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L’ARCHITECTURE DE Y I T R U V E.
occasionne trop souvent leur chûte. Il ne faut pas mêler de plâtre dans leur com-position ; il ne doit y avoir que du marbre réduit en poudre , crainte que l’ouvragene se sèche inégalement : car le plâtre se sèche et s’endurcit plus vite que le marbre.Nous ne devons pas imiter non plus , dans nos plafonds , les corniches saillantesdes anciens ; leur poids les rend trop dangereuses.
Nous avons deux sortes de corniches ; les unes unies , et les autres taillées deculpture. Dans les places où l’on fait du feu , et où l’on allume beaucoup de lu-mières , on doit les faire unies , pour qu’on puisse essuyer aisément la suie quis’y attache. Mais dans les apparlemens d’été et dans les exèdres (i) , où rien ne pro-duit de la fumée ou de la suie , on les peut faire taillées. La plus grande beauté deces sortes d’ouvrages consiste sur-tout dans leur extrême blancheur. Il faut doncéviter que la moindre fumée , même celle des appartenons voisins , ne viennent lessouiller.
Après avoir achevé ces corniches , il faudra jeter , sur les murailles , un enduitcomposé de chaux et de gravier , qu’on fera le plus rude qu’il sera possible ; etavant que cet enduit ne soit tout à fait sec , on aura soin d ébaucher les mouluresavec le mortier de chaux et de sable , en traçant celles qui traversent avec la règleet le niveau; celles qui montent avec l’aplomb , et les angles avec l'équerre , alinqu’elles se répondent exactement. Les encadremens faits de cette manière , embellis-sent beaucoup les peintures qui sont sur l’enduit. A mesure que l’enduit séchera ,on étendra une seconde et une troisième couche ; plus ces couches seront épaisses,plus l’enduit sera solide et subsistera long-temps.
Lorsqu’on aura appliqué trois couches de mortier sur le premier enduit, on éten-dra sur celles-ci , celles qui sont faites avec la poudre de marbre ; ce stuc doit êtretellement corroyé et pétri , qu’il ne s’attache pas à la truelle ; il faut que son fers’en retire bien net. On mettra sur cette première couche de stuc, composée depoudre de marbre , à gros grains , avant qu elle soit sèche , une seconde couchedont le grain sera plus fin. Après avoir rendu celle-ci bien unie , on étendra latroisième composée d’une poudre de marbre très-fine. Les murs étant ainsi cou-verts de trois couches de mortier de sable , et d’autant de celles de sluç , ils neseront sujets ni à se fendre ni à se gâter d’aucune manière. Si ces couches sont bienbattues et repoussées , et ensuite bien polies , la blancheur et la dureté du marbrerendront les couleurs qu’on couchera dessus , et qui s’imbiberont dedans , on ne
(i) Nous avons vu que c’étoit des salles où l’on se réunissoit pour y faire la conversation.