TÉLÉGRAPHIE.
TELEGRAPHIE
compliquée; Linguet, enfermé en 1782 à la Bastille,demandait, comme unique prix de sa liberté, a mettreen pratique un instrument de son invention, pour cor-respondre jusqu’aux distances les plus éloignées. Leministère ne voulut pas l’écouter, et on le fit sortir dela Bastille sans condition. Bergstrasser, de Hanau , pu-blia en 1784 un traité complet de Synthemalographie ;le tort de ce savant fut de compliquer la question en in-diquant une multitude de signaux divers, soit opaques,soit transparents ; outre la lumière il faisait aussi usagedu son de la trompette et même de l’artillerie. S’il nepouvait disposer que de deux signaux, il composait deleurs arrangements répétés un alphabet, d’après lesystème de l’arithmétique binaire. Malgré ces essais ondoit regarder comme les véritables inventeurs du télé-graphe ceux qui eurent assez de persévérance pour lemettre à exécution et le faire universellement adopter.Cette gloire est celle des frères Chappe.
Découverte de Chappe. C’est pendant la révolutionfrançaise et au momeut où des circonstances politiques,d’une gravité extrême, nécessitaient dans la correspon-dance une rapidité que rien ne pût entraver, que l’abbéChappe rendit publique sa grande découverte. On n’en-trevit pas de suite les immenses services que le télé-graphe devait rendre. Un premier essai ayant eu lieusur les pavillons de la barrière de l’Étoile, la machinefut enlevée pendant la nuit. Un second télégraphe futétabli dans le parc do Monceaux. Cette fois, le peuples’y rend, le brûle, et peu s’en faut que les auteurs ac-courus à la nouvelle du sinistre ne figurent dans l’auto-da-fé. Mais le temps des épreuves et des mécomptestouchait à sa fin : le 12 .juillet 1793 une expérience so-lennelle eut lieu en présence des commissaires nomméspar la Convention : le succès fut complet. On reconnutqu’en 13 minutes 40 secondes la transmission d’unedépêche de quelques ligues 'pouvait se faire à la dis-tance de 48 Ûeues.
On décréta l’établissement d’une ligne de douze té-légraphes, de Paris à Lille ; peu de temps après elletransmettait la nouvelle de la prise de Condé sur lesAutrichiens, et l’assemblée pouvait y répondre séancetenante, en quelques minutes, par cette phrase : « L’ar-mée du Nord a bien mérité de la patrie. »
De nouvelles lignes rayonnèrent aussitôt.dans plu-sieurs directions.
La grande idée dont l’abbé Chappe venait de fairehommage à la France , avait été conçue par lui, dès sapremière jeunesse. Les frères Chappe étaient nés àBurton, département de la Sarthe . Claude, l’abbé, setrouvait dans un séminaire près d’Angers ; ses frèresétaient dans un .pensionnat situé en face et à une demi-lieue de distance. L’abbé, dont les jours de cong^n’é-taient pas aussi fréquents que l’étaient, pour ses frères,les jours de sortie, voulut triompher de l’éloignementqui les séparait. Après beaucoup d’essais infructueux,il imagina de se servir d’une grande règle de bois tour-nant sur un pivot; aux deux extrémités de la règle,tournaient aussi sur des pivots des ailes moitié pluspetites : on obtenait ainsi cent quatre-vingt douze signesdifférents, qu’il était facile de distinguer, à l’aidixdelongues-vues. Lejeune abbé et ses freres étaient parve-nus à se transmettre rapidement des phrases d’une cer-taine longueur. C’était là, comme on voit, le germe dutélégraphe. Mais l’exécution en grand présentait desobstacles. Les frères Chappe , aidés des conseils de Bré-guet, firent leur machine, à peu près telle qu’elle existeaujourd’hui* Ils furent en outre aidés dans la composi-tion de leur langue télégraphique par un de leurs cou-sins, Léon Delaunay, ancien consul à Lisbonne et àPhiladelphie , qui était versé dans la théorie et lapratique des chiffres de la diplomatie. L’abbé ClaudeChappe est mort le 25 janvier 1805 ; le dernier de sesirèresest décédé en 1325. Un télégraphe en bronze
forme la décoration principale de sa tombe, au cimetièrede l’Est. Le télégraphe des frères Chappe est, à peu dechoses près, celui qui existe aujourd’hui, et dont nousallons donner la description.
Description du télégraphe français . Le télégraphe, telqu’il existe sur les lignes qui sillonnent la France , secompose de trois branches mobiles dans un même planvertical : une branche principale nommée régulateur, etdeux petites branches appelées indicateurs, portées àchaque extrémité du régulateur. Le régulateur, fixépar sou milieu à un mât qui s’élève de 4 à 5 mètres au-dessus du toit, a 4 mètres de long et 3 décimètres delarge. Chaque indicateur est long d’un mètre, et porte àson extrémité une queue eu fer, sorte de lest qui sert àl’équilibrer. Ces trois branches du télégraphe, qu’onpeint en noir afin qu’elles se détachent sur le fond duciel, sont mues à l’aide de trois cordes sans fin de fil delaiton, de trois poulies, et de trois pédales; les cordescommuniquent dans une chambre placée au-dessousdu toit avec les branches d’un autre télégraphe qui estla reproduction en petit du télégraphe extérieur : c’estce second appareil que le guetteur manœuvre ; l’appareilplacé au-dessus du toit ne fait que répéter les mouve-ments imprimés directement à la machine intérieure.
Le régulateur est susceptible de quatre positions :1° verticale; 2° horizontale; 3° oblique de droite àgauche ; 4° oblique de gauche à droite. Les ailes peu-vent former des angles droits, aigus ou obtus. On trouve,dans les cent quatre-vingt-douze combinaisons prisesune à une, les vingt-quatre lettres de l’alphabet et tousles signaux dits de police. Ceux-ci, bien connus desstationnaires , ou employés de chaque poste, indiquentl’activité, le repos, le brouillard, ou les autres obstaclesqui interrompent la transmission d’un poste à l’autre.Ce ne serait pas assez pour traduire une longue dé-pêche : on a donc réuni deux à deux les cent quatre-vingt-douze signes primitifs , ce qui donne 192 X 192= 36.864. Un vocabulaire imprimé comprend la dis-tribution complète de ces 36.864 signes. On en aaffecté un à chacune des syllabes possibles dans notrelangue, d’après la combinaison des consonnes avec lesvoyelles et dipbthongues. Il reste encore une multitudede signaux pour exprimer des phrases convenues à l’a-vance et annonçant que tel événement prévu est oun’est pas arrivé.
Depuis plusieurs années on a imaginé de fixer hori-zontalement le régulateur et de remplacer ses quatrepositions par celles d’un indicateur supérieur nommémobile, soutenu par son milieu et pouvant être horizon-tal, vertical ou incliné de 45°. Cette complication ap-parente est une amélioration et une simplification in-contestables ; le jeu des pédales est moins difficile, etl’on n’éprouve pas les dérangements auxquels la com-plication de l’instrument primitif exposait fréquemmentla manœuvre. Cet appareil a été adopté par le gouver-nement, et on le voit fonctionner sur une des tours deSaint-Srlpise.
La distance entre les différentes stations, des lignestélégraphiques est en moyenne de trois lieues. La vi-tesse de la transmission des dépêches varie suivant ladirection de3 lignes. On reçoit à Paris des nouvellesde Calais (68 lieues) en 3 minutes par le moyen de33 télégraphes; celles de Lille (60 lieues) en 2 minutespar 22 télégraphes; celles de Strasbourg (120 lieues) en6 minutes 1/2 par 4i télégraphes; celles de Toulon (207 lieues) en 20 minutes par 100 télégraphes ; cellesde Brest (I50 lieues) en 8 minutes par 54 télégraphes ;
Télégraphes étrangers. Les autres peuples, notammentles Anglais , n’ont pas imité tout à fait le télégraphede Chappe . Dans les pays brumeux, les signaux opa-ques sont rarement visibles. On préfère des fanaux pla-cés derrière des volets mobiles, et dont les combinai-sons sont assez variées pour offrir une multitude de