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L’ARCHITECTURE DE VITRUVE.
tous très-égaux et bien travaillés.; cette régularité plaisoit à la vue : tels sont ceux qu’on voit surles restes du mausolée d’Auguste à Rome; mais quand ils se trouvoient clans un endroit, où ils nepouvoient se procurer cette espèce de pierre , et qu’ils étaient obligés d’en employer de plus dures,comme celles qu’on voit à l’amphitliéâtre de Theano , clans le labour a 6 lieues de Capoue , lescarrés ne sont pas, à beaucoup près, aussi bien travaillés , et l’ouvrage n’offre pas un coup-dceilaussi agréable.
Quoique Vitruve , et même Pline ( 1 ) assurent que cette espèce de muraille n’ést pas solide, cepen-dant on voit , qu’il s’est conservé des bâtimens entiers , construits uniquement de cette façon :tels sont entr’autres la maison de campagne dite de Mécène a Tivoli , les ruines du temple cl Her-cule , au même endroit, les restes de la maison de campagne de Lucullus à Frascati, et de grandspans de murs de celle de Domitien , à Caslel-Gandolio , dans la villa Barberin. J ai trouve par touteFltalie , des ruines d*opus reticulatum ; j’en ai vu sur-tout dans l’ancienne Campanie , et dans uneinfinité d’autres endroits du royaume de JNaples.
On en trouve aussi beaucoup en d’autres pays hors de l’Italie : et, maigre 1 opinion de Vitruve , lesouvrages de ce genre qui se sont conservés jusqu’à nous , sont en plus grand nombre , et plus in-tactes que ceux de tous les autres ; cela vient , sans doute , suivant les principes avances par notreauteur , de ce que les pierres en sont fort petites , mêlées dans une grande quantité de chaux , oupour mieux dire de mortier.
Passons présentement à l’autre espèce de maçonnerie en usage chez les Romains , qui, d’aprèsce que dit Vitruve , et ce que nous montrent les monumens antiques qui nous restent , étoit lamanière de bâtir des plus anciens temps. Vitruve nomme celte manière incerta , et,je l’ai traduitpar maçonnerie irrégulière. Je n’ai pas fait comme Perrault et d’autres qui ont voulu corriger ici letexte de Yitruve; au lieu d’incerta , ils ont mis inserta ; ils entendent par là, une maçonnerie faiteen liaison y dans laquelle les pierres sont posées les unes sur les autres comme des tuiles y ceque Vitruve n’a certainement pas voulu dire ici ; car cette espèce de maçonnerie est celle qu’ilnomme plus loin, isodome et pseudisodome. Perrault, et ceux qui ont suivi son sentiment, ne con-noissoient certainement pas cette manière que Vitruve nomme incerta et dont il existe encore unfragment considérable qui forme une partie des murs de la ville de Fondi dans le royaume deNaples , a droite de la porte de celle ville , nommée la porte de Rome. Cette muraille est faitede pierres blanches à paremens polis ; mais ces pierres sont toutes d’une forme différente : car ily en a de pentagones , d’hexagones 3 et d’heptagones , et c’est de cette manière qu’elles sont emboitéesles unes dans les autres. Elle est représentée lettre I. re , fig. i. re , pl. Ill. me Ce morceau est exécuté avecclés pierres très-grosses, et si elles n’éloient d’une autre espèce ^ que celles qui composent le pavéde la voie Appiénne, on pourroit croire que c’est une partie de cette voie qui a été transportéelà y et élevée d’aplomb , tant les pierres de ce mur ressemblent à celles de ce pavé, soit par l’irré-gularité , soit par la grandeur. Les murs de Corinthe et d’Eretria en Eubée , étoient construits decette manière. Il y a voit aussi de pareils murs à Ostia , ville de l’Epire , dont San Gallo , ancienarchitecte ( de son temps on en voyoit encore quelques restes) a donné le dessin et la description,
(0 PU ne - Reticulata structura, qua frequentissimè slruunl nimis oporluna est, Liv. XXXVI, Ch. 5i.
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