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ATLAS
livre Jassy aux Hommes, el investit le frère du rebelle de la prin-cipauté soumise. Kaïr-Eddin remporte peu après une grande vic-toire sur l’escadre chrétienne , commandée par Doria et Capello,et forte de cent dix-sept vaisseaux. Mais Souleïman rappelle unepartie de la flotte pour s’opposer aux progrès des Portugais dansle golfe Persique , et son gouverneur prend aux fondateurs dunouvel empire des Indes Aden, Kouké, Sibite, Diou, Kat etCamboje. Cependant Venise demande et obtient la paix en 4559.Elle consent à abandonner toutes les petites îles de l’Archipel qu’onlui a enlevées, et les forteresses de Napoli de Romanie, de Mal-voisie, d’Urana et de Nadin. Les efforts du sultan contre les Por tugais , qui avaient changé la marche du commerce par la décou-verte de la route des Indes, compensaient jusqu’à un certain pointces pertes de Venise .
Zapolya étant mort en 1540, la guerre recommença contre laHongrie . Isabelle, veuve du défunt, est forcée de quitter Bude,qui devient une ville ottomane en 4544. C’est la même année quela tempête disperse la flotte de Charles-Quint devant Alger , et l’an-née suivante que Kaïr-Eddin lîarberousse et le duc d’Enghien,amiral de François I er , joignent leurs vaisseaux et assiègent deconcert la ville de Nice . Ce fut le dernier exploit du corsaire ami-ral : il mourut le 4 juillet 4540.
Cependant Ferdinand d’Autriche ne renonçait pas à la Hongrie .Aux intrigues, aux ambassades, il joignait les armes. II assiégeait,mais vainement, la ville de Pesth (4545). Au contraire, les lieute-nants de Souleïman s’emparaient deValpo, deSiklos, de Gram, deSthulweissembourg, de Wissigrad, de Niograd et de Véliska (4544);ils battaient les Hongrois dans les champs de Louska (4545). Ilest vrai que les chrétiens réparaient cette défaite à Salla. Tout celaamène une trêve. Ferdinand s’engage à payer une somme annuellede 50,000 ducats ; c’était s’avouer vassal de la Turquie . Cette trêvene devait pas être exécutée. Les intrigues du moine Martinuzzi ral-lument la guerre en 4554 . Vesprim, Temeswar et son vaste bannat,les châteaux de Scezseny, d’Hollokie, de Buyak, de Sagli et deGiarmath , deviennent le partage des généraux du sultan. Ilséchouent au siège d’Erlau . Une seconde trêve est conclue à Amas-sia (4555); mais la Transylvanie reste une province ottomane .Chose étrange à cette époque où l’empire ottoman paraissait sipuissant, un ennemi qu’il pouvait alors dédaigner s’élevait enRussie , sous Yvan IV. Conquérant d’Astrakan et de Kasan , il pre-nait le titre de Tzar . Et le temps allait venir où devant l’étoileascendante des Tzars , le croissant des turcs pâlirait.
Les tragédies sanglantes causées par l’ambition maternelle de lasultane Tchourrem, si connue sous le nom de Roxelane , trou-blaient alors les vieilles années de Souleïman. Elle avait déjà trempédans la mort du fameux grand-vizir Ibrahim-Pacha . Liguée avecle grand-vizir Rustem , elle pousse à une seconde campagne enPerse. Elle se sert de cette guerre pour faire périr le prince Mus-tapha, fds aîné de Souleïman et de la sultane Bospliarone. Souleï-man lui-même préside à l’exécution de son fds, que l’on accusede conspiration ; et le prince Djihanghir, frère de Mustapha, saisipar la douleur, ne lui survit pas. La sultane Khourrem espèreplus que jamais assurer le trône à son fils Bayezid ; cependant ellemeurt sans avoir pu réussir encore. Bayezid , entraîné par l’am-bition , a recours alors à la force. Il est vaincu près d’Iconium , etétrangléen 4 557. Souleïman, troublé par tant de révoltes, respireen-fin. La guerre se rallume. Celte fois, c’est Philippe II , (ils de Charles- Quint , qui la soutient sur mer. Torgoulh (Dragut ), continuateurde Barberousse, prend Tripoli , Djerbi, Boudjia, Benezert et Oran ,puis va périr au siège de Malte, qui repousse les Ottomans .
Souleïman se venge encore une fois sur la Hongrie de ce revers.A l’âge de soixante-cinq ans, il attaque Zigelli avec cent cinquantemille hommes. 11 est repoussé et meurt de dépit (50 août 4 566).Mais Zigeth est emporté par le grand-vizir Sokolly, successeur deRustem . Souleïman avait gouverné de telle manière que les grands-vizirs paraissaient tout diriger. Au fond, leur puissance était éphé-mère et ne dépendait que d’un caprice du prince.
L’Empire , sous la main du sultan législateur, avait vu paraîtretous les genres de mérite : des savants, des généraux, des hommesd’état se distinguèrent tour à tour, et illustrèrent le règne le plusglorieux de la puissance ottomane . Nous ne connaissons dans l’his-toire moderne qu’un prince auquel on puisse comparer Souleïmanpour l’éclat : c’est Louis XIV . Souleïman est le grand roi des Otto mans .
42. - HIÉRARCHIE OTTOMANE AU TEMPS DE SOULEÏMAN.
Il ne sera pas sans intérêt d’indiquer ici comment s’échafau-dait alors la hiérarchie de l’empire. Après le sultan venaient legrand-vizir, les cinq vizirs, les begler-beg ou gouverneurs de pre-mier ordre, puis les defterdars, les nischandjis, les reïs-effendi,c’est-à-dire les présidents de la chancellerie, les secrétaires-d’état ouministres. Il y avait quatre defterdars : celui de Roumilie, celuid’Anatolie , celui de Syrie et d’Égvpte, celui de Hongrie . Tout lemonde connaît la valeur du nom de pacha ou padischa ; il veutdire pied du souverain. Les princes héréditaires, le sultan lui-même,prenaient quelquefois ce nom.
Les revenus généraux de l’empire étaient alors, selon les am-bassadeurs de Venise , de sept à huit millions de ducats. Il y avaittrois classes de terres : 4 0 les terres soumises à la dîme ; c’étaient lesterres de la conquête, des espèces d’aleux sauf la dîme; 2° les terreslaissées aux anciens possesseurs, à la condition du kharady ou im-pôt foncier, de capitation et de dîme du produit; enfin les biensde l’état. Ce sont ces biens qui formaient les fiefs des différents or-dres; les petits fiefs, timars ou tczkeresy, et les grands fiefs ou tes-kerelus ou siamets. Ces derniers étaient donnés à des sipahis, di-rectement par le sultan. Les gouverneurs investissaient des seconds.Les fiefs étaient héréditaires de mâle en mâle. Le morcellementétait défendu. Certains réglements prévoyaient le cas où le posses-seur soit d’un fief, soit d’un siamet laissait plusieurs fils. Cette organi-sation était à la fois simple et savante. Elle conservait les terres entreles mains des conquérants, et alimentait la conquête nouvelle. Cetteféodalité ottomane était sans analogie avec la féodalité européennedu moyen âge. Dans celles-ci, les feudataires tyrannisent presquetoujours la royauté ou sont en lutte avec elle. Dans la féodalitémusulmane, les feudataires ne sont que les esclaves des sultans.Ce ne sont pas eux qui se révoltent, ce sont les gouverneurs qui,de gouverneurs veulent devenir feudataires sur la plus grandeéchelle; seulement, les rayas ou paysans sont presque les serfsde notre Europe .
L’entretien de la plupart des fonctionnaires est prélevé sur lesrevenus de certaines provinces. Ainsi dans la suite, ceux de l’île deChypre furent affectés aux grands-vizirs.
Il y a enfin une féodalité religieuse. Une foule de biens sontdonnés aux mosquées : ils sont inaliénables et gérés par les admi-nistrateurs de ces mosquées. Cette classe de biens devint nécessaire-ment nombreuse et riche dans l’empire : elle est immense aujour-d’hui. Le jour où ces biens seront vendus, l’empire sera dissous ourégénéré. La vente des biens religieux serait une des mesures quisauveraient la Turquie .