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ATLAS
restreindre. Les Timarsel les Siamels furent enregistrés à la chan-cellerie avec le chiflre des revenus des villages inféodés. Les Turcsdisaient que le sultan Falyh avait conquis deux empires, vingtroyaumes et deux cents villes.
!).—1ÎAYEZ1D n (1481).
Mohammed laissait deux fils, Bayezid etZizim ou Gem. Ce der-nier tenta d’enlever à son frère le trône que lui assuraient son droitd’aînesse et le choix du conquérant. 11 fut vaincu près de Brousa ets’enfuit chez le Soudan d’Égypte Caïd-Beg. Jusque-là les princesottomans avaient entretenu des relations amicales avec les succes-seurs de Bibars-Bondouchari. De là , Zizim reçu chez le prince deCilicie , Karaman-Ogli, forme une ligue de divers petits princeset affronte de nouveau son frère. Les confédérés sont battus près duTaurus. Le vaincu fuit encore et obtient un asile parmi les cheva-liers de l’île de Rhodes , qui comptent s’en servir comme d’instru-ment. Ils reçoivent de Bayezid , pour le retenir, une somme consi-dérable.
Ce prince veut alors se venger sur les Mameluks de l’appui qu’ilsont prêté à son frère. Depuis les croisades la puissance des Mame-lucks avait plutôt augmenté que diminué. Us régnaient à la fois surl’Afrique et sur la Syrie . Il était difficile qu’une lutte n’éclatât pasentre eux et les Turcs. C’étaient eux qui se flattaient d’être les héritiersdu Khalifat . Ali-Aladoulet, prince d’Arménie , vassal de Bayezid ,vexé par un vassal de Caïd-Beg, s’adresse à Bayezid ; mais il est malsecondé, et défait près du mont Aman. 11 se rejette sur l’Europe ety réduit définitivement la Bosnie , la Croatie et la Moldavie . SesHottes attaquent aussi les flottes des souverains catholiques de l’Es pagne , et remportent des avantages.
Une conception gigantesque vient alors le menacer. Charles VIII ,roi de France depuis J 485 , a résolu de délivrer Constantinople , ensoulevant à la fois les Grecs et les Turcs . 11 a acheté les droits desPaléologues , et prétend faire servir Zizim à ses projets. En effet,déjà vainqueur en Italie , Charles VIII se fait livrer par le pape cemalheureux prince; mais Alexandre VI , payé, dit-on, par le sultan,le lui livre empoisonné. L’Aragon, l’Angleterre, l’Empire et lesItaliens s’ameutent d’ailleurs contre Charles VIII . Il est forcé d’é-vacuer ses conquêtes. Bayezid respire (J495). Il achève avec bon-heur une guerre renouvelée par les Vénitiens. 11 s’empare de Lé-pan te , de Céphalénie, de Modon, de Coron, de Zonkhio et deSanta-Maura. Lui aussi a sa part de conquêtes ; et c’est en vain queVenise forme pour la seconde fois en 1 501 , une ligue européennecontre les infidèles. Mais les cinq fils du sultan, Ahmet, Korkhoun,Mohammed , Astian et Sélim troublent la fin du règne de Bayezid .Il fait étrangler Mohammed et Astian; Sélim les venge en for-çant son père à abdiquer; il l’empoisonne ensuite. Il fait alors as-sassiner ses deux autres frères et est seul sultan. Les Jeni-Tscheriveulent des princes jeunes. Les princes ont soin de ne leur paslaisser de choix (1512).
JO.— SÉLIM 1 er (1512).
La dynastie des Tchingis-Khanides, après avoir encore compténeuf princes depuis Timour, avait fait place à celle des Sofis dePerse. Après avoir reçu une ambassade de Wasili, grand-duc deRussie , Sélim déclare la guerre à Ismaïl-Schah , fondateur de celtedynastie des Sofis. Ismaïl n’avait pas craint d’épouser le parti d’Ali-met, frère de Sélim, et de donner asile à trois de ses fils. Enfin,c’était un rival à craindre que ce prince. Il venait de réunir sousses lois, les pays des dynasties du Mouton Blanc et du Mouton Noir,le Schirwan et le Mazanderan , l’Irak-Arabi et le Khorasan. Comme
pour insulter aux bons Musulmans , il avait confié la garde deBagdad à un ennuque, intitulé par lui : Khalife des Khalifes. Qua-torze petits souverains, terrassés par lui, pour ne pas avoir voulureconnaître sa suzeraineté, proclamaient son énergie. Il faut userd’adresse pour frapper un tel rival. Sélim fait de la guerre de Perseune guerre de religion. Ne sont-ce pas des schiites que ces Persans?Circonstance terrible! Sélim commence par faire dresser en secretdans son empire une liste des schiites de l’Europe et de l’Asie otto-manes. Depuis l’âge de sept ans jusqu’à celui de soixante-dix, ilssont tous égorgés. Celle Sainl-Bartliélemy musulmane a lieu en J 514,cinquante-huit ans avant celle de Catherine de Médicis . Après avoirjeté aux hérétiques de Perse cette sanglante déclaration de guerre,Sélim marche contre Ismaïl. L’étoile du premier Sofi pâlit à labataille de Tschalderan, le 25 août 1514. Sélim fait son entréetriomphale à Tebriz , sa capitale. Koumake tombe ensuite entre sesmains. Les Turcs , dans une campagne postérieure, se rendentmaîtres d’Amid, de Diarbekr , de Mardin , Sindjar, Hosfkneif,Nizibin, Dara, Miafarakaïn, Djezirei Omar, Mossoul et de toutle Kurdistan avec Edessa, c’est-à-dire des gouvernements deDiarbekr, Roha et Mossoul . Idris, général de Sélim, forme decette conquête dix-neuf sandjaks, dont cinq héréditaires. Désormaisl’empire ottoman aura des frontières du côté de la Perse.
On était arrivé en 151 G; Sélim, insatiable, avait rassemblé àKa'issaryé, une armée formidable. Son dessein était d’unifier dé-finitivement l’islamisme parla conquête de l’Égypte et la destruc-tion de la puissance rivale des Mameluks . Des actes religieux sancti-fiaient sa résolution. Khansou-Ghawri, ayant renvoyé ses ambassa-deurs, il se précipite enfin ; la Syrie reçoit ses premières attaques. Ils’empare d’Alep , après la bataille du la plaine de Dabik (24 août1516), où la tradition place le tombeau de David. La chute d’Ha-leb décide celle de Malatia , Dewrigé, Behesni, Aïntab et autresplaces. On proclame à Haleb, au service divin, que Sélim estdésormais le conservateur des villes saintes , le chef de l’Islam .11 y avait 150 ans que Bayezid avait reçu des imans le titre desultan. Le nouveau souverain d’islam s'avance ensuite sur Ha-mah, et Emesse qui devient le siège d’un sandjak et enfin surDamas.
Cependant les Mameluks ayant reconnu le fils de Khansou-Gha-wri, préparaient une résistance terrible, réunis sous les drapeauxde leurs chefs, Alanbeg, Kourbeg et Toumanbeg. Sélim brise cetterésistance au combat de Ghaza (28 octobre 151 G), prend Ramla ,visite Jérusalem , qui depuis n’a pas cessé de gémir sous l’oppressiondes Turcs. Enfin , la bataille décisive se donne dans les plaines deRedania (26 juin 1517). Le Caire tombe au pouvoir des Ottomans .Toute l’Égypte suit bientôt sa destinée avec Alexandrie . Les Turcsd’Osman sont alors les vrais héritiers des Khalifes et de Mahomet .Ils emportent à Constantinople le drapeau du prophète. L’Asie-Mineure, la Syrie , une partie de la Perse, l’Arménie et la Méso potamie , l’Arabie sainte, l’Égypte , la Grèce , la Servie, la Bosnie ,la Valachie , la Crimée , leur obéissent. Leur capitale est au grandcarrefour de l’ancien continent. Leur empire est constitué. Ce qued’autres sultans ajouteront sera, en grande partie, conquête éphé-mère. Cependant il faut reconnaître que le nom ottoman s’élèveraencore sous les successeurs de Sélim. Ce véritable ouvrier de l’Is lam , mourut en 1520, le 20 août, répétant ce verset du Koran :
« La parole de Dieu est le salut. » Il avait conçu, dit-on, le projet demassacrer tous les infidèles de ses états. C’est lui qui changea enmosquées les églises de Constantinople . Or, tout se tient dansl’histoire. Le grand pape Léon X prêcha la croisade contre Sélim,et pour faire cette croisade, il vendit les indulgences. La ventedes indulgences précipita la réforme, c’est-à-dire, après 150 ansde guerres, la propagation de la liberté religieuse, et depuis, de laliberté politique en Europe .