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ATLAS
4. -MOHAMMED 111, AUDI ( LE JUSTE.) (4595).
Le prince défunt avait tué ses cinq frères; il laissait vingt fils.Mohammed, l’aîné, fait massacrer les dix-neuf autres, et monte surle trône après les avoir vus mourir.
Le règne de Mohammed peut se réduire à deux guerres : la pre-mière avec la Hongrie , la deuxième avec la Perse. Elles furentmalheureuses; Bucharest , Gran , Wissigrad, Raab en Hongrie ,furent repris parles impériaux. Le duc de Mercœur recouvra Pest et Albe-Royale pour l’empereur Rodolphe. La bataille de Ke-restès ne décida rien. Mohammed y parut en vain à la tôle de sestroupes. Quant à la guerre de Perse, Schah Abbas-le-Grand,successeur d’Ismaïl 11 (4576-4577); de Codabend (4577-4585);d’Émir Ilemse et d’Ismaïl III (4585), reprit Tebritz et d’autrespossessions notables. Tout cela au milieu de révoltes sans nombre.La douleur bâta la fin de Mohammed , il mourut en 4 605, à l’âgede 57 ans. On lui avait donné le nom de Juste, et malgré lemeurtre de ses dix-neuf frères, il l’avait été selon le Koran . Sonrègne fut la plus brillante époque de la poésie ottomane .
5 . — achmet r r (4605).
Achmet I er succède à Mohammed III , à l’âge de4 7 ans. La guerrequ’il continue contre Schah Abbas est constamment malheureuse.Les Persans reprennent Tauris et une partie du gouvernement deBagdad . Il est vrai que les Hongrois , aidés des Turcs , se séparentde l’Allemagne , et se maintiennent indépendants sous Etienne Bos-kaï. La paix de Sitvatarock (44 novembre 4 606), supprime néan-moins le tribut de trente mille ducats payés par l’Autriche à laPorte. Le sultan consent à donner désormais à l’empereur le titrede Roma Tchaçari, ou César de Rome, au lieu de celui de Krâl ;enfin la Haute-Hongrie et la Transylvanie sont cédées à Boskaï.
Les révoltes se succèdent d’ailleurs en Asie ; les grands-vizirsne sont occupés qu’à les comprimer. Djan Poulad se rend surtoutcélèbre parmi les rebelles. Il fallut toute l’horrible énergie du vieuxsoutien de l’empire, Mourad-Pacha, pour arrêter cette insurrec-tion presque permanente de l’Asie .
Ajoutez à ees révoltes les succès des navires maltais et floren-tins qui poursuivaient sur la Méditerranée les vaisseaux ottomans ;la révolte du dey de Tunis , puis un premier traité entre la Porteet la Hollande (4642), et vous aurez tout le règne d’Achmet I er ,qui mourut en 4647, sans avoir rien pu restaurer. 11 n’auraittenu qu’aux puissances européennes de refouler les Turcs en Asie ;mais elles avaient toutes des occupations intérieures. Le seulprince qui rêva le renversement de la puissance ottomane enEurope , Henri IV , tomba en 4640 sous le poignard d’un assassin,au moment où il allait entreprendre une guerre qui aurait donnéselon lui, l’équilibre, le repos et la liberté à l’Europe '. En com-pensation à leurs pertes, les Ottomans prirent sous le règned’Achmet l’usage du tabac.
6.-MOUSTAl’IIA I er (4647)
Achmet avait quatre fils ; il avait pourtant épargné, puis dé-signé pour lui succéder, son frère Moustapha ; mais ce prince semontre indigne du commandement. On le relègue dans le harem,trois mois quatre jours après son couronnement, et Osman II ,fils d’Achmet, à l’âge de 45 ans, ceint le cimeterre impérial.
7.— osman ii (4 648).
La décadence devenait manifeste; les provinces de Géorgie ,
' Voy. Les Mémoires de Sully.
de Ghendjez, d’Ériwan , de Bagdad , de Bassra formant dix-neuf sandjaks étaient aux mains des Persans. Les revenus de lacouronne autrefois de 240,000,000 d’aspres, n’étaient plus quede 4 94,600,000 aspres. On avait fait, vers 4600 le dénombre-ment des communes de l’empire. Leur nombre s’élevait à cinqcent cinquante-trois mille : déjà soixante-quinze mille de ces com-munes n’existaient plus. Maintenant les sipahis, comme autre-fois les chevaliers romains, lèvent les impôts et les doublent;La plupart des fiefs tombent en corbeille, c’est-à-dire qu’ils sontobtenus par des gens qui ne paraissent pas à l’armée. Le nerfessentiel du succès ottoman est donc affaibli. Il y a un véritabledémembrement de l’état par la féodalité qui devient propriétaire, etpar les fonctionnaires qui vendent tout et jouissent de tout.
Les grands avaient espéré gouverner sous le jeune Osman II ;c’est pour cela qu’ils l’avaient élevé; mais ce jeune imitateur deSélim trompe leur espérance. 11 fait massacrer l’un de ses frères,et conclut la paix avec la Perse, à laquelle il cède plusieursplaces. Il est tout entier à un projet. La Pologne lui semble inca-pable de se gouverner. Il voit avec défiance la Russie grandir enEurope et en Asie . Il veut se faire de la Pologne un rempartcontre cette puissance. Il en médite la conquête. L’Angleterreessaie vainement de s’interposer; Osman s’allie avec les Tarlares dela Crimée, avec les Hongrois , et envahit les possessions de Polo gne . Les Polonais, toujours braves le repoussent de leur campde Choczim. Pour comble de malheur, il s’attribue la victoireà l’étranger, et accuse ses troupes de sa défaite. Il accorde lapaix à Sigismond . Le bruit se répand alors parmi les janissairesqu’il veut les détruire. Il rassemble en effet des troupes nom-breuses, sous prétexte d’aller réduire l’émir des Druzes soulevés.Une révolte éclate. Après d’affreuses scènes, Osman est étranglé.Les janissaires proclament de nouveau l’imbécile Moustapha. Os-man, quoique bien jeune, était le représentant de la vieille sim-plicité musulmane. Son autorité se révoltait contre les abus. Samain était de fer; elle étreignait, et s’ouvrait rarement. La cor-ruption ottomane en fit un martyr (4622).
8. - MOUSTAPHA RÉTABLI (4622).
Le nouveau règne de Moustapha n’est que la continuation de larévolte des janissaires et des sipahis. Ce sont les caprices decette milice qui gouvernent. La nation murmure et voit avec haineces turbulents défenseurs. Ils commencent à être isolés dans l’em-pire. Les gouverneurs ne reçoivent plus d’ordres et administrentpar eux-mêmes. Au milieu de ce tumulte, la paix avec la Pologne est confirmée, malgré les intrigues de la Russie . L’Anatolie voitde nouveau l’insurrection la ravager. Le grand - vizir Merré-Hussein veut vainement tenir tête à l’orage et détruire les sipahis :il succombe et Moustapha avec lui. On proclame Mourad IV ,frère d’Osman IL Le gouverneur de Bagdad venait de se recon-naître vassal de la Perse, et Abaza-Pacha en Asie poursuivait la des-truction des janissaires, aidé par les populations.
9. — mourad iv (4625).
Mourad IV était âgé de douze ans. Le grand-vizir Tcherkesse -Mohammed règne d’abord pour lui. Les janissaires le forcentà envoyer des troupes contre Abaza-Pacha. Mais la Crimée se sou-lève et rassemble contre Constantinople une armée de Tartares.Cette armée fait tant de prisonniers turcs, qu’on en vendait unpour un verre de boza. Les Cosaques se montrent jusqu’aux portesde Constantinople , brûlant tout sur leur passage. Ces mêmesakindjis de la Crimée , montés sur des barques légères, commen-cent une piraterie réglée contre les galères du Grand-Seigneur.