Band 
G-Z.
JPEG-Download
 

SOUDE.

SOUDE.

nivelées et séchées, que l’agriculture n’enlèvera quebien difficilement aux plantes marines, dont elles sonten quelque sorte le domaine.

En faisant la part des ameliorations probables, cer-taines mêmes, suivant lui, M. Balard dit que cette sur-face peut être réduite à 5 ou 6.000 hectares, dont lessalines du Midi représentent déjà une moitié.

Il ne faut pas perdre de vue, ajoute M. Balard, quel’emploi de l’acide muriatique nécessitera toujours lafabrication d’une certaine quantité de sulfate de soudepar l’ancien procédé.

Dans la fabrication du sulfate de soude des eaux-mères des marais salins, il faut, comme on le voit,deux conditions, de la chaleur en été et du froid enhiver. Dans le Midi, le premier élément ne manque ja-mais; mais M. Balard n dû se préoccuper du second,et chercher le moyen, ou de l’augmenter par des mé-thodes artificielles, ou de s’en passer tout à fait.

L’augmentation du froid a été obtenue facilementpar M. Balard, en utilisant le froid qui accompagnela dissolution du sulfate de magnésie et du chlorure desodium, et en opérant cette dissolution en hiver avecde l’eau refroidie ; la température s'abaisse de 5 degrésau-dessous du point qu’elle avait atteint pour arriverau terme où le dépôt de sulfate de soude est abondant.

Se passer du froid était chose plus difficile; M. Ba-lard y est parvenu, en utilisant une singulière pro-priété du sulfate de soude. Ce sel, on le sait, se déshy-drate à chaud au sein d’une dissolution saturée. Danscet état naissant, il s’unit avec d’autres sulfates; lesulfate de chaux, par exemple, et c’est là toute lathéorie du schlotage. Eh bien, le mode d’action quele sulfate de soude anhydre exerce sur le sulfate dechaux il l'exerce sur le sulfate de magnésie; et unesolution qui contient à la fois du chlorure de sodiumet ce sulfate donne, par l’action de la chaleur, un véri-table schlot magnésien qui. se dédoublant, par la disso-lution à chaud et le refroidissement ensuite, en sulfatede magnésie plus soluble et en sulfate de soude hy-draté qui cristallise, permet ainsi d’isoler ce derniercomposé à l'état pur.

Ainsi, où la température s’abaisse suffisamment, lefroid ; là où le froid ne se manifeste que d’une manièreirrégulière, l’application du feu, et par ces méthodesdiverses on atteint le même but, celui de transformerle sulfate de l'eau de mer en sulfate de soude surle sol, presque sans appareils, sans condenseurs, sansvapeurs d’acide chlorhydrique, sans l’emploi d’acidesulfurique ni de soufre, dont la consommation va setrouver réduite de plus de moitié. En effet, de 23 mil-lions de kilogrammes de ce dernier, qui sont introduitsannuellement en France , 13 millions n’ont pour objetque de transformer en sulfate le sel marin qui sert àfabriquer la soude, et sont rejetés comme inutiles à l’é-tat d’oxysulfure de calcium des marcs de lessivage.

Ce n’est pas seulement à l’extraction du sulfate desonde que M. Balard prétend faire servir les eaux-mèresdes marais salins, mais aussi à l’extraction de sels depotasse, chlorure de potassium on sulfate, lesquels selsde potasse seraient utilisés à la préparation du salin,qui, par suite des progrès de la civilisation en Russie et en Amérique , par suite du déboisement de ces pays,tend à devenir de plus en plus rare.

Comme l’extraction de la potasse présente avec cellede la soude beaucoup d’analogie, nous pouvons trèsbien ici aborder ce sujet sans cependant nous étendrelonguement à cet égard.

Les eaux-mères du sulfate de soude obtenu par leprocédé Balard contiennent toute la potasse que ren-ferme l’eau de mer, quantité qui, pour l’eau de la Mé-diterranée , est de 1 /2000 environ , en la supposanttoute à l’état de sulfate de potasse.

L’évaporation de ces eaux, toujours sur le sol, laisse

cristalliser en abondance un mélange salin, d’où unesimple dissolution peut extraire ce sel déjà connu, sul-fate double de potasse et de magnésie, à 6 atomesd’eau, et dont la saline de 200 hectares a fourni, en1844, environ 200.000 kilogrammes, qui représentent90.-000 kilogrammes de potasse pure.

Mais cette quantité n’est elle-même que la moitiéde ce que l’analyse indique dans les eaux; l’autremoitié reste dans les eaux-mères ; elle pourrait en êtreséparée par une évaporation, à l’aide du feu qui lafournit à l’état de chlorure double de potassium et demagnésium, qu’ou dédoublera par les moyens connus,soit la différence de solubilité. M. Balard indiquemême d’autres moyens pour tirer parti des eaux-mères ;c’est do les traiter par un sel d’alumine, par exemple ce-lui qu’on obtient par la lixiviation des iiguites ou desschistes pyriteux avant l’extraction du sulfate de fer;de l’alun de potasse, se précipitera sur le sol même dessalines, et il suffira de le raffiner. Seulement, de cettemanière, on n’aura pas le sel de potasse à l’état d’iso-lement.

Un sel de potasse, le muriate ou le sulfate, étantobtenu, on pourra s’en servir comme de matière pre-mière pour la fabrication de la potasse artificielle.

M. Balard a trouvé qu’une saline de 200 hectaresrapporterait 180.000 kilogrammes de sulfate de po-tasse. Or, comme la totalité de la potasse consomméeen France dépasse à peine 5 millions de kilogrammes,il faudrait, pour répondre aux besoins de toute la con-sommation. consacrer à l’évaporation de l’eau de mer5 à 6.000 hectares de terre au plus. Donc, du jour oùla France suffira à sa consommation de sulfate desoude par celui extrait des eaux-mères des salines,elle produira quatre fois plus de potasse qu’elle n’enconsomme elle-même.

M. Balard aurait pu ajouter que son procédé per-mettra d’obtenir à un prix raisonnable les sels de ma-gnésie , dont l’emploi, réduit aujourd’hui presqu’à lapharmacie, s’introduirait certainement dans les arts etmanufactures sans leur haute valeur commerciale.

Les procédés de M. Balard, s’ils prennent de l’ex-tension, viendront faire concurrence à d’autres procé-dés appliqués, depuis quelques années seulement, àl’extraction des sels de potasse et de soude contenusdans les résidus de la distillation des mélasses debetterave.

Depuis quinze ans à peu près, M. Dubrunfaut areconnu que les vinasses de betteraves peuvent, aprèsl’extraction de l’alcool, être traitées avantageusementpour obtenir la potasse ou les sels de potasse qu’ellesrenferment.

Il a trouvé que, de 100 kilogrammes de mélasse,on peut retirer 10 à 12 kilogrammes de résidu salintrès riche en alcali, et il est parvenu à monter engrand l’industrie qui a pour but la fabrication de lapotasse indigène.

D’après les expériences de M. Dubrunfaut, les selsprovenant de l’incinération des vinasses renfermentpour 100 parties :

7 à 11 de sulfate do potasse;

20 à 17 de chlorure de potassium;

27 à 45 de carbonate de potasse ;

, 25 à 34 de carbonate de soude ;

Quelques 100 e * de cyanure de potassium.

Quand ou purifie le salin des mélasses par cristalli-sation, on obtient un sel double formé de 1 atome decarbonate de potasse, 1 atome de carbonate de soudeet 12 atomes d’eau. Il cristallise très facilement enprismes obliques rectangulaires, qui absorbent à l’airl’acide carbonique, et donnent du bicarbonate de soudeporeux, tandis que le carbonate de potasse forme unedissolution qui s’écoule.