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plus d’humidité, il le faut abattre ; .alors il sera excellent à mettre en œuvre. Ce quise pratique à l’égard des arbustes, prouve combien cette méthode est utile : dansune certaine saison de l'année , pn les perce par le bas , pour ôter cette humiditésuperflue; cela les fortifie et les fait durer plus long-temps. Si on néglige de le faire,elle s’amasse et se pourrit, dans l’intérieur de leur tige , ce qui fait qu’ils demeu-rent foibles et languissans. Les .arbres donc, que l’on fera ainsi sécher sur pied , avantqu’ils soient morts, ou épuisés par la vieillesse , seront exeeUens pour bâtir, et dure-ront long-temps après qu ils seront employés.
S’il existe plusieurs espèces d’arbres , leur qualité diffère aussi beaucoup. Nousemployons dans les bâtimens le chêne , l’orme, le peuplier , le cyprès et le sapin ;ils ne conviennent cependant pas également à tous les ouvrages : car on ne peut pasfaire du chêne ce qu’on fait du sapin , ni du cyprès ce qu’on fait de l’orme ; lespropriétés de chacun de ces bois étant différentes, à cause des élémens dont ils sontcomposés, ils ne peuvent également servir au même ouvrage.
Le sapin qui renferme beaucoup d’air et de feu , qui contient peu d’eau et deterre , étant composé d’élémens aussi légers , pèse lui-même très-peu ; sa nature estd’être ferme et tendu ; il plie sous le faix et tient le plancher fort droit; mais sa tropgrande chaleur est cause qu’il engendre des vers qui le gâtent, qu’il s’enflamme aisé-ment , à cause de sa nature aérée , et qu’il occasionne souvent des incendies.
Si on remarque le sapin avant de le couper , on verra que, près de la terre, il estuni et n’a pas de nœuds à cause de l’humidité que tirent ses racines ; mais la partied’en haut qui jette beaucoup de branches, parce que la chaleur y abonde, est fortnoueuse; quand on l’a coupée à la longueur de vingt pieds , et équarrie, on l’appellefusterna , pour marquer la dureté de ses nœuds. Quant à la partie inférieure , si elleest assez grosse , pour être partagée en quatre , on la décharge de son aubour, etce qui reste est très-bon pour la menuiserie, on l’appelle sapinea.
L’élément terrestre compose presque tout seul la nature du grand chêne ; il a peud’eau, d’air et de feu, aussi dure-t-il éternellement dans la terre ; parce que sa soli-dité fait qu’il ne reçoit presque pas d’humidité dans ses pores ; il la fuit tellement etil en contient si peu , qu’il se tourmente , se gerse et se fend lorsqu’on l’emploiehors de terre.
Le petit chêne , dont les principes sont beaucoup plus tempérés, est d’un très-bonusage dans les édifices : il ne résiste pas, il est vrai, à l’humidité; elle s’insinue aisé-
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