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qui se trouvent sur vélin dans la bibliothèque du palais Barberin à Rome; VY inkelman a parlé deces murs dans sa description des pierres gravées de Stoseh (page 175). Ou voit aussi représentéssur la colonne de Trajan les murs d’une ville construits de semblables pierres.
Outre ces deux espèces de maçonneries , les Romains se servoient aussi de celles que les colonies.Grecques avoient introduites anciennement en Italie.
Vitruve commence par indiquer les murs faits entièrement de pierres de taille carrées, sans rem-plage ni moellon.
Tous les murs de clôture de la ville de Pestum , située à un mille et demi du bord du golfe deSalerne , avec les quatre tours des angles , sont bâtis de celle manière , avec de très-grandes pierresquadrangulàires ou oblongues , jointes ensemble , à ce qu’il paroît, sans ciment ; de manière quele côté extérieur de ces pierres offre une surface taillée en forme de diamant. Les uns prétendentque cetlê ville a été bâtie par les Sybarites ; d’autres par les Dauriens : ce qu’il y a de certain ,c’est que ces murs sont de la plus haute antiquité ; et malgré le défaut que Vitruve reproche à cettemaçonnerie , ils se sont conservés en entier ; quoiqu’il y ait deux mille ans qu’ils sont bâtis.
Ces murs de pierres carrées , soit de tuf, de peperin , de travertin , ou de marbre , se faisoienten posant simplement ces pierres les unes sur les autres , et ( quoiqu’en dise Yilruve ) , à ce* qu’ilparoît , sans ciment ; de sorte qu’ils se soutenoient par leur propre poids.
Dans les temps les plus reculés , on prenoit, pour construire , les plus grosses pierres qu’on pou-voit trouver; c’est ce qui a fait dire que c’étoit des ouvrages de Cyclopes. (1) C’est pour celte mêmeraison que les gens du pays donnent encore aujourd’hui le nom de Palais des Géants (2) aux ruinesdu temple de Jupiter à Girgenti en Sicile. Les pierres sont en général d’une équerre si juste et lesarrêtes si vives , que les joints ressemblent à un fil mince ; et c’est ce que quelques écrivains ontappelé apfiovia- art qu’on admiroit particulièrement au temple que Scopas , (3) bâtit à Tégée : lesjoints d’un temple de Cmcum étoient couverts de listeaux d’or (4).
On a remarqué que les grandes pierres d’autres bâlimens étoient liées ensemble avec des ancr.esou des clefs , comme Yitruve l’enseigne dans ce chapitre ; ces clefs étoient de métal pour le mar-bre , parce que le fer y cause des taches de rouille. Alberti dit aussi avoir trouvé des clefs ou descrampons de bois dans des bâtimens anciens (5) ; M. Le Roi les a remarqués aux ruines d’un templedans le territoire d’Athènes ; on en a trouvés aussi au temple de Jupiter à Girgenti.
L’autre espece de maçonnerie en usage chez les Grecs, que Yitruve indique ensuite, est la mêmeque la précédente , si ce n’est qu’on n’y employoit pas de pierres taillées , mais telles qtt’elles se trou—voient naturellement ; on les lioit en les posant alternativement les unes sur les autres , comme' siC etoient des briques. L’intérieur du mur n’étoit pas rempli avec du moellon jeté à bain de mor-tier , comme l’Empiecton ; mais avec la même espèce de pierre , qui étoit liée comme celles desparemens. Voyez la j. re fig. H de la III. rae planche.
(1) Pausan. Liv. II.
(2) Fazell. rer. Sici. Bec. Liv. "VI, p. ,127. ed, Panor, i 568 .
( 3 ) Pausan. Liy. YIII.
( 4 ) Plin. Liv, XXXVI. Ch. 22. Il parle dans le même chapitre desmanières de bâtir en usage chez les Grecs , dites Isodome et Emplectone.
( 5 ) Archit, Liv. III, Ch. a.
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