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peut pas mieux , dans un petit théâtre nommé lecclesiasterium ( i ) une scène, danslaquelle, au lieu de colonnes, il représente des statues de Centaures qui soutiennentdes architraves , des toits en rond , formant des coupoles , des frontons élevésavec des pentes inclinées ; des corniches avec des têtes de lions , toutes choses enfinqui annoncent la pente d’un toit : sur tout cela, il peignit encore un second ordre( 2 ) où il se trouve d’autres coupoles , des vestibules de temples , des frontons ,qu’on ne voit qu’à demi , et autres objets qui forment les toits des édifices.
L’aspect de cette scène paroissoit fort beau , à cause de fart avec lequel le peintreavoit exprimé toutes les saillies qui faisoient toutes beaucoup d’effet : on étoit prêtde donner à cet ouvrage une approbation solemnelle , quand le mathématicienLicinius se présenta , et dit qu’à la vérité , les Alabandins (3) passoient pour êtretrès-adroits dans le maniment des affaires civiles ; mais qu’un petit défaut de con-venance avoit fait grand tort à l’opinion qu’on avoit de leur jugement, puisque lesstatues qui sont dans leur gymnase représentent des avocats qui plaident des causes;et celles qui sont dans le forum (4) , représentent des personnes qui s’exercent àla course , et qui jouent au disque , ou à la paume. Que cette maladresse d’avoirmis les choses hors de la place qui leur convenoit , avoit fait le plus grand tortà la réputation des habitons de cette ville. Prenons donc garde, dit-il, que la pein-ture d Apaturius ne nous fasse passer pour Alabandins , ou pour Abdéritains. Eneffet : qui est-ce qui a jamais vu des maisons et des colonnes , avec leurs frontis-pices posés sur les toits et sur les tuiles d’autres maisons? ne sait-on pas queces choses se mettent sur le 'pavé et non pas sur les toits : et ne voyez-vous pasque si nous approuvons une peinture qui représente des objets qui ne peuvent exis-ter , notre ville court le danger d’être mise au nombre de celles dont les habitonspassent pour des imbéciles , pareequ’ils ont commis des fautes semblables. Apaturiusn ayant rien à répondre à cela , ota son tableau, et y changea tout ce qui s y trouvoit
( 1 ) C’est-à-dire lieu d’assemblée.
( 2 ) Episcenium.
(3) Nous verrons qu’un peu plus bas , il dit : « pre-nons garde de passer pour Alabandins , ou pour Ab-déritains ! » Ces deux peuples étoient décriés parmi lesGrecs , à cause de leur stupidité. C’est donc par rail-lerie que Licinius dit que les Alabandins passoientpour être adroits dans le maniment des affaires pu-bliques. Quoiqu’il se moque ici d'eux, à cause dupeu de jugement qu’ils avoient montré par des ina-propos en architecture , il n’en est pas moins vrai,que le plus célèbre des anciens architectes Grecs,
Hermogène , étoit Alabandin. Il en est de même pourles Abdéritains : ils passoient pour avoir peu de gé-nie , pareequ’ils avoient cru qu’un de leurs concitoyensavoit perdu l’esprit , l’ayant trouvé occupé à disséquerquelques animaux : cet Abdéritain étoit Démocrile ,regardé comme l’un des plus beaux esprits de l’anti-quité. Il est probable que ces deux nations avoientcommis quelque maladresse dans d’autres circonstan-ces qui n’avoient pas rapport aux sciences et aux arts,ce qui leur avoit attiré les railleries du reste des Grecs.
(4) Dans le forum se trouvoit toujours la basiliquequi étoit le lieu où. l’on plaidoit.
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