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i l . - SOllEEIMAN-EL-KAMOUNl (1520).
Souleïman I e ' succède à Séliin, l’année même où Charles- Quint est élevé au trône impérial de Germanie. L’état de l’Eu rope va bientôt favoriser toute invasion. Les deux plus grandsprinces se feront une guerre acharnée 1 . La réforme embraseratous les pays.
Souleïman ou Salomon commence par faire rentrer dans ledevoir la Syrie révoltée sous Djanberdi-Ghazali, et rend aux mar-chands qui commercent avec la Perse leurs soieries confisquées parSélim ; car ce prince avait aussi fait à ses ennemis une guerrecommerciale. Il prépare enfin la guerre à la Hongrie , où l’un deses ambassadeurs vient d’être mis à mort. Son armée est formi-dable en cavalerie, en munitions de guerre et en artillerie. Sabacz,Semlin , Belgrade même, ce boulevard du christianisme oriental,tombent en son pouvoir (août 4 524 ). Il s’y fortifie, et y convertitles églises en mosquées.
La Russie essaie aussitôt de lier d’intimes relations avec les Ot tomans . Venise renouvelle les traités, de même que Raguse . Sou-leïman a hâte d’exécuter le projet favori du diwan turc, la con-quête de l’île de Rhodes . Sans cela , point de domination dansla Méditerranée. Deux cent mille hommes, portés par quatre centvaisseaux, investissent les braves chevaliers. Un traître, Andréd’Amaral, est avec les Turcs. Cependant Villiers de l’Ile-Adam,grand-maître, résiste avec courage ; mais il est abandonné de lachrétienté. Il faut enfin céder et livrer Rhodes aux Musulmans .Souleïman, connaisseur en courage, accorde à ses antagonistes unecapitulation honorable; mais il fait étrangler les fils du malheu-reux Zizim (décembre 4522). Léros , Kos , Kalymna, Nisiros , Te-los, Chalce et autres îles dépendantes de Rhodes , suivent son sort.Cent mille Ottomans ont péri dans le siège.
Déjà Souleïman avait montré son esprit réglementaire en fixantla forme de la coiffure de ses sujets. A son retour en Turquie ,il mérite, par ses institutions, le surnom de el kanouni, ou législa-teur. Puis, un usurpateur est heureusement abattu en Égypte . Lesimpôts à percevoir sur ce pays sont fixés à la somme annuelle de80,000 ducats.
François I er venait d’être vaincu à Pavie pour avoir été trop che-valier et pas assez capitaine; sa mère, Louise de Savoie , qui, pen-dant sa captivité, mit la France hors de danger, ameute les puis-sances contre Charles-Quint , et Souleïman lui-même reçoit uneambassade des Français . Celte ambassade passe pour la premièrerelation historique de la France et de la Porte. Souleïman prometune diversion. Sa réponse, comme d’autres lettres des sultans,prouve combien le dhvan turc prenait en pitié les querelles desprinces chrétiens, et comment les demandes d’alliance de ces sou-verain chatouillaient leur orgueil.
En effet, la Hongrie est envahie de nouveau. Astrovvitza, Scar-dona, villes dahnates, sont prise. La Croatie , révoltée, est mise àfeu et à sang; mais le comte de Frangipani défait les Turcs àJayczé (1526). Souleïman juge prudent de conduire lui-même unearmée dans les pays envahis. Il part le 25 août A526 avec centmille hommes et trois cents bouches à feu. Peterwardein , Illok,Essek succombent sous ses attaques, et l’armée ottomane se trouveenfin vis-à-vis de l’armée hongroise et chrétienne , à Mohacz .Louis II était roi de Hongrie . En moins de deux heures, le sort deson royaume est décidé. Ofen, la capitale, ouvre ses portes auvainqueur le 4 0 septembre 4526. La riche bibliothèque que Ma thias Corvin y a colligée, enrichira les palais de Constantinople .
Une révolte des Turcomans dans la Cilicie , causée par les opé-rations du cadastre, et qui fut longue à comprimer ; une autre ré-
1 Rivalité do François I er et de Henri II contre Charles-Quint et Philippe H.
volte de derviches et du peuple en Anatolie , vaincue par le célèbregrand-vizir Ibrahim-Pacha ; les prédications de l’ouléma Iiabiz,qui veut soumettre Mahomet à Jésus-Christ , ne font pas oublier lessuccès de Hongrie . D’ailleurs, on apprend chaque jour de nou-velles victoires des Ottomans , dans la Bosnie révoltée et dans laDalmatie . Jayczé, Bangalouka, Belogesero, Orbowatz, Socol, Le-vatz, Serepiwan, Perga, Bossaltz, Greben et autres villes bosnia-ques voient flotter sur leurs murs l’étendard de l’Islam . On prendaussi Oudbina, Lika, Orbowa en Croatie , Moddousch, Poschegaen Esclavonie , Ourana en Dalmatie .
Après la mort de Louis II , roi de Hongrie , deux partis s’étaientformés dans ce pays; l’un proclama Ferdinand d’Autriche, frèrede Charles-Quint ; l’autre Jean Zapolya , palatin de Transylvanie .Vaincu, Zapolya implora le secours des Turcs. Souleïman, qui avaitd’ailleurs reçu de nouvelles ambassades de François I er , se jeta surl’Autriche en 4529. Le siège fut mis devant Vienne ; mais une belledéfense et l’heureuse étoile de la maison d’Autriche , sauva cetteville. A son retour, Souleïman, qui voulut en vain déguiser sa dé-faite par des bravades, posa lui-même, à Bude, sur la tête deZapolya, la couronne de saint Étienne . Les Moldaves, subjuguéspar l’ascendant de sa gloire, le reconnurent alors pour souve-rain (4550).
Cependant les Autrichiens attaquent de nouveau Zapolya ; Sou-leïman prépare un nouvel armement. Ferdinand et Charles-Quint arment de leur côté. Ils calment les haines des réformés soulevéscontre eux, et l’Allemagne en masse se porte au-devant des Turcs (4552). Le sort de l’Europe et celui de la Turquie pouvaient alorsse décider. Mais ni Souleïman, ni Charles-Quint n’osèrent se me-surer, ou la Providence ne permit pas entre eux une rencontre dé-cisive. L’invasion de Souleïman n’eut d’autres suites que desmassacres d’akindjis.
Vers ce temps, Kaïr-Eddin Barberousse, frère et successeurd’Haroudj Barberousse, corsaire conquérant de la ville d’Alger ,fut préposé comme kapoudan-pacha au commandement des flottesottomanes; c’était le seul homme qui pût contrebalancer les suc-cesseurs du génois Doria, amiral de Charles-Quint . Iîaïr-Eddinpropose à son nouveau maître la conquête de Tunis , où règneMuley-Hassan , vingt-deuxième prince de la dynastie des Beni-Haff.Hassan est en effet chassé. Kaïr-Eddin devient vice-roi de Tunis ;mais le prince détrôné implore le secours de Charles-Quint . Excitéd’ailleurs par tous les princes d’Italie , l’empereur saisit ce qu’ilcroit une occasion d’écraser les corsaires harbaresques. Il rétablitHassan dans Tunis , à des conditions favorables aux Chrétiens, etrend la liberté à trente mille captifs. Mais tout le monde sait com-ment avorta plus tard son expédition devant Alger .
La Perse était pendant ce temps envahie par le grand-vizirIbrahim-Pacha . Schali Thamas, qui la gouvernait depuis 4525,époque de la mort d’Ismaïl l° r , éprouvait des défaites. Les Persansperdaient une seconde fois leurs principales villes : Aadildjou-Avaz, Ardjisch , Aounik, Akhlatz, Wan, Tebritz et Bagdad . Cessuccès furent fatals à Ibrahim-Pacha ; d’esclave devenu second chefde l’état, et plus sultan que Souleïman, il laissa percer son or-gueil; ses ennemis firent le reste, et il fut étranglé(5 mars 4 556).
François I or députant de nouveau à la Porte, Kaïr-Eddin, à latête d’une flotte puissante, reçoit l’ordre de ravager les côtes del’Ilalie et de l’Espagne . Le sultan attaque avec ses fils et vingt-cinq mille hommes l’ancienne Corcyre, possession vénitienne; iléchoue honteusement. D’un autre côté, l’amiral ottoman s’emparede Scyros, de Pathmos , de Slampalia, d’OEgine, l’ancienne rivaled’Athènes , de Paros , d’Anli-Paros et de Naxos , si célèbre dansl’histoire de Thésée ; tandis que Napoli de Romanie était inutile-ment assiégé par Kasim-Pacha. Durant ces exploits sur les Véni-liens, Souleïman comprime une révolte du prince de Moldavie;