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5. — DES TURCS ET EN PARTICULIER DES TURCS SELDJOUKIDES .
A. — Turkestan.
Nous avons parlé des Turcs et de leur prépondérance sur larace arabe, représentée par les khalifes abassides; avant d’exposerl’histoire abrégée de ces peuples fameux, il est nécessaire de direau moins un mot de leur patrie primitive.
Le Turkestan de nos géographes modernes est compris entre47° et 80° de longitude orientale, et 56° et 54° de latitude N.Ses confins sont aujourd’hui, au nord, le pays des Kirghiz russes;à l’est, le Thian-chan-pe-Lou, le Thian-chan-nan-Lou et le Baltis-tan chinois ; à l’ouest, le grand lac de la Caspienne , et le pays dela petite horde des Khirgiz russes ; au sud, les royaumes de Lahore ,de Kaboul, de Iïandahar et de Perse .
Mais autrefois, et comme l’indique la syllabe estan , le pays desTurcs n’avait pour ainsi dire pas de limites, c'était le pays de laBarbarie; c’était à peu près cette vague Scythie des Grecs et desRomains, ou ce vaste Touran des Perses. Si on lui eût indiqué deslimites, on aurait pu lui marquer le Khataï, les monts Himma-la'ia, le Taurus, la Caspienne , les Steppes de l’ancien empire duKatpschak, les Palus-Mœotides et le Tanaïs. Il était alors parcourupar une foule de tribus de souche commune, mais dont la classi-fication serait au moins hypothétique. Il se divise aujourd’huientre plusieurs libanais, ou sorte de royautés dont les chefs ont letitre de khans. Ces khanats sont ceux de Boukhara , de Kldva, siconnu par les expéditions russes, de Khoundouz, de Kiloband, deHissar et de Chersebz. 11 faut y ajouter le pays des Kara-Kalpaks etcelui des Turkomans, et les petits khanats d'Ankoï et de Meïnameh.
Boukhara , peuplée de cent mille âmes; Samarkand , anciennecapitale de Tamerlan ; Balk, l’antique Bactres, qui rivalisait avecNinive , et qui fut, dit-on, la patrie de Zoroastre , sont les villesprincipales du Turkestan .
Les eaux principales de cette vaste contrée sont l’Oxus , si cé-lèbre dans les géographes grecs, et qui porte aujourd’hui le nomd’Amu-Dharia , ou de Djilioun; l’Iaxartes , non moins célèbre au-trefois, et connu aujourd’hui sous le nom de Sihoun; le Sogd , àprésent appelé liohik-Kowan ou Zen-Alghan; le Sara-Sou, leTedjend, le il îourgab, la rivière de Karch'i et le Tchoui. La merd’Aral reçoit le Djihoun et le Sihoun. Le Sogd se rend au lac deKara-Koul; le Sara-Sou, dans celui de Tesles-Koul ; le Tedjendse perd dans les sables vers la mer Caspienne , de même que leMourgab et la Kharchi. Le Tchouï porte au lac de Béi-le-Koul letribut de ses eaux.
Les Turks ne sont pas originaires du Turkestan . Les Chinois, quileur donnèrent le nom deTuku, attestent leur migration de l’Altaï dans les Steppes de l’Oxus et de l’Iaxartes .
Oghouz-Khan, fils de Kara-Khan, contemporain d’Abraham , afondé la civilisation turque. Il habitait Jassy de Turquestan. Sixfils lui naquirent; on les appela khans du Jour, de la Lune , del’Étoile, du Ciel, de la Mer, de la Montagne. 11 nomma les troispremiers Outschok, ou les trois Hèclies, et les trois seconds Bo-zouh, c’est-à-dire destructeurs. Chacun de ces princes devint pèrede quatre fils: ce sont les vingt-quatre patriarches des tribus tur-ques. Les descendants des Outschok se dirigèrent à l’est ; les des-tructeurs, après avoir habité d’abord le Turquestan, s’élancèrentensuite dans les pays situés à l’ouest, entre l’Iaxartes et l’Oxus , etde là jusque vers le Bosphore et le Danube . Dans le cours deleurs conquêtes, les fils du khan de la Montagne donnèrent nais-sance aux Oghouzes, ceux du khan de la Mer aux Seldjoukides, etceux du khan du ciel aux Ottomans .
Le Turquestan se vit envahi par les Musulmans vers l’an 55 del’hégire; en 90 de la même ère, et en 708 de l’ère chrétienne,
Kotaïba renouvela l’invasion, prit Samarkand et Boukara ; Djerrah-Houkmï, Moslema, Esed, de J04 à JJ5 de l’hégire, vainquirentles khans turcs, et le mahométisme fut introduit dans les vastessteppes parcourues par ces hordes guerrières.
Toutefois, ce n’est que trois cent cinquante ans après Mahomet que les Oghouzes, sous Salour, se convertirent au prophète. Salourprit alors le nom de Tschanak, et donna à son peuple celui de Tur-komans, ou Turcs de la vraie foi, Turcs de l’Iman. Ce peuple, émi-grant dans la suite, vint s’établir en partie dans l’Arménie occi-dentale, en partie sur les bords de la Caspienne , et s’y divisa enTurcomans orientaux et Turcomans occidentaux ; leurs pays passaen J047 sous la domination du khan de Samarkand , Tadhmadg,dont le fils épousa la fille du fameux Alp-Arsland, et donna sasœur à Melek-Schah. Un des princes oghouzes Ahmet-Khan, avaitforcé par les armes la partie encore païenne des Turcs, à adop-ter l’islamisme.
6.-ABSORPTION DU KH AL IF AT DE BAGDAD PAR LES SELDJOUKIDES .
Déjà des Turcs de la garde ou de la maison des khalifes, Toulounet Akshid, avaient, comme nous l’avons vu, fondé des dynastiesen Égypte ; déjà le Turc Jahkem, en 957 de notre ère, s’était em-paré de la gestion des affaires du khalifat, quand apparaissent lesSeldjoukides . La guerre avait éclaté entre les Turcs et les princessamanides de Perse; et Sebekteghin, nommé par le khalife, à causede ses exploits, gouverneur de Gazna et du Khorâssan , fondait en997 la dynastie des Turcs gaznévides (ou de Gazna), et achevaitla ruine des Samanides . Mahmoud, son fils, s’emparait bientôt del’Inde (462-J054), et prenait le titre de sultan. Il achevait la con-version des hordes tartares des pays voisins du Turkestan .
Mahmoud trouva les Turcs seldjoukides établis près de Boukhara et formant une puissante tribu. Il les transporta dans le Khoras-san, au-delà de l’Oxus (enJ054). Us commencèrent à y domineren J058, et dès J04I régnèrent sur le Kerman . Tohgrul, petit-fils de Seldjouk, était à leur tête. Il s’empara d’Isfahan , de l’Irak ,défit les Gaznévides . Le khalife Kaïem l’ayant appelé à son secourscontre ses oppresseurs, il chassa lesBowides comme il avait chassé lesfils de Sebekteghin. En récompense, Kaïem lui accorda le titred’émiroloumera (émir des émirs), auparavant porté par les princesde la famille Boujé. Tohgrul devint alors le véritable chef du kha-lifat, et l’islamisme reprit une nouvelle vie de conquêtes. En vainle chef des Bowides, dépossédé, proclama, en place de Kaïem, lekhalife Fatimite Moslanser Billah, qui désirait régner sur tout l’isla-misme. En vain on suscita contre Tohgrul son propre frère, lepetit-fils de Seldjouk resta vainqueur, profitant de la division entreles fils d’Ali et les khalifes.
Il mourut en J065, comme Attila, au moment de se reposerdans les joies d’un nouvel hymen. Son neveu, Alp-Arslan , ou lelion, le continua. Il retint sous sa puissante tutelle les khalifes deBagdad ; puis bientôt franchissant les rives de l’Euphrate , il s’em-para de Césarée, de l’Arménie , de la Géorgie , et menaça l’empire deBysance. Romain Diogènes y commandait. Avec une énergie digned’un meilleur sort, il fondit sur les Turcs en J 068, les repoussajusqu’en Perse , et espérant les détruire, il leur livra la bataillede Manzicert. Cette fois, il fut vaincu. L’invasion turque reprit soncours. Depuis la mer Caspienne jusqu’à la Méditerranée, depuis lepays des Khazars jusqu’aux extrémités de lTémen, le nom d’Arslanfut obéi; une civilisation turque, reflet de l’ancienne culture per-sane arabique, commença.
Au Lion seldjoukide succéda Melek-Schah ; ce conquérant réu-nit pour ainsi dire, sous une seule loi, les tribus turques; il acheva,de J 072 à J 092, la conquête de l’Asie-Mineure et celle de la Syrie .Jérusalem , point de départ du christianisme, vers lequel la chré-
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