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inutilement, contre le feu grégeois, le siège de cette ville immense.Menacé au sein de l’Arabie , par la faction des hachemites quisoutenaient les alides, il acheta, ô honte, pour l’Islam ! la paixdes Grecs.
Aussi sa mort fut-elle le signal d’une sorte de dissolution poul-ie khalifat. Partout se levèrent des prétendants; partout il y eutdes révoltes. Cet état de choses dura jusqu’à Walid (705-715),sous lequel le torrent se précipita de nouveau. Alors Musa-Ben-Noseïr acheva la conquête de l’Afrique septentrionale et com-mença, par son lieutenant Tarik, celle de l’Espagne . Ce magni-fique pays, qui appartenait alors auxWestgoths, fut joué et gagnépar les arabes en une seule bataille, celle de Xérès de la Fron-téra, en 742. Les fidèles de la nation gothique ne tardèrent pasà se voir refouler dans les montagnes des Asturies , berceau desroyaumes espagnols .
Enfin, les hautes barrières des Pyrénées avec leurs pics superposésn’arrètent pas les conquérants, et la Gaule septimanique est envahie.
Ce fut le terme des succès arabiques du côté de l’Occident . Tan-dis que mêlée à la famille hispano-gothique, dont elle avait res-pecté les usages, la race arabe couvrait l’Espagne de monumentset y annonçait l’essor d’une civilisation qui devait devenir à jamaiscélèbre, elle méditait la conquête des Gaules, et sans doute aussidu reste de l’Europe . Ce fut Abd-el-Raman, gouverneur de lanouvelle annexe de l’empire des Khalifes, qui l’entreprit en 794(sous Hescham III). Le prétexte, c’était de faire rentrer dans ledevoir l’émir de Septimanie, Munuza qui, ligué avec le duc d’A quitaine , prétendait se rendre indépendant. Rien n’arrêta d’abordla course effrayante des envahisseurs. Mais tout-à-coup parurent lesFrancs de Karl-Martel , chef des Ostrasiens. Le choc fut terrible. Aubout de six jours, le champ de bataille entre Tours et Poitiers étant jonché de morts, l’invasion décimée par l’infatigable mar-teau de l’aïeul de Charlemagne rétrograda : l’Occident pour cettefois fut sauvé. Les tentatives que firent encore les arabes sur laProvence et les rives du Rhône restèrent sans succès (75G). Ilsfurent réduits sous le nom de Sarrazins ( Charakaiouni ou Orien-taux), à une guerre de piraterie contre les côtes européennes de laMéditerranée.
Mais l’Asie offrait une proie plus facile. Un conducteur de cha-meaux, Katibah, après s’être emparé de Samarcande et avoirréuni au khalifat le pays de Khowaresm et la Transoxiane, s’avancejusqu’aux frontières delà Chine (707). En même temps Kasim leprédicateur, convertit les populations de la rive droite de l’Indus,et essaie sur les Indous la puissance du Koran . D’autres prédi-cateurs descendent avec les marchands arabes jusque sur la côte deMalabar, puis dans les îles de la mer des Indes et à Malacca . Quel-ques-uns distribuent aussi la parole d’Islam aux côtes nord-ouestet est de l’Afrique . La foi nouvelle fait irruption dans la Géorgie en 747, et pénètre, en traversant les vallées du Caucase, au seindes peuples qui habitent à l’est de la Mer-Noire . Celles qui défen-dent les vallées du Taurus lui interdisent longtemps le passage.Enfin Contantinople, la ville promise à l’Islamisme, résiste à deuxcent mille guerriers précipités par Souleïman, contre l’empereurLéon l’Isaurien (749).
Cependant l’empire des Khalifes ne cessait pas d’être troublépar les protestations continuelles des descendants d’Ali. Mais cettefamille était à peu près éteinte. Ses partisans, dans leur hor-reur pour les Omniades, se joignent aux partisans de la familled’Abbas, oncle de Mohammed . Cette famille finit par l’emporter,et la couleur noire des Abassides triomphe de la couleur blanche desOmniades. Merwan II est le dernier khalife de cette famille, àDamas. Les Omniades sont massacrés à l’exception d’un seul en-fant qui, d’abord caché en Afrique au sein d’une tribu des en-virons d’Oran , et aujourd’hui la sujette des Français , fut appelé
par les populations omniades de l’Espagne , et fonda avec leur se-cours le khalifat d’Occident ou de Cordoue , en 756.
Le khalifat se trouva ainsi séparé en deux empires, et en per-dant l’unité perdit la plus grande source de sa force.
5. -KHALIFAT ABASSIDE OU DE BAGDAD ET KHALIFAT DE CORDOUE
jusqu’à LEUR DÉCADENCE (756-4054).
Bientôt après, Damas, ce grand centre de conquêtes, fut aban-donné par les nouveaux khalifes de la famille d’Abbas. Us trans-portèrent leur chef-lieu à Haschemiah , puis à Bagdad , fondé parAbu-Giafar-al-Manzor, second abasside. Dans cette ville, qui de-vint un centre de luxe, de fêtes et aussi de lumières, les princesarabes oublièrent peu à peu au sein de la mollesse leur missionde propagande militaire. Il en fut de même à Cordoue et en Es pagne . Le christianisme respira, et se prépara à attaquer à sontour. Le peuple conquérant entrait dans la phase de la jouissance;cette phase fut la seule qui pût le recommander à l’estime dumonde, et lui assigner une valeur morale parmi les nations. 11remplaça de la manière la plus inattendue le mouvement guer-rier par le mouvement intellectuel. Il se montra pour ainsi diredigne de la hauteur à laquelle il s’était placé. La civilisationpersano-arabe domina comme un fanal brillant les ténèbres dumoyen-âge occidental, mais ce furent des fleurs prématurées etdont les fruits avortèrent.
Après les immortels khalifes qui firent la splendeur de Bagdad ,Mohammed-Ma-Hadi, Aroun-al-Raschid et le sage Al-Mamoun,le khalifat abasside tomba dans l’avilissement; sous ce dernierprince, il avait eu à comprimer l’hérésie gigantesque des Mota-zales, hommes d’un sens profond qui niaient le dogme de fatalitéinscrit dans le Koran , et prétendaient que ce livre n’était pointincréé. Motassem (855-842) s’entoura d une garde turque de cin-quante mille esclaves. Cette milice ne tarda pas à jouer le rôledes Prétoriens dans l’empire des Augustes. Comme pour acheverla ruine, une secte d’arabes du désert, conduits par le faroucheprophète Karmath, et pendant près d’un siècle toujours rafraî-chie par de nouveaux adhérents , se répandit dans la plupart desprovinces, mettant tout à feu et à sang. Elle niait le Koran etproclamait, comme culte et devoir unique, la prière. Son Imanrésidait dans l’ancienne capitale de l’Hedjaz , d’où il inquiétaitcontinuellement la Mecque que ses troupes finirent par inonderde sang. Ils y passèrent au fil de l’épée cinquante mille personnes.Nul, depuis longtemps, n’osait plus entreprendre le saint pèle-rinage. Enfin ces excès cessèrent d’eux-mêmes; mais déjà les kha-lifes abassides ne commandaient plus. Al-Rhadi, en 954, avaitcréé dans la personne du turc lbn-Rayeb, de la tribu des Bowides,une sorte de maire du palais sous le nom d’émir des émirs. Lessuccesseurs de Rhadi ne furent plus que de simples pontifes deBagdad , avec l’autorité nominale sur les chefs militaires.
Tout cela se fit au milieu de chocs sans nombre; à chaque,instant des tartares de l’Asie centrale arrivaient en hordes nom-breuses et s’établissaient dans les provinces du khalifat. Les gou-verneurs de ces provinces se levaient sans cesse pour se rendre in-dépendants. Ainsi les Aglabites , descendants d’Ibn-ben-Aglab,lieutenant d’Aroun-al-Raschid, fondèrent à Kairoan, en Afrique (vers 800), un état qui domina longtemps sur la Méditerranée,envahirent surtout la Sardaigne , la Corse, la Sicile , et s’ymaintinrent jusque vers la fin du dixième siècle. Ainsi les Edris-sites, descendants d’Edris-ben-Edris, autre lieutenant du mêmekhalife, se firent à Fez , aussi en Afrique , un royaume indépen-dant. C’est ce royaume qui, conquis plus tard par les Fatimites ,puis passé aux Almoravides , forma l’empire de Maroc . Nous pour-rions encore mentionner les dynasties turques des Tholonides, des