LIVRE VIII, C h a p. vu. 38 o
pour conduire les eaux. Y a-t-il une pente convenable depuis la source de là fon-taine jusqu’à la ville, et les montagnes, qui se trouvent sur le chemin, n’en inter-rompent-elles pas le cours par leur hauteur? On remplit de maçonnerie, lesintervalles qui sont entre ces montagnes, et on égalise la pente, suivant les réglésqu’on a déjà prescrites pour les aqueducs, même, si le détour n’étoit pas trop long,on peut les conduire en formant un circuit ; mais si l’on rencontre une longuevallée, on conduit alors les tuyaux en descendant, selon la pente du coteau ; lorsqu’ilsseront parvenus au fond de la vallée, on les soutient par une maçonnerie peuélevée, seulement autant qu’il est nécessaire pour égaliser la traversée dans touteson étendue : ce qui forme un ventre, que les Grecs appellent Ko/A<«. Par ce moyen,quand les tuyaux seront parvenus sur le coteau opposé, ils contraindront l’eauqu’ils resserrent à remonter doucement jusqu’en haut, à cause de la longueur duventre ; au lieu que s’il n’y avoit pas de ventre, ni de substruction pour les main-tenir également, selon le niveau de la vallée, ils feroierit nécessairement un coude,qui forceroit l’eau de faire un effort capable de rompre toutes les jointures destuyaux. Tout le long du ventre, il faut faire des ventouses, par lesquelles l'air, quis’y trouve enfermé , puisse sortir. C’est ainsi que resserrant l’eau dans des tuyauxde plomb, on peut aisément la conduire, soit en ligne directe, ou par des détours ;soit en montant ou en descendant. Il convient encore, quand on aura une penteraisonnable, depuis la source jusqu’aux murailles de la ville, de construire desregards, distants l’un de l’autre de la longueur de quatre mille pieds , afin que siI on devoit réparer quelque chose dans les tuyaux, on ne soit pas obligé de fouillertout le long de la conduite , et qu’on trouve aisément l’endroit où est le mal. Onne doit pas faire des regards sur les pentes ni dans les enfoncemens du ventre, nidans les endroits où l’eau est forcée de remonter, ni dans les vallées : mais seule-ment dans les endroits où les tuyaux auront une suite longue et égale.
Veut-on conduire l’eau avec moins de dépense? Qu’on emploie des tuyaux depoterie. Ces tuyaux doivent avoir au moins deux doigts d’épaisseur, et être plusétroits par un des bouts , afin qu’ils puissent s’emboîter l’un dans l’autre. Leursextrémités seront jointes avec de la chaux détrempée avec de l’huile. Dans lesendroits où iis descendent pour former le ventre, on mettra, à la place où se faitle coude, un morceau de pierre rouge qui sera percée pour recevoir également ledernier des tuyaux qui descendent, et le premier de ceux qui forment le ventre :de même le dernier des tuyaux qui forment le ventre , entrera dans une autrepierre rouge, dans laquelle sera aussi emboîté, de la même manière , le premierdes tuyaux qui remontent du côté opposé. Ayant ainsi réglé la direction des tuyaux .