LIVRE V, Chap. xii. *5S
pont qui traversoit la Baye, et conduisoit de Baia à Pouzzole. La partie de ces ruines , qui étoitdans l’eau , étoit parfaitement conservée.
Suivant le premier moyen indiqué par Vitruve , on enfonçoit dans la mer deux rangs de pieuxqui formoient une enceinte à laquelle on donnoit la forme que le mole devoit avoir : ensuite , sansépuiser l’eau , on emplissoit l’intervalle qui étoit entre les deux rangs de pieux avec des pierres etdu mortier de Pouzzolane , qui, étant plus pesante que l’eau, la faisoit sortir; et par la propriétéqu’avoit ce mortier de sécher et endurcir dans l’eau , formoit comme une masse fusible jetée dansun mole.
Ce mole formoit une espèce d’arc dont une des extrémités tenoit à la côte , s’avançoit dans latner , formoit une courbe et un angle pour présenter ensuite sa plus grande étendue en face durivage. Du moins est-ce ainsi que Galiani a interprété les expressions d’arcœ stipitibus dont s®sert Vitruve.
Voici ses réflexions à cet égard : il semble , dit-il, d’après ce que nous apprend Vitruve, qu’oudoive seulement lier , avec des chaînes , toute l’enceinte de pieux ; mais comme nous nous servonsaussi d’ais terminés en queue d’hironde , pour unir ces pieux les uns aux autres , au moyen desrainures qu’on y creuse pour y recevoir ces tenons , Perrault, qui a cru cet usage antique , s’estpersuadé qu’ici, area, signifioit un poteau dans les deux côtés desquels on avoit creusé des rai-nures propres à recevoir le tenon d’une autre pièce de bois.
Malgré toute l’érudition qu’il étale dans une très - longue note , pour adapter les paroles du texteau sens qu’il leur a donné , on n’y trouve, ajoute Galiani , que du verbiage. 11 me semble en effettrès-clair, continue le traducteur italien, qu’une fois qu’on donne à area l’épithète d* inclus a , ilne peut signifier autre chose que la totalité de l’arc , formé par les pieux, c’est-à-dire toute l’en-ceinte même. L’expression de dimittere arcam , ne doit pas apporter une difficulté ; il s’en sertprobablement au lieu de dimittere stipites , quibus fiunt arcæ .
La seconde manière de faire une jetée ou mole , dont parle Vitruve , avoit lieu dans les endroitsoù la mer trop agitée ne permettoit pas d’y enfoncer des pieux. On bâtissoit une masse sur le rivage,dont plus de la moitié posoit sur un amas de sable soutenu par un petit mur, qu’on abattoit,lorsque la maçonnerie étoit sèche ; la mer alors emportoit le sable , et la masse , qui se trouvoitdessus , lomboit dans l’eau.
Virgile décrit cette manière de faire .des moles dans le g. me Liv. de l’Enéide.
Qualis in Eüboico Baiarum littore quondamSaxea pila cadit magnis quam molibus antèConstructam jaciunt porito : sic ilia ruinam
Prona trahit , penituaque vadis illisa recumbit. *
Telle aux rives de Baie, antique enfant d’Eubée ,
Dans le golfe de Cume avec fracas tombée ,
Une masse de roc qu’unit un dur cimentÉbranle au loin la rive en son noir fondement.
!7. _ Trad, de Deuli.ï,