LIVRE V, G h a p. ti.
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celui de Pompeia , les cendres du Yésuve qui l’ont enseveli comme tout le reste de celte ville ,ne le couvre pas au-dessus du faîte de ses murailles ; lorsque je l’ai vu, il étoit presqu’enlièrementdécouvert ; toutes ses parties étant en plein jour , on n’est pas gêné comme dans celui d’Hcrcu-lanum j on le voit tout entier au premier coup-d’oeil. Dans l’un et l’autre de ces deux théâtres ,j’ai remarqué toutes les parties dont parle Vitruve , entre autres le -proscenium , et je n’en ai ren-contré aucune autre, à laquelle on pût donner le nom de pulpïtum ou de scena.
Les angles des triangles tracés dans le cercle indiquoient la place des escaliers qui séparoient lesamas de degrés sur lesquels les spectateurs étoient assis. Les escaliers , qui tendoient droit aucentre du théâtre , donnoient une forme de coin à tout cet amas de degrés qui étoient comprisentre les précinctions et les escaliers , à cause que d’une base large , ils aboient en étrécissant,d’où on les a nommés en latin cunei. Nous n’avons pas de terme propre en françois pour rendrecelte expression latine ; parce que nous ne nous servons plus de pareils théâtres. Cette division desièges ou de degrés servoient, comme nous l’avons déjà observé , pour séparer les différées ordresde citoyens. Un de ces coins étoit occupé par les magistrats , d’où on l’appeloit bulenticos y unautre par les jeunes gens , d’où on le nommoit ephebeos y un autre par les chevaliers , d’autresenfin par le peuple. C’est de-là que sont venues ces expressions cuneaio et discunectto , pour direque Quelqu’un étoit admis dans sa place au théâtre , ou qu’il en étoit chassé.
Nous avons déjà observé qu’une grande façade décorée de colonnes et d’autres ornemensd’architecture , occupe le fond de la scène des théâtres anciens (1).
Dans le milieu de cette façade se trouve une grande porte qu’on nomme la porte royale j auxdeux côtés de celle - ci , il y en a deux plus petites nommées portes des étrangers. L’usage desjeux scéniques est venu à Rome de la Grèce. Les pièces de théâtre latines sont presque toutestraduites ou imitées du grec , aussi retrouve-t-on, dans les théâtres romains, toutes les parties quicomposent celui des grecs. On leur a même laissé les noms qu’elles avoient dans cette langue.Hormis la grandeur de l’orchestre et celle de la scène, tout le reste est semblable , et a bien plusde rapport aux usages des Grecs qu’à ceux des Romains. *
Dans le dixième chapitre du VI. e livre, nous verrons que, dans les maisons grecques , il y avoitdans le milieu , un grand bâtiment occupé par le propriétaire , et sur les côtés deux plus petitsdestinés à loger les étrangers , ayant chacun leur porte particulière , ce qu’on peut voir dans laXX. c planche. Comme dans la plupart des pièces de théâtre , le principal personnage est censé avoirson habitation sur la scène, il convenoit, suivant l’usage des Grecs , que celles destinées aux étrangerss’y trouvassent aussi ; puisque ceux-ci interviennent souvent dans les pièces : c’est pourquoi la grandeporte du milieu représentoit la principale entrée de la maison du maître ; et les deux petites surles côtés, celles des étrangers. Je ne sais , dit Galiani , où M. r Boindin a été trouver que la seuleporte à gauche étoit destinée aux étrangerset que l’autre l’éâoit à d’autres personnages. (2) Outrel’entrée du maître de la maison , et celles des étrangers, qui étoient logés chez lui^ il y avoit, pour
(1) On a trouvé les ruines de cette façade , et la plupart des co-lonnes qui s’y trouvoient, en déterrant le théâtre d’Herculanum.
(2) Discours sur les théâtres antiques. Mém. de l’acad. des insc.et belles lettres. T. 1.
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