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LIVRE V\ C h A p. i. Ï(J 5
des espèces de cloison qni s’élevoient jusqu’aux trois quarts de ces colonnes. Ces cloisons , dans letexte, sont nommées pluteum.
Philander croit que ce mot signifie ici la corniche de l’entablement du premier rang des colonnes;et Perrault en fait un piédestal continu sous les colonnes d’en haut , qui sert en même temps debalustrade à la galerie. Ces deux interprétations s’éloignent également du texte ; puisque ces cloi-sons , suivant le texte , doivent se trouver entre les colonnes du rang supérieur , pluteum quocLfuerit inter superiores coîumnas : dans le sens de Philander , il auroil dû y avoir dans le texte ,inter superiores et inferiores coîumnas . Ensuite , ces cloisons ( pluteum ) , étoient destinées àempêcher que les marchands qui étoient dans la basilique ne vissent les persbnnes qui se prome-noient dans les galeries supérieures : ce qui ne peut s’appliquer aux corniches , il est même pro-bable qu’il n’y en avoit pas ; puisque , comme nous l’avons remarqué à la fin du i. er Chap. duIII. me Liv. , les anciens ne mettoient qu’une simple architrave sur les rangs inférieurs des colonnes;de plus , à la fin de ce chapitre , il distingue clairement la corniche du pluteum epistylionumornamenta et pluteorum columnarumque superiorum distributio : ce mot ne peut donc signifierici la corniche ; il ne peut non plus signifier un piédestal continu comme l’a cru Perrault : car onne peut pas dire qu’un semblable piédestal est entre les colonnes , inter coîumnas ; mais il estpar-dessous, puisqu’il les porte; il est par-conséquent impossible qu’elles s’élèvent jusqu’aux troisquarts de la hauteur des colonnes.
Pluteum ou pluteus éloit proprement un mantelet qu’on empîoyoit dans les machines de guerre,pour mettre à couvert les soldats et les travailleurs ; il étoit ordinairement fait d’osier recouvertde peaux nouvellement écorchées. Encore aujourd’hui pendant les hivers, à Rome , on pend devantles portes des églises et des palais , des espèces de rideaux en cuir , à-peu-près faits comme cesmantelets pour empêcher le froid de pénétrer dans l’intérieur. 11 est probable que ceux , dontparle Vitruve , ressembloient à ceux-ci ; ils s’élevoient jusqu’aux trois quarts de la hauteur descolonnes ; la partie qui restoit ouverte au-dessus servoit pour donner le jour nécessaire dans l’inté-rieur de l’édifice. L’auteur a laissé des ouvertures semblables , pour donner le jour dans la basi-lique qu’il a construite à Fano.
Celte basilique de Fano , qu’il cité pour exemple , et dont il fait la description , diffère sur-toutdes autres , parce qu’il n’y a qu’un seul rang de colonnes qui s’élèvent , dans un diamètre pro-portionne , aussi haut que les deux rangs réunis des autres basiliques , pour supporter la grandevoûte.
Les architectes modernes ont bien souvent abusé de cette manière de faire de grandes colonnesqui soutiennent plusieurs étages. Ici la vaste étendue de la voûte semble autoriser cette licence ;mais dans un bâtiment ordinaire composé de plusieurs étages , il n’y a pas de raison de mettrede grandes colonnes ou de grands pilastres au dehors des murs , où il n’y a pas une grandevoûte comme celle-ci a soutenir.
Toutes les fois qu’il y a plusieurs étages à un bâtiment , il faut autant d’ordres d’architecturequil y a d’étages ; parce que , si un seul ordre d’architecture renferme plusieurs étages , alorsces étages ne seront proprement que des entre-sols : ce qui n’est pas raisonnable.
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