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ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.

ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.

ses plus grands, ses plus admirables progrès? !

Quelle différence faire entre l'inquisition con-damnant Galilée pour avoir affirmé que' la terretournait, et nos novateurs modernes condamnantnotre société, en vertu de leur seule conceptionde l’égalité, parce qu’elle no veut pas renoncer àla propriété et au prêt à intérêt? Elle est complè-tement nulle, si ce n’est que les inquisiteurs,croyant voir dans la Bible la condamnation de Ga-lilée , devaient moins craindre que nos novateursde se tromper en se livrant à une conception deleur esprit.

Peut-on faire sortir ainsi des lois sociales ducerveau de soi-disant révélateurs, et construire unesociété de toutes pièces d’après quelques idées pré-conçues, car ces écoles ne donnent en général leurssystèmes industriels que comme une conséquencede leurs systèmes politiques? Ce qui montre bienle peu de solidité de ces systèmes, c’est que lesvrais philosophes révolutionnaires ou métaphysi-ciens (ce qui, au fond, est la même chose) ne ré-digent pas un projet de constitution pour notrepays sans croire qu’elle ne soit également applica-ble à tous les peuples : aux Chinois, aux Inclous,comme aux Français , partout où l’on rencontrel’homme, où il y aura des pierres pour construireun phalanstère. Cette rigoureuse conséquence deleur doctrine est jugée depuis longtemps par lebon sens public, et le peu de solidité des constitu-tions successivement imposées à la France , par despenseurs plus ou moins profonds, a bien établique ce n’était que de l’étude patiente des condi-tions d’existence, de vie des nations, que pouvaitse déduire la loi de leurs progrès, et non de l’ap-plication violente d’entités métaphysiques puiséesdans le cerveau d’.un philosophe.

Il en est absolument de même en Économie po-litique, c’est-à-dire pour la science qui a pourobjet b développement et la distribution de larichesse dans la société, la vie industriellé d’unenation ; l’application de systèmes absolus puisésdans une philosophie dogmatique, en dehors dela réalité des faits, peut facilement anéantir laprospérité et la richesse d’un pays, comme l’ex-périence l’a trop prouvé, mais ne saurait les éta-blir et les consolider.

2° L’école expérimentale, agissant à l’opposéde l’école métaphysique, a cherché à appliquer,à l’étude des phénomènes qui se rapportent à larichesse sociale, la méthode d’expérimentation quedepuis Bacon les savants ont appliquée avec tantde succès à la recherche des lois physiques.

Voici en quels termes J.-B. Say formule la mé-thode employée par l’Économie politique moderne :

« L’Économie politique, dit-il, afin de ne pass’égarer en de vaines et funestes recherches, nes’occupe que de remonter des faits les plus con-stamment observés à la connaissance des lois gé-nérales qui régissent ces faits. »

Comme moyen d’investigation, comme procédé

pour reconnaître et analyser tous les phénomènesauxquels donnent lieu la production, la distribu-tion ou la consommation de la richesse, cette mé-thode est excellente. Ses avantages sont bien claire-ment démontrés par le grand nombre de théoriesremarquables qu’elle a produites; mais peut-onavec cette méthode seule édifier solidement lascience complète? Cela peut paraître douteux sil’on étudie le développement de la science écono-mique depuis le commencement du siècle. D’uùcôté, l’école de Ricardo, et aujourd’hui les re-présentants les plus illustres de l’école économiqueen Angleterre, tendent à rapprocher de plus enplus l’Économie politique d’une science mathéma-tique ; ils cherchent à constituer une espèce d’al-gèbre de la richesse, toute fondée sur la notion dela valeur et où l’effort humain disparait, unescience plus voisine d’une application des sciencesde calcul que d’une science sociale. Dans une voieopposée, une école toute politique dont M. de Sis-mondi a été le représentant le plus éminent, etqui depuis a trouvé un vigoureux champion enAllemagne en la personne de F. List, le promoteurdu Zollverein ; les écrivains socialistes et depuislongtemps tous les politiques qui ont fondé lesystème prohibitif ont réclamé la prééminence dessciences politiques sur les sciences économiques,et ont cherché à prouver que le pouvoir politiquedevait dominer et modifier au besoin l’organisa-tion économique de la société qui produit.

De semblables divergences entre des intelli-gences de premier ordre montrent bien que laméthode expérimentale, appliquée à l’Économiepolitique, est insuffisante, qu’elle ne fournit pasde démonstrations bien concluantes. Verra-t-onjamais, dans les sciences physiques auxquelles elles’applique si parfaitement, de pareilles divergen-ces entre les savants? Sans doute on nous dira queSismondi , en quittant la méthode expérimentale,s’est séparé des Économistes, mais n’y était-il paspoussé par des motifs bien puissants ? N’est-il pasévident que les limites posées par Say sont pres-que toujours dépassées par les écrivains de nosjours, que la science s’y trouve à l’étroit?

N’est-il pas démontré aujourd’hui que c’est sur-tout au point de vue du commerçant, du finan-cier, que l’école anglaise (née avant le grand déve-loppement industriel de ce pays) a traité jusqu’àce jour l’Économie politique? Ce sera, nous espé-rons, avec quelque honneur que la France auraposé les jalons d’études faites au point de vue duproducteur, car c’est cet intérêt qui est au fond detoutes les questions agitées en France depuis quel-ques années.

3° Si la méthode expérimentale, si la seule ob-servation est insuffisante, si la méthode métaphy-sique est surtout propre à conduire à de funestesaberrations, quelle est donc la méthode convenablepour constituer l'Économie industrielle?

On répondra facilement à celte question en re-