n’out que des trous a percer, puisqu’il n’y a aucuneentaille ni sur les croisillons, ni sur les moïses, le tra-vail avance sans difficulté. On peut sans peine con-struire et élever en vingt ou trente jours un pont d’unecentaine de mètres de longueur.
Les ponts provisoires, construits dans le système deM. Town, sont ordinairement établis sur des palées encharpente de formes plus ou moins compliquées, sui-vant l’importance du pont et la nature du sol. On doit,dans tous les cas, prolonger assez les pieux pour pou-voir les boulonner fortement avec les différents coursde moises des fermes principales, comme on le voiten P, fig. 2142. Cette disposition offre l’avantage d’en-castrer, pour ainsi dire, le pont, et de lui procurer parconséquent une résistance plus grande que s’il étaitsimplement posé sur la palée, et de plus d’augmenter larésistance des fermes au déversement, en leur donnantdes points d’attache invariables.
Les culées en maçonnerie des ponts américains n’ontà résister à aucune poussée horizontale, ce qui permetde leur donner une grande légèreté ; mais elles doiventprésenter chacune une espèce de chambre d’un ou deuxmètres de profondeur, dans lesquelles sont encastrées,autant que possible, les extrémités des fermes. Quel-ques ingénieurs fixent même le pont sur la culée, aumoyen de longs tirants verticaux en fer engagés dansles maçonneries inférieures. Quant aux piles, il suffitde calculer leur section, de manière à ce qu’elles puis-sent résister à la pression verticale du poids qu’ellesdoivent supporter, puisqu’elles n’ont aucune .pousséehorizontale à éprouver.
Nous devons ici mettre en garde contre l’idée dequelques charpentiers, qui, en montant les fermes d’unpont américain, leur ont donné une légère courburedans le plan vertical. Cette disposition augmente lalongueur des moises supérieures, qui tendent à se rac-courcir, et les oblige à se voiler et à prendre une formeplus ou moins ondulée aussi nuisible au bon effet qu’àla solidité de l’ouvrage.
Prix Rétablissement, Les ponts que nous venonsd’étudier sont, comme on a pu le remarquer, d’uneexécution très facile et très prompte ; ils n’exigent quedes bois de petites dimensions, et présentent une grandesolidité. Les bois employés à la construction de pontsprovisoires de ce système ne perdent presque rien deleurs valeurs, puisqu’ils ne sont nullement entaillés,mais seulement percés de quelques trous. Comme pontsfixes, ils ne sont pas moins bons : ils peuvent êtreétablis sur des maçonneries très légères, et par suitepeu coûteuses; les réparations peuvent se faire sansinterrompre la circulation; avantage que l’on ne sau-rait trop apprécier, surtout pour les chemins de fer, etle pont tout entier peut être renouvelé, pièce par pièce,sans que la sécurité soit jamais ébranlée. Ajoutonsenfin anx avantages que nous venons d énumérer queles ponts de M. Town sont les plus économiques quel’on connaisse, et on pensera, comme nous le disionsen commençant, qu’ils sont destinés à devenir d’unemploi de plus eu plus fréquent, et à remplacer la plu-part des autres ponts en charpente,
M. Town estime que le bois coûtant 22 fr. 60 c.à 27 fr. 12 c. le mètre cube, valeur moyenne enAmérique , le prix du mètre courant de pont serait de175 à 227 fr. pour les ouvertures de 20 à 30 mètres,et de 262 à 437 francs pour les ouvertures de 35 à60 mètres.
Dans la vallée du Rhône, en France , où les boisde sapin valent environ 50 fr. le mètre cube, les pontsà treillage reviendraient environ, d’après M. Garella,de 32 à 35 fr, non compris les supports, et à 60 fr.y compris les palées, par mètre carré de tablier. Pourfaire apprécier la modicité de ce prix, nous dirons seu-lement que les pouts suspendus de Beaucaire , Serrières
et Valence, construits sur le Rhône par M. Chaley,dont le talent est connu, ftnt coûté 122-118,50 et107 fr. 99 c. par mètre carré de tablier, non comprisles maçonneries, dont les prix sont presque doubles deceux que nous venons d’indiquer.
Un simple rapprochement suffira pour compléter cettecomparaison. Le pont du chemin de fer de Saint-Germain, sur la Seine, à Asnières , est à trois voies;il est construit presque tout en chêne : les travées ont30 mètres d’ouverture. En prenant les 2/3 des maté-riaux qu’il contient, on trouve que, pour deux voies, ilaurait dépensé 5“ ,e *,19 de bois et 83 k *,36 de fer parmètre courant. Or, le pont de Richmond ne renfermeque 3"* c ',56 de bois de pin par mètre courent et à peine1 kilogr.'de fer. Un autre pont, beaucoup plus massif,en contient 5"* c, ,47 par mètre courant, et ne renferme •aussi que très peu de fer.
Calcul de la résistance des fermes . Le soin avec lequelnous avons rapporté tontes les dimensions des ponts quenous avons pris pour exemples permetterait à tout lemonde de faire exécuter des ponts à treillage convena-blement proportionnés.Nous croyons cependant devoir,en terminant, indiquer la marche ordinairement suiviepour calculer la résistance des constructions de cettenature. L’expression analytique exacte de la force desponts de M. Town n’est pas encore connue. On se con-tente seulement de considérer chaque ferme commeun solide évidé, reposant sur des appuis, et composésimplement des cours de moises horizontales supposée»invariablement liées entre elles, et on calcule la résis-tance au moyen de la formule ordinaire :
9p — v _
3H /
Dans laquelle on a :
2 P = lé poids, exprimé en kilogrammes, que l’onpeut faire supposer à la ferme :
l = la demi-ouverture de la travée en mètres ;
H = la hauteur totale de la ferme;h = la distance des moises :t = l’épaisseur des deux moises réunies ;
R = un coefficient constant, qui ne doit pas, enpratique, dépasser 600.000 kilogrammes pour le boisde sapin et 500.000 pour le bois de chêne.
Faisons une application numérique de cette formulepour bien faire comprendre son emploi, à la passerelledu Rhône (fig. 2142) construite, comme nous l’avonsdit, par M. Garella. En so reportant aux dimensionsindiquées ci-dessus, on voit que l’on a, dans ce cas •
i= = 13,98, H — 4”,70, h = 1”,20, e =
4 X 0,05 =0,20, en supposant les deux fermes réuniesLa formule devient donc :
„ 600000x0,30X(4,913—1,728) ^ ^
“ 3x1,70x13,98
Un poids uniformément réparti sur tout le pont pour-rait être le double, c’est-à-dire de 10.738 kilogr.
Cette méthode de calcul est évidemment incomplète,puisqu’on ne tient pas compte de la rigidité propredu système des croisillons, dont la valeur n’est certai-nement pas négligeable, et que, d’un autre côté, onsuppose le pont simplement posé sur ses appuis, tandisqu’il est toujours plus ou moins encastré.
Ces différentes causes d’erreur n’ont pas en pratiquede bien graves inconvénients, puisqu’elles n’exposentqu’à donner aux bois de trop fortes dimensions. Il seraitcependant utile d’avoir des formules sinon exactes, aumoins plus complètes que celles que nous venons d’indi-quer, et qui sont aujourd’hui les seules employées parles ingénieurs. La théorie mathématique de la distri-bution des forces, dans les différentes parties d’uneferme en treillage, serait certainement très difficile à