32» L’ARCHITECTURE DE V I T R U Y E.
gnoient des scènes tragiques , comiques ou satiriques. Ils ornoient leurs longuesgaleries en y peignant divers paysages imités de la nature , qui rendoient des siteschampêtres ; les uns représentaient des ports ; d’autres des promontoires , des ri-vages , des fleuves , des fontaines , des ruisseaux , des temples , des bois , des mon-tagnes , des troupeaux , des bergers : en quelques endroits , ils ont peint l’histoire.Ce genre de peinture représente les dieux comme ils sont décrits dans la fable, oucertains événemens , comme la guerre de Troie , les voyages d’Ulysse dans les di-verses contrées du monde , et autres sujets imités de la nature dont ils ne s'écar-taient jamais.
Il n’en est plus de même à présent ; on abandonne la vérité qui servoit de mo-dèle aux anciens. Je ne sais par quel caprice ni par quel goût dépravé on peintsur les murs des monstres difformes , au lieu d’y représenter des êtres qui existentréellement. On remplace les colonnes par des roseaux , et les frontispices par desarabesques ciselés qui représentent les feuilles et les tiges entortillées de la vigne,ou par des candélabres qui soutiennent de petits édifices , d’où sortent plusieurstiges délicates qui semblent y avoir pris racine ; elles forment des volutes, où contretoutes espèces de raisons, sont assises de petites figures : ailleurs ces branches abou-tissent à des fleurs dont on fait sortir de demi-figures , les unes avec des visagesd’hommes , les autres avec des têtes d’animaux : toutes choses qui ne sont pas , quine peuvent pas être et qui n’ont jamais existé. Cependant ces nouvelles fantaisies pré-valent tellement aujourd’hui, qu’il ne se trouve presque plus personne qui soit capablede juger des productions des arts ni d’apprécier leur mérite. En effet, quelle appa-rence y a-t-il, que des roseaux soutiennent un toit ? qu’un chandelier porte des édi-fices , et que les foibles branches qui sortent du faîte de ces édifices , portent desfigures qui paroissent y être comme à cheval ; enfin que de leurs racines , de leurstiges et de leurs fleurs, il puisse naître des moitiés de figures ? On voit combientout cela est faux : cependant personne ne le critique ; on s’en amuse même, sansréfléchir si ces choses peuvent exister ou non : de là l'esprit s’accoutume à porterde faux jugemens , se gâte tout-à-fait, et devient incapable de discerner si l’existenced’un objet ne blesse pas les règles de la raison et de la bienséance. Pour moi , jesuis persuadé qu’on ne doit faire aucun cas de la peinture , si elle ne représente lavérité. Il ne suffit pas qu’un objet soit parfaitement peint, ii faut aussi que le dessinsoit raisonnable , et qu’il né s’y trouve rien qui choque le bon sens.
Dans la jiîle de Tralles , un Alabaudin qui se nommoit Apaturius , peignit on ne
peut