LIVRE V, C h a p. x.
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REMARQUES.
L'USAGE clés bains , si répandu chez la plupart des nations , étoit sur-tout très-fréquent chez lesanciens. Les Grecs s’en servoient beaucoup , ainsi que les Romains , pour entretenir la propreté ,parce qu’ils portoient des chemises de laine , le linge étant alors fort rare. Outre les bains desparticuliers , il y avoit plusieurs bains publics dans Rome.
Yilruve décrit dans ce chapitre les édifices qui y éloient destinés ; on connoît encore l’empla-cement de plusieurs qui existoient de son temps , entre autres les thermes de Paul Emile , sur lesruines desquels est aujourd’hui bâti le palais Cera. Mais par la suite les empereurs en firent éleverdont rien n’égala la magnificence ; tels furent les thermes de Néron , de Titus , de Dioclétien ,dont les ruines existent encore en grande partie. Ces superbes édifices éloient non-seulement des-tinés aux bains , mais encore à tous les exercices du corps , et à l’élude de toutes les sciences ;ils renfermoient de plus de grandes places , de grandes galeries , des portiques ornés de peintureset des statues grecques , des allées d’arbres , et des espèces de bois pour la promenade , des jar-dins , des fontaines et toutes sortes de magnificences et d’agrémens.
Les thermes de Dioclétien étoient les plus magnifiques et les plus célèbres de tous ; ils occupoientun terrain immense , qui renferme aujourd’hui le couvent des Chartreux , l’église S. 1 Bernard , lesgre'niers de la chambre apostolique , la place de Termini ; ce qui forme une enceinte de 1200 pas.Une grande partie des bâlimens subsistent encore ; la grande salle a été convertie en une superbeéglise nommée Sainte Marie des Anges , qui est celle des Chartreux. Dans une autre partie desédifices, on a placé les greniei’s de la chambre apostolique , etc. Le nombre des statues qu’on atrouvées dans ces thermes , les incrustations des salles , les grandes colonnes , dont les Chartreuxse sont servis pour orner leur église , et les ruines qu’on voit encore , ne permettent pas de douterdes richesses qu’ils renfermoient , non plus que de leur magnificence. On voit par-là combien lesanciens étoient recherchés dans leurs bains ; ils en avoient de plusieurs espèces ; outre ceux d’eauchaude et d’eau tiède , ils prenoient encore des bains secs , en entrant dans des étuves, ou cham-bres chaudes destinées à exciter la transpiration ; ces sortes de bains sont encore fort en vogue enRussie. Dans les environs de Naples , près de Pouzzole , j’ai vu les étuves , dites de b.* Janvier ,dont on continue à faire usage pour se faire suer , à la manière des anciens.
Cicéron et Celse appeloient cette sorte de bain asseum, pour le distinguer du bain d’eau chaudequ’ils nomment calidam lavationem 3 qui est celui que Yilruve désigne ici sous le nom de caldarium.
Comme il n’existe plus d’édifices semblables à ceux des anciens pour contenir ces différens bains,ce chapitre, où Yilruve en fait la description , étoit assez difficile à expliquer; aussi les interprètes«ont peu d’accord dans la manière de le rendre.
Nous voyons que l’eau destinée pour les bains , étoit chauffée par un fourneau nommé liypo-eauste , placé sous les salles des bains ; il échauffoit aussi , à ce qu’il paroît , la chambre chaudeou l’étuve à faire suer , et même les autres places , par des tuyaux qui circuloient sous le pave.
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