SUITE DE LA PREMIERE PARTIE.
CHAPITRE II.—PROPAGATION DE L’ISLAMISME DE 652 A 4095 OU JUSQU’AUX CROISADES.
DOMINATIONS MUSULMANES.
\ -PREMIÈRES CONQUÊTES "DE L’iSLAMISME OU PREMIERS RHAEIFES.
A la mort inattendue de Mahomet , il y eut parmi ses secta-teurs un moment d’hésitation. La succession du prophète fut aussiun sujet de querelles et de partages. Beaucoup d’arabes repoussè-rent tout ce qui dans l’Islamisme semblait gênant, l’abstinence duvin, le jeûne du Ramadan , les cinq prières, les dimes. Enfinun assez grand nombre de tribus, seulement abattues et non con-quises, se relevèrent; mais grâce à la sagesse d’Abu-Beker, beau-père du grand fondateur, et élu par les émirs et les scheïks, grâceà la résignation d’Ali, repoussé par eux, et surtout grâce à l’épéede Kaled, les ennemis d’Islam posèrent les armes et les dissensionsfurent apaisées \
Alors au nom de Dieu , clément et miséricordieux, Abu-Bekerconvoque la croisade arabique contre le monde. Il a accepté l’hé-ritage de son gendre; or, l’héritage de Mahomet , c’est la pro-pagation du Koran par les armes. Une lettre est adressée à toutesles tribus. Elle leur recommande, au moment du départ, de res-pecter « tous les peuples du livre, d’épargner la vieillesse et l’en-fance, de ne point incendier les habitations des hommes, ni lesmoissons, de ne point couper les arbres à fruit, mais de faireune guerre acharnée aux prêtres tonsurés , membres de la congré-gation de Satan, enfin de réserver le cinquième du butin pourles juges, les poètes, les orphelins et les veuves. «Cela dit, maisbientôt oublié, l’avalanche se précipite, séparée en deux massesrapides qui roulent l’une vers la Perse, l’autre vers la Syrie . Centans les attaques ne discontinuèrent point. Leur résultat, inouï dansles annales des peuples, fut une suite de conquêtes plus étenduesque celles qui furent obtenues en dix siècles par les armes et parla politique des Romains. Traçons succinctement les phases prin-cipales de cette course rapide à travers le monde.
(652). Kaled, l’épée de Dieu , commence par détruire, versl’Euphrate , la petite monarchie des Almondars; puis, se jetanttout-à-coup sur la Syrie où l’armée manque d’un chef entrepre-nant, il débute par la conquête de Boshra, au-delà du Jourdainet sur les terres de l’empire grec. De là il se précipite vers Damas,et d’abord l’attaque sans succès; mais une troupe fraîche, con-duite par Amrou, vient le soutenir, il remporte la bataille d’Aïz-nadin et la capitale de la Syrie prise, moitié d’assaut, moitié parcapitulation, tombe au pouvoir des Islamites. Ses habitants qu’onlaisse d’abord s’éloigner sont plus tard poursuivis, atteints en Asie-Mineure et massacrés (654). La prise de Bealbek, celle d’Emèse succèdent à cette capture importante.
Cependant l’empereur d’Orient, Héraclius , accourt suivi deplus de cent trente mille soldats. Le combat s’engage sur les li-mites du désert, aux rives du torrent d’Iermouk. Les Grecs, mal-gré le secours de soixante mille arabes chrétiens, sont taillés enpièces.
Pareils succès en Perse. Un premier avantage remporté à Ca-désiah, sur le petit-fils de Chosroës , Iesdegerd 111, à la tête de cent
1 Déjà du vivant de Mahomet , un faux prophète Moseüama, avait paru et en-traîné un instant une portion de l’Arabie .
cinquante mille hommes, la conquête de Ctésiphon , de Modaïnqui avait résisté aux armes romaines, une seconde et décisive vic-toire sur le même prince à Néhavend (642) achevèrent la sou-mission de cet empire, naguère réputé indomptable. Les vain-queurs, prenant le chemin de la mer Caspienne et soumettanttout au Koran sur leur passage, allèrent par un long détour re-joindre leurs compatriotes débordés sur l’Asie-Mineure. Omar quiavait succédé au vieil Abu-Beker comme khalife et conducteur descroyants, venait de faire son entrée dans Jérusalem (658). L’em-pereur Héraclius s’enfuyait abandonnant à son sort cette partie del’empire. Alep , Antioche , Tyr, Beïruth, Ptolomaïs, Tripoli ,avaient ouvert leurs portes aux Arabes , et déjà, maîtres du litto-ral , les nomades, devenus corsaires, allaient piller Rhodes ,Chypre et les Cyclades. En même temps ils emportaient la Cilicie ,l’Arménie . Amrou, avec quatre mille hommes, s’était précipitésur l’Egypte , l’avait conquise, et avait tourné vers l’Arabie legrand commerce d’Alexandrie . Il administrait avec sagesse ce payssi difficile à gouverner. D’un autre côté, Iesdegerd, après desprodiges de valeur, après avoir été jusqu’aux frontières de laChine chercher des auxiliaires, tombait assassiné par la fauted’un meunier ignorant, sur les bords du Marg-Ab (652). L’oneût vainement alors cherché dans la Perse un foyer du culte deZoroastre . Déjà partout s’élevaient des colonies arabes, commeKouffa et Bashorah, bâtie avec une profonde intelligence, auconfluent de l’Euphrate et du Tigre . Un premier empire étaitdétruit. L’empire d’Orient était presque réduit à l’Europe . Les con-quêtes semblaient développer l’intelligence arabe. Une civilisationnouvelle, moitié arabe moitié perse, grandissait dans les pro-vinces devenues l’apanage du Koran . Les relations avec les Grecsdonnaient déjà à cette civilisation une certaine tournure de scienceet de spéculation philosophique.
Mais tandis que ces événements se passaient, la division se met-tait dans le propre foyer de l’Islam , à Médine . Omar, ce patriarchearabe, qui parodia dans Jérusalem l’entrée de Jésus-Christ, étaitmort en 644. On avait élu pour faire en sa place la prière pu-blique, et pour conduire en sa place les croyants, le trop fameuxOthman , malgré le parti du gendre du prophète, malgré les par-tisans du fougueux Ali. Othman tombait en 655, victime de sonusurpation sur le droit de l’époux de Fatime.'
On le frappait de cent coups de poignards au milieu d’uneviolente sédition; Ali montait enfin au trône des Khalifes, maisattaqué par le gouverneur de la Syrie , Moawiah, fils d’Abu-So-phian, cet ennemi mortel du prophète, il tombait bientôt aprèssous le fer d’un assassin, en 660. Son fils Hassan abdiquait sixmois plus tard.
2. —KHALIFES OMNIADES (660-752) DE DAMAS.
Son successeur fut l’heureux Moawiah, qui commença la dy-nastie des Omniades.
Il se hâta de quitter l’Arabie et de porter à Damas, au centredes conquêtes, le siège du khalifat. Puis il envoya son fils Iésidattaquer par mer Constantinople , et pendant sept ans renouvela