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avec deux cent mille soldats Constantinople , d’où le repoussentl’apparition de la sainte Vierge, et l’énergie des habitants. Maiss’il ne s’empare pas de cette ville, il y dispose du pouvoir; il ac-corde à Jean II le droit de succéder à Manuel, moyennant untribut considérable. D’ailleurs l’ancienne Byzance est, pour ainsidire, réduite à elle-même, et Mourad va sans doute constituer àdemeure la puissance ottomane en Europe . Déjà Thessalonique etJanina sont emportées, quand la fortune semble tout à coupabandonner le sultan. Les Ottomans , ayant envahi la Hongrie ,sont battus par Ernest de Styrie, devant Radkersbourg, tandisqu’une révolte de derviches met l’empire à deux doigts de sa perte.Néanmoins le sultan se jette, en J 458, sur la Transylvanie , prendHermanstadt et emmène six mille prisonniers. Dans une autre in-vasion , il assiège Belgrade . Mais le fameux Jean Hunyade, voïé-vode de Transylvanie , l’un des héros du christianisme du quin-zième siècle, défend cette ville avec Simon de Kemeni. 11 tuevingt mille hommes aux Turcs, et peu après remporte la victoirede Warag. Moui’ad prend en dégoût le pouvoir. Ses troupes ontencore été défaites sur la Morawa et à Jalovaz. 11 conclut la paixde Szeggeddin en J 445. La Servie et la Herzégovine sont renduespar lui ; la Valachie sera unie à la Hongrie . Enfin Mourad paieraJ 0,000 ducats.
La paix signée, Mourad abdique en faveur de Mohammed II sonfils, et se fait une existence luxueuse et paisible, comme il convientà un derviche royal.
Ilunyade n’avait pas seul vaincu Mourad. Ladislas, roi de Pologne ,qui lui devait en partie sa couronne, était avec lui. Ces deuxprinces se hâtent de rompre la trêve qu’ils ont conclue avec lesultan, avec lui seul. Mourad sort aussitôt de sa retraite, son filslui rend le pouvoir. Ils marchent ensemble contre les ennemis.Une nouvelle journée de Nicopolis a lieu devant Warna, en 1444.Décidément le christianisme doit être vaincu; Ladislas perd lavie. Mourad rentre aussitôt dans la vie privée. Mohammed règne denouveau 1 .
Tout à coup les janissaires se révoltent. On apprend le succèsd’un nouveau champion des Chrétiens, de Iskender-Beg . Mou-rad est rappelé par ses sujets. Mohammed se résigne sans mur-murer.
Aussitôt le Hexamilon est occupé par les Ottomans , et les villesduPéloponèse sont soumises au tribut; puis le sultan marche contreIskender-Beg .
Ce grand homme était le fils de Jean Castriota, prince d’E-pire ; livré en otage, élevé dans la religion musulmane , il s’étaitéchappé et avait, à force d’audace, recouvré son héritage paternel,dont la capitale était la forteresse de Croïa. De là, se dévouant à ladéfense du christianisme, il s’était ligué avec les princes de l’Epire .On ne l’appelait plus que le grand Alexandre. Tous les efforts desTurcs échouèrent contre lui, et les aventuriers ou les enthousiastesde l’Europe , accouraient sous ses drapeaux. Mourad l’assiège vai-nement dans Croïa. II déconcerte ses plans, et le vainqueur de-Warna meurt de dépit en \ 451.
8.— MOHAMMED II EL-FATYH (LE CONQUÉRANT) (J 451).
Mohammed II s’était, par sa soumission, déjà montré dignede commander. Il continua grandement l’œuvre et la politiquede ses aïeux, la substitution de l’empire turc à l’ancien empired’Orient et à l’ancien khalifat.
En J 455, plus de trois cent mille hommes investissent Constanti nople . Dans ses préoccupations ou dans son égoïsme, l’Europe aban-donne cette ville. Le dernier empereur grec meurt héroïquement
' Voy. Plan de la bataille.
dans le dernier assaut : l’empire grec tombe avec lui. Constanti nople est emporté; mais sa civilisation se disperse sur le mondeeuropéen et y porte en partie la réforme et la renaissance. Làcommence pour tous l’histoire moderne.
Mohammed assure son triomphe en respectant la religion des vain-cus. Comptant établir dans l’ancienne Byzance le siège de son em-pire et de l’empire à venir, il relève ses fortifications, construitle château des Dardanelles , assure les alentours, s’empare desîles d’Aïnos, de Samotraki , de Lemnos . Peu à peu les Ottomans deviennent une puissance maritime.
Tant de succès réveillent enfin la chrétienté. Le pape Calixte III prêche la Croisade. Mohammed le prévient en attaquant une secondefois Belgrade , le boulevard de l’Europe orientale . Il a centcinquante mille hommes; mais Belgrade est défendu par deuxhéros, par le franciscain Capistrano et par Jean Hunyade. Moham med doit renoncer à posséder la Hongrie (1456).
Il tourne alors ses armes sur la Grèce , où d’horribles fanatiquesappellent ses armes. Il s’empare du duché d’Athènes , possédépar la maison florentine d’Acciaioli, et du Péloponèse que sedisputent les frères du dernier empereur grec. Le soi-disant empirede Trébizonde et les principautés annexes, gouvernement de DavidComnène, sont de même conquis. La nationalité grecque est anéan-tie pour 567 ans (J 462). Ces conquêtes sont faites au milieud’atrocités sans nombre et sans nom. Peu après, la mort de Fin -fâmeWralI, prince de Valachie , soumet définitivement cette pro-vince aux sultans. Puis Lesbos et la Bosnie tombent en leur pou-voir en 1465. Les Vénitiens, qui se sont établis sur l’isthme deCorinthe, sont chassés. Mathias Corvin , continuateur de Jean Hu-nyade, est humilié, et la mort de Iskender-Beg , ouvre à Mohammed l’Albanie en 1466. Toutes les places de cette province, sauf Croïa,deviennent sa proie. L’Herzegovine rendue par Mourad est recou-vrée; à la même époque, Négrepont , l’ancienne Chalcis , suit lesort de la Grèce .
Pareils succès en Asie . La Karamanie est de nouveau réunieà l’empire avec Koniah et Larenda. C’en est fait de la dynastie desprinces de Karamanie, J 66 ans après leur commencement.
Enfin la guerre continue avec Venise , qui a tout perdu à laprise de Constantinople . Les Vénitiens, ayant brûlé Misithra etpillé Athènes , Mohammed jure de détruire la religion du Christ, etpousse ses akindjis jusque dans le Frioul; mais une diversion appelleses efforts du côlé de l’Asie . Ouzoum-Hazau, prince tartare, chefde la dynastie du Mouton Blanc, excité par les émissaires du papePaul II , se déclare pour les princes de Karamanie. Le sultan le dé-fait à Kara-Hissar en 1475. L’année suivante, son amiral Ahmetruine la célèbre colonie génoise de Kaffa, entrepôt du commercedes Indes : c’en est fait de l’ancience opulence de Gênes . Azow,Kili, Akermann, toute la Crimée tombent aussi bientôt au pouvoirdes Turcs. La reddition de Croïa signale l’année J 478. Les Castriota se retirent en Italie . Ce sont en outre des incursions en Allemagne ,dans lesquelles des milliers d’akindjis mettent à feu et à sang laCroatie , la Carniole , la Carinthie et la Styrie . Enfin, en 1479, le sul-tan conclut la paix avec les Vénitiens qui lui remettent Scutari , luipaientl 0,000 ducats, et l’appellent au royaumedeNaples, après qu’ila conquis File de Zante . Dès ce moment les Vénitiens deviennent lesagents intéressés des Ottomans . Mohammed profite de la liberté queluilaissela paix avec Venise pour attaquer l’île de Rhodes . Il la lui fautpour dominer dans la Méditerranée asiatique. Cent mille hommescommandés par le renégat Misilhès, attaquent cette dernière pos-session des Hospitaliers. Le grand-maître de Fordre, le français Pierre d’Aubusson , repousse tous les assauts (J480). Mohammed va marcher en personne pour réparer les désastres de son p-énéral,quand la mort le surprend en \ 481. Son divan avait déjà sentile besoin de se rendre compte de la féodalité ottomane et de la