Comme on doit régler les proportions des édifices d’après la nature des lieux.
I_j ’architecte doit avoir soin sur-tout que les proportions des différentes partiesde l’édifice se rapportent entre elles pour former un bel ensemble. Quand il auradéterminé , d’après les règles , cette proportion, et qu’il aura trouvé les mesures parle calcul , rien ne fera paroître davantage son génie, s’il sait adroitement en ôter ouy ajouter quelque chose, suivant que la nature du lieu, l’usage et la beauté le deman-dent , et sans que ces retranchemens , ou additions , paroissent rien déranger auxproportions, ni que la vue en soit offensée.
En effet, les objets paroissent tout autrement, lorsqu’ils sont sous nos yeux , quequand ils sont élevés fort haut ; et ce qui est dans un lieu enfermé , produit un toutautre effet que quand il est à découvert. Il faut, pour bien réussir en cela, être douéd’un grand jugement : car la vue ne nous rend pas toujours les objets tels qu’ilssont, et ses jugemens nous trompent souvent ; comme on l’éprouve dans la peinture,où des colonnes , des mutules et des statues paroissent saillantes et avancées horsdu tableau , que pourtant l’on sait être une superficie plate et unie. De même lesrames des navires , quoique droites, paroissent rompues dans l’eau , il n’y a que lapartie , qui est dehors , qui paroît droite , telle qu elle l’est effectivement ; et celaparce que la partie qui est enfoncée dans l’eau , devant renvoyer son image au traversdu fluide transparent jusqu’à la superficie de l’eau , ce mouvement fait qu’elles parois-sent rompues. Soit que nous voyions les choses par l’émission que les objets fontdes images , ou par les rayons que nos yeux répandent sur les objets , comme lesphysiciens le prétendent , il n’en est pas moins vrai que les jugemens de nos yeuxsont souvent très-faux. Si donc ce qui est vrai paroît quelquefois faux, et si les chosessemblent souvent être autrement quelles ne sont, je ne crois pas qu’on puisse douterde la nécessité d’ajouter ou de diminuer en changeant un peu les proportions, quandla nature des lieux le demande, pourvu toutefois qu’on ne touche point aux chosesessentielles ; mais il faut pour cela beaucoup d’intelligence, et bien connoître les règlesde l’art.
On doit donc d’abord établir la proportion suivant les règles, afin de voir préci-
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