LIVRE
V , C H A P. VIL
je ne connois , à cet égard , que le célèbre Clerisseau , arcbitecie françois , qui ait des droits à l areconnoissance des amateurs des beaux-arts , pour ses recherches sur le proscenium du théâtred’Orange. Il les a poursuivies avec un courage unique, sans être rebuté par les peines , ni les fatigues,ni sur-tout par le spectacle affreux que les prisons , qui occupent ce monument , renouveloient sanscesse à sa vue. On ne peut assez apprécier le mérite de ce travail rebutant et difficile ; son résultata été des plus»utiles et des plus curieux. Il laisse cependant encore beaucoup à desirer. Galiani ,qui a fait imprimer sa traduction de Vitruve en 1768 , dit avoir vu les plans de plusieurs théâtresqui avoient été engloutis et qu’on avoit déterrés ; mais que dans la plupart, la scène ne se trouvoitpas dessinée , ou , ce qui étoit pire encore , qu’on l’avoit ajoutée d’après le caprice de quelquearchitecte.
Depuis lors , on a découvert le théâtre de Pompeia , que j’ai vu en 179a ; j’y ai remarqué leproscenium , tel que le décrit Vitruve , et tel qu’il est représenté dans les planches de l’éditionde Perrault et de Galiani ; j’aurois désiré le dessiner sur les lieux et en prendre les dimensions •mais cela étoit défendu. Les fouilles que l’on continue dans cet endroit produiront peut-être unjour de nouvelles lumières : en attendant je tâcherai d’expliquer cette partie de l’ancien théâtre ,telle que nous la connoissons.
Les anciens avoient , comme nous , des décorations versatiles ; c’étoit des triangles suspendus ,faciles à tourner , et portant des rideaux où. éloient peints différents objets suivant les trois genresde pièces, comme nous le verrons dans le chapitre suivant. Tous les interprètes , avant Galiani,avoient placé ces décorations derrière les trois portes qui sont dans la façade qui termine la scène,c’est-à-dire derrière la porte royale et les deux portes des étrangers. Us n’auroient pas commiscette erreur , comme l’observe le traducteur italien , s’ils avoient bien réfléchi sur les paroles tlutexte, et fait altënlion sur-tout à l’ordre que l’auteur suit en décrivant cette partie de la scène.On voit en effet qu’il commence par le milieu , et continue ensuite à décrire , i’un après l’autre,les objets qui se suivent sur les côtés à droite et à gauche. Mecliœ vcilvœ ornatus habeant aulœregiœ , dit-il} la porte du milieu aura la magnificence de celle d’un palais royal. Il continue ensuiteen disant : dextra ac sinistrci hospitalia. Voilà donc qu’il parle immédiatement après ces deuxobjets qui étoient aux deux côtés de celle-ci , c’est-à-dire des portes des étrangers. Il continuetoujours, et dit secundum ea , c’est-à-dire ensuite de celle-ci, à côté de celle-ci. Spatia ad ornatuscomparata , se trouve l’espace où l’on place les décorations. 11 continue encore en disant secundumea c’est-à-dire après cet espace , en suivant toujours la même ligue sur les côtés à droite et àgauche , versurœ sunt procurrentes , etc. , sont les deux galeries qui conduisent en dehors et qui
forment deux chemins pour les acteurs ; l’un qu’on suppose venir de la ville et l’autre de la
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campagne.
L’auteur comme nous voyons se sert deux fois du mot secundum : si cette expression , commeon l’a cru jusqu’à présent , avoit pu signifier , la première fois qu’il l’emploie , le derrière et nonle côté des portes , elle auroil du signifier la même chose la seconde lois , et dans ce cas il n’étoitplus possible de placer les galeries.
* De plus , les portes de celle façade représenloient, comme nous avons vu , les portes de véri-