bois bien secs, les enduitsdoivent être mêlés d’une forte dose de litharge et deblanc de céruse, et, pour plus de sécurité, doivent avoirété appliqués longtemps avant les couches de teintes.
« Cette première couehe étant destinée à prendre piedplutôt qu’à donner le ton de la couleur qu’on recherche,il n’y a pas d’inconvénient à lui donner un peu plus deliquidité qu’aux suivantes, et même, si on l'appliquesur un plâtre neuf ou un bois, qui n’est pas bien sec,on aura toujours raison de l’employer bouillante, ellepénétrera mieux et fera mieux corps avec le fond.
« 2° Les couches de teintes broyées à l’huile, ou mieuxencore avec moitié huile et moitié essence de térében-thine, doivent être détrempées avec de l'essence pure.Ainsi préparées, la première sera vite en état de rece-voir la seconde, et celle-ci le décor ou le vernis. L’addi-tion d’une petite dose d’huile siccative incolore, pour nepas salir les couleurs, les ferait sécher et durcir pluspromptement encore.
« 3° Sur ce fond bien sec, le décor, si on veut enappliquer un, doit être préparé, non pas avec l’huilegrasse du commerce, qui forme toujours peau, c’est-à-dire qui trompe en faisant paraître sèche à l’extérieurune couche encore liquide à l’intérieur, comme il est fa-cile de s’eu convaincre en creusant avec l’ongle ou avecun canif la pellicule, qui ne manque jamais de se pro-duire, mais avec une huile siccative qui ne présenteaucun des inconvéuients qu’on reproche à l’huile grasseordinaire.
« 4° Un bon vernis, sur un fond ainsi préparé et biensec, ne saurait occasionner aucun accident ; en effet, lefond est également sec et dur partout, il ne contieut