Il faut envoyer pour les réduire une véritable flotte. Ils la com-battent tout un jour, et ne sont dispersés que par le vent. Lamain de la Russie soulève incessammeut la tempête.
D’un autre côté, la guerre avec la Perse a naturellementrecommencé. Schali-Abbas est toujours vainqueur. Enfin Abaza,gouverneur d’Erzeroum , continue sa chasse aux janissaires,et le sultan, bravant cette milice, lui donne le pachalik deBosnie .
En même temps Mourad s’affranchit de ses tuteurs; Cham-Mirza ou Schah-Séfi succède à Schah-Abbas en 4629, et le nou-veau grand-vizir, Khosrew-Pacha, reçoit l’ordre d’en finir avec laPerse. Après une marche des plus pénibles, ce général arrive devantBagdad en septembre 4 650. II est repoussé et remplacé par Hafiz-Pacha. Les troupes se révoltent contre ce dernier à Constanti nople ; le sultan est forcé de le laisser déchirer par elles, en lesmaudissant. Il se venge sur Khosrew-Pacha, qui est étranglé. Puiscouvert d’une armure à l’épreuve, il parcourt la ville, fait tom-ber les têtes. 11 règne enfin par la terreur; il frappe lui-même etordonne de frapper. Il exile jusqu’au grand-mufti en 4655.Tout ce qui résiste, tout ce qui murmure reçoit la mort. Soixanteindividus d’Alep sont pendus pour avoir fait usage de tabac, con-trairement aux ordonnances du sultan. Trente derviches sont pen-dus pour avoir effrayé son cheval.
L’empire est enfin dompté ; mais pour un temps. NéanmoinsMourad le précipite sur la Perse. 11 conduit lui-même sa puissantearmée, punissant chaque faute de la mort. La terreur lui réussit ;il reprend Bagdad , et détruit Tebriz (4 655). En même temps qu’ilannonce aux habitants de Constantinople sa victoire, il ordonne lamort de ses deux frères, Bajazet et Souleïman.
L’armée, privée de sa présence, ne tarde pas à perdre Eriwan ,et à se faire battre dans la plaine de Mihreban. Mourad se hâte devenir ranimer ses troupes ; il attaque de nouveau Bagdad (4 658),y massacre trente mille Persans, et en fait pour plusieurs sièclesune ville ottomane .
Ce succès est diminué par les attaques continuelles des Cosaques,et par une première insurrection des Albanais. Mourad y survitpeu d’ailleurs. Il meurt des suites de l’ivresse (4 640). Son frèreIbrahim, sauvé par leur mère, est alors proclamé. Mourad venaitde découvrir une conspiration du patriarche grec et des Russes ;il avait aussi ordonné un massacre général des Vénitiens habitantses États. Ce massacre ne fut pas exécuté. Cent mille victimes et lesupplice du crochet sont de sanglants souvenirs de son règne.
40. -IBRAHIM (4640).
Ibrahim n’était pas sorti du sérail avant son couronnement. Onle mena au peuple sur une barque pavoisée; car il ne savait pasmême monter à cheval. Les grands-vizirs reprirent le gouverne-ment. La révolte recommença. Cependant ce règne ne manqua pasde gloire. Azow, sur la mer Noire , fut arraché aux Cosaques ;Candie ou Kirid, l’ancienne Crète de Minos, fut surprise et nonconquise sur les Vénitiens , qui fournirent des vivres aux vaisseauxde leurs ennemis. Cette trahison ranima la guerre avec les Véni tiens , qui défendirent la capitale del’ile, et se vengèrent par la con-quête d’un assez grand nombre de places de la Dalmatie . Quant àIbrahim, espèce de Caligula , il épuisa en profusions la substancede l’empire. Ses goûts donnèrent de l’impulsion du commerce desesclaves. Il eut jusqu’à sept sultanes khassekis ou intimes, et cha-cune eut les revenus d’un sandjak, sans compter les cadeaux prodi-gieux du monarque. 11 ne sortit pour ainsi dire pas de son harem.Il fallut établir pour lui les impôts de la fourrure et de l’ambre;enfin le sang de son frère agissant en lui, il brisa ce qui contrariait
ses caprices. 11 voulut faire assassiner les principaux officiers desjanissaires ; ceux-ci le déposèrent ; puis ayant élu son fils Moham med , qu’il avait naguère jeté dans un puits , ils tuèrent le honteuxIbrahim l’année 4 648, l’année immortelle de la paix de Westpha-lie, qui donna en Europe gain de cause à la réforme, changea lesystème germanique, et rendit la France prépondérante.
4 4 . -MOHAMMED IV (4 648).
Mohammed IV avait sept ans. Les révoltes des pages et des soldatssignalent le commencement du règne de ses gouverneurs. Lesgrands-vizirs se succèdent d'année en année. La guerre traîne enlongueur. Les janissaires demandent un diwan à pied, c’est-à-direune assemblée générale de la nation. Il se forme une faction ditedes Seigneurs de l’hippodrome, théâtre habituel des révoltés.Ce sont chaque jour des insurrections que l’on apaise en leurjetant comme pâture les cadavres des hauts fonctionnaires. Ungrand-vizir veut détrôner le sultan ; les derviches sunnis préten-dent faire une nouvelle Saint-Barthélemy des non-orthodoxes ;enfin Kupruli Mohammed arrive à la tête des affaires. Alors l’ami-ral vénitien Mocenigo est battu dans les Dardanelles ; les révoltéssont comprimés. On envoie des troupes dans la Transylvanie pourfaire rentrer dans le devoir le prince Rakozki, qui refuse le tribut,et Rakozki est défait. Une terrible insurrection d’Abaza-Pachadans l’Asie-Mineure a le même sort; il est battu ainsi que levoïévodede Valachie . Enfin, sous l’influence de la Porte, les khansde Crimée envahissent la Russie , et détruisent douze mille soldatsdu czar (4660).
Kupruli Mohammed transmet son pouvoir à son fils Ahmed. Laguerre se renouvelait avec la Hongrie . Ahmed-Kupruli la pousseavec vigueur. 11 débute par la prise de Neu-Haüsel, jusqu’alors ré-puté comme imprenable, tandis que les hordes tartares dévastentla Hongrie , la Moravie et la Silésie . Léopold I er gouvernait l’em-pire. Louis XIV , qui réclame vainement la mise en liberté du filsde son ambassadeur à Constantinople , lui envoie des auxiliaires.Montecuculli , rival du grand Turenne, commande l’armée impé-riale. On rencontre les Ottomans sur les rives de la Raab , près deKœrmend. Ils sont battus. Le grand-vizir suit les bords du fleuve,et veut de nouveau le franchir, le 4 er août 4664, vis-à-vis du villagede Saint-Gothard . Les impériaux sont d’abord enfoncés; mais lesFrançais , conduits par le duc de La Feuillade, que les Turcs appe-lèrent depuis Fouladi, l’homme d’acier, rétablissent le combat.Kupruli ne peut arrêter la fuite. C’est la seconde grande défaite ducroissant. Il lui faut accepter la paix à Vasvar . Le siège de la capitalede l’île de Crète continuait : enfin cette ville fut prise en juin 4 669.II avait fallu aux Turcs vingt-cinq ans pour la forcer. Triste com-pensation delà paix de Vasvar . Kaminiec, pris aux Polonais en4 672, ne la fit pas non plus oublier. La conquête de l’Ukraine ,enlevée aux mêmes Polonais, alors gouvernés par le brave Sobieski,fut plus glorieuse.
Le rôle que jouent alors les Tartares de l’Europe orientale est fortcurieux : la Russie les tourne alternativement contre la Porte etcontre la Pologne. LaPorte, fatiguée en 4677, déclare la guerreaux Russes . Ceux-ci battent les Ottomans devant Cehryn, les Otto mans , qui néanmoins s’emparent de cette forteresse, et la paix estconclue en 4684 . Féodor Alexiewicz portait alors le titre de tzar,Kara Moustapha celui de grand-vizir. C’était le temps où Duquesnepoursuivait dans la Méditerranée les corsaires barbaresques.
Le traité de Vasvar stipulait une trêve de vingt années avecl’Autriche . A son expiration, Kara Mustapha profite des troublesde la Hongrie pour reprendre la guerre. Les Hongrois, oppriméspar l’empereur, se révoltaient sous la conduite d’Emeric, comte de