SOUFRE.
SOUFRE.
est susceptible de cristalliser sous deux formes appar-tenant à des systèmes cristallins différents. Les cristauxde soufre natif dérivent d'un prisme rhomboïdal droitsous l’angle de 4 02° et sont généralement des octaèdresà base rectangulaire simples ou cunéiformes; les cristauxartificiels, que l’on obtient en fondant du soufre et enle faisant cristalliser par simple refroidissement, déri'vent au contraire d’un prisme rhomboïdal oblique.
Le soufre natif est assez répandu dans la nature; ilest ordinairement jaune, cependant on en trouve deblanc et même de gris cendré et de brun marron ; danstous les cas la flamme qu’il donne en brûlant et l’odeurqu’il répand le font immédiatement reconnaître. Il yaffecte trois sortes de gisements : 4° en rognons dissé-minés dàns des couches de terrain tertiaire, et de for-mation contemporaine : ce gisement est assez fréquent,mais ne produit que peu de soufre ; 2° en amas irrégu-liers, dans le terrain de craie, associés à du gypse et àdu sel gemme, et probablement de formation plus ré-cente ainsi que ces derniers : c’est dans ces circonstan-ces que se trouvent les mines de Sicile , qui fournissentactuellement la presque totalité du soufre que consommel’Europe ; 3° produit*par sublimation dans les terrainsvolcaniques ou par la décomposition des eaux therma-les qui contiennent de l'hydrogène sulfuré en dissolu-tion : presque tous les volcans donnent du soufre, quise sublime constamment à travers certaines fissures etvient se condenser en partie dans les cendres ou sablesqui forment la surface du sol ; telles sont les solfataresde l'îlè Bourbon, de la Guadeloupe et de Pouzzoles . Leseaux thermales sulfureuses ue produisent qu’une quan-tité insignifiante de soufre.
Les mines de soufre de la Sicile produisent annuelle-ment environ 50 millions de kilogrammes de soufre, etpourraient au besoin en fournir une quantité bien plusconsidérable ; les mines les plus importantes sont situéesprès de Cattolica, Girgenti , Licata, Caltanisetta, Calta-scibetta, Centorbi et Sommatiuo. En 4787, il se déclarann incendie si violent dans la mine de Solfara-Grande,près de Sommatino , qu’on fut obligé d’abandonner lamine; cet incendie dura deux ans, au bout desquels unmineur ayant mis la région incendiée en communica-tion avec une partie inférieure de la mine, on put re-cueillir plus de 65 millions de kilogrammes de soufrefondu parfaitement pur, sans compter celui qui s’écouladans une petite rivière qui passe près de cette mine.
Les minerais de Sicile sont généralement fort richeset renferment de 30 à 50 p. 4 00 de soufre que l’on ensépare par une liquation ; la chaleur nécessaire à cetteopération est produite par la combustion d’une partiedu soufre que renferme le minerai : nous allons donnerune idée des méthodes de traitement que l’on suit enSicile , en nous servant d’un mémoire encore inédit deM. Adrien Paillette, mémoire qui sera bientôt publiédans son eutier.
La liquation s’opère dans de petits trous cylindriquesà fond concave et légèrement incliné vers l’orifice decoulée. Ces fours, dont les parois sont construites en cal-caire compacte, sont le plus souvent alignés par groupesde 4 0 à 20 et même plus, dans un lieu autant que pos-sible abrité contre les vents. Un seul ouvrier peut endesservir 5 à 6. On emploie les plus gros morceaux deminerai pour former sur la sole du fourneau une voûteou canal qui aboutit au trou de coulée ; on les cale avecdes morceaux presque aussi gros, on les recouvre en-suite de minerai de plus en plus fin, et on termine le tasen lui donnant la forme d’un dôme recouvert d’une cou-che de menu légèrement damée.
Le chargement terminé on allume le tas par la partiesupérieure au moyen d’une fascine préalablement trem-pée dans du soufre fondu et qu’on secoue à la surfacedu tas après l’avoir enflammée. Après 4 ou 8 heuresde feu, il s’est rassemblé au fond du fourneau une masse
de soufre en fusion qui y occupe une hauteur de 0®,20à 0®,25; on débouche alors le trou de coulée et on re-çoit le soufre fondu dans des moules eu bois préalable-ment mouillés. Une fois la fonte commencée, on nerebouche plus le trou de coulée, de sorte que le soufrecoule d’une manière continue; quand il ne vient plusde soufre, on laisse refroidir le fourneau pour le déchar-ger et enlever les crasses produites par les ganguesdu minerai.
Près de Girgenti et pour traiter également des mine-rais riches, on emploie des fourneaux rectangulairesvoûtés que l’on remplit du reste comme les précédents;ces fours, dont les parois sont en briques et de peu d’é-paisseur, sont placés dans des chambres en maçonnerieayant une chauffe à une de leurs extrémités; avec dubois que l’on y jette, on échauffe les parois du fourneauet de la chambre ; puis on ferme toutes les ***ue8, lors-que la chaleur accumulée dans ces parois et dans lesgaz chauds qui remplissent la chambre, est suffisante*pour produire la séparation par liquation du soufrechargé dans le fourneau. Ce procédé est, comme on levoit, intermédiaire entre celui précédemment décrit etcelui de la distillation proprement dite, exclusivementemployée pour les minerais qui contiennent au plus 4 5à 20 p. 400 de soufre, et même dans tous les cas, lors-qu’on peut aisément se procurer du combustible végétalou minéral.
C’est ce dernier procédé que l’on emploie à la célèbresolfatare de Pouzzoles, près de Naples . Dans cette an-cienne bouche volcanique, le soufre se condense enquantité considérable dans le sable qui recouvre le cir-que formant l’intérieur du cratère. Un enlève ce sablejusqu’à la profondeur de 10® (plus bas, la températureest trop élevée pour qu’on puisse y travailler), et on lesoumet à la distillation pour en retirer le soufre qu’ilcontient. On exploite ainsi successivement le sable quirecouvre tout le cirque, et on rejette dans les tranchéescelui qui a été soumis à la distillation. La sublimationnaturelle du soufre par les fissures du terrain se faisantd’une manière continue, le sable se recharge de soufre,et, au bout de 25 à 30 ans, il est assez enrichi pourpouvoir être de nouveau soumis à la distillation. Cettedernière s’opère dans 4 2 pots cylindriques en terre cuiteplacés sur deux banquettes parallèles dans un fourchauffé au bois. Les pots distillatoires communiquenttrois par trois au moyen*de conduits en terre cuite avecd’autres pots faisant fonction de récipient et placés àl’extérieur sur le sol de l’atelier. La charge de chaquepot est de 20 à 25 kil. de sable et on en retire moyen-nement 7 à 8 kil. de soufre, soit 90 kil. par fournée quidure environ 7 heures, et on brûle pendant ce temps,dans le fourneau, de 70 à 80 kil. de menu bois.
Le soufre brut ainsi obtenu est plus ou moins impur;il peut bien être employé dans cet état pour la fabrica-tion de l’acide sulfurique, mais il a besoin d’être purifiépour les autres besoins du commerce. Cette purificationse fait très en grand aux environs de Marseille ; à cet effeton charge le soufre dans des grandes cornues en fonte(fig. 2373) dont la pansea a environ 4 ® de diamètre, 0® ,60de profondeur, 3 centimètres d’épaisseur, et reçoit 40Q hde soufre brut; le chargement terminé, on lute sur lapanse le chapiteau b et on remplit les vides autour avecdu sable. Le col de la cornue vient déboucher dans unechambre de condensation d , de 7® de long, 3®,50 «lelarge et 4®,20 de long, dont les murs ont 0®,80 d’é-paisseur. Il y a ordinairement deux coruues pour unechambre des dimensions ci-dessus. A la partie supé-rieure de la chambre se trouve une cheminée, portantun clapet e destiné à donner issue à l’air et aux gazrenfermés dans la chambre, lorsqu’en s’échauffant oupar tout autre cause leur tension devient trop considé-rable. La grille est placée à 0®,20 environ en contrebasdu fond des cornues. Le feu ayant été allumé, le soufre