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ATLAS
Tekeli. Celui-ci implorait le secours du sultan. Kara Mustapha seprécipite sur l’Autriche (1685), et arrive rapidement devantVienne . Le duc de Lorraine ne peut bientôt plus défendre celtecapitale ; elle va succomber, quand accourt de Varsovie le braveSobieski, à la tète de ses Polonais. Il se précipite du haut du Ca-lemberg (Voy. plan de Vienne ), et, aidé du duc de Lorraine , batcomplètement l’armée du grand-vizir.qui expie par le cordon sonorgueil et sa défaite. C’est le troisième grand désastre des Ottomans .
La Porte se trouve alors exposée aux attaques des Polonais, desimpériaux et des Vénitiens . Le duc de Lorraine reprend Wissegradet Waitzen ; enfin, après plusieurs campagnes, il met en 1 688 lesiège devant Bude, et cette ville, qui depuis 115 ans appartenaitaux Ottomans tombe en son pouvoir. Enfin, le 1 2 août 4 687, sur cemême champ de bataille de Mohacz , où la Hongrie avait 460 ansauparavant subi la loi du Croissant, les chrétiens, dont l’arméecompte ce qu’il y a d’illustre en Europe , remportent une éclatantevictoire. Vingt mille Ottomans périssent; la Porte est à peu prèsforcée d’évacuer lallongrie. Souleïman-Pacha, le grand-vizir, paiede sa tête le quatrième grand désastre des Turcs ; mais sa mort nesauve pas le sultan. Les janissaires et les oulémas prononcent sa dé-position. Son frère, Souleïman II, est au contraire tiré de la retraiteoù il a passé quarante-un ans. C’est lui que l’on proclame sultan.
12.— souleïman ii (1687).
Le règne de Souleïman II débute par une épouvantable sédition.Venise se venge sur la Grèce et sur la Dalmatie de la prise de Candie.L’électeur de Bavière pour l’empereur reprend Belgrade le 8 sep-tembre 1688. Les malheurs de l’empire turc s’aggravent de jouren jour. C’est alors queMoustaphaKupruli, frère d’Ahmed Kupruli,reçoit le grand-vizirat. 11 remplit le trésor vide, se montre tolérantenvers les chrétiens de la Grèce ; par le nizami djedid (nouveau ré-glement), cherche à guérir les plaies de l’État, reprend Belgrade ,Widdin et Nissa, et apaise la double révolte de l’ile de Chypre etde l’Égypte . Sultan Souleïman ne jouit pas de ces succès ; il suc-combe à l’hydropisie en 1691. Un fils d’ibrahim, Ahmed II , estproclamé.
Quoique jeune et fier, ce prince laisse Kupruli continuer à régirl’État. Le vizir marche contre les impériaux, commandés par lemargrave Louis de Bade ; il les rencontre sous Peterwardein , etles attaque près de Salankemen (août 1691). Trois fois les Ottomans attaquent et sont repoussés, trois fois Kupruli les ramène; mais ilsuccombe, et la victoire est perdue : vingt-cinq mille Turcs péris-sent; une artillerie considérable reste aux mains des vainqueurs.C’est le cinquième grand désastre du Croissant. La reddition deChio aux Vénitiens signale les années suivantes. Le reste du règned’Ahmed se traîne entre les troubles et les défaites : il succombecomme son oncle à l’hydropisie en 1695. Moustaplia, fils de Mo-hammed IV, est proclamé.
Moustapha annonce aussitôt qu’il gouvernera par lui-mème ; ilveut lui-même conduire les armées. Animé par la reprise de Chio sur les Vénitiens, il franchit le Danube et attaque de nouveau l’em-pire. C’est avec peine que ses trente mille hommes accablent, prèsde Lugos, six mille autrichiens commandés par Vétérani. Bientôtaprès les Vénitiens sont défaits dans le canal de Chio : le tzar Pierre- le-Grand est forcé de lever le siège d’Azow après y avoir perdu50,000 hommes; mais il reparaît bientôt sous les murs de cette
place, et s’en empare. D’un autre côté la mort de Jean Sobieskilivre la Pologne aux Tartares, alliés des Turcs. Tout cet éclat pâlitbientôt. Le sultan a essayé de réformer les abus, de ramener l’éco-nomie des anciens jours de l’empire. II a presque réussi. Il a desflottes sur la mer Noire , la mer Blanche et le Danube . On fabriquede tous côtés des armes, des munitions. Mais le fameux princeEugène de Savoie commande les impériaux contre lesquels Mous-tapha conduit de nouveau son armée, se flattant d’une nouvellevictoire. Le prince Eugène remporte sur lui la bataille de Zenta surles bords de la Tlieiss; vingt-cinq mille ottomans y périssent. C’estla sixième grande défaite des turcs. Moustapha cède à l’orage. L’am-bassadeur anglais offre sa médiation pour terminer la guerre qui metdepuis si longtemps la Porte aux prises avec l’Autriche , Venise , laPologne et la Russie . On s’abouche à Carlowitz, sur la rive droitedu Danube . La paix y est signée effectivement le 26 janvier 1699.L’Autriche rend la Transylvanie , et tout le pays situé entre leDanube et la Tlieiss ; la Pologne recouvre Kaminiec, la Podolie etl’Ukraine . Pierre-le-Grand garde Azow; Venise reste en possessionde la Morée, de l’Hexamilon et de presque toute la Dalmatie . LesHongrois sont sacrifiés et restent impériaux. Tekeli meurt dansl’abandon à Constantinople .
Un quatrième Kupruli (Amoudja-Hacé-Hussein), était alorsgrand-vizir. Il aidait de tout son pouvoir aux réformes de Mous-tapha. Quand il fut retiré des affaires, Moustapha-Daltaban, etsurtout Rahi-Mohammed continuèrent son œuvre. Les oulémas s’é-levèrent contre ce dernier. On murmura hautement de la paix deCarlowitz. Enfin , en 1705, une insurrection légitimée par les doc-teurs, éclate à Constantinople . Moustapha II est déposé et meurtbientôt. Il avait annoncé lui-même à son frère Ahmed III qu’ilfallait le remplacer.
15.- AIIMET III (1705).
Le règne d’Ahmed III nous semble décisif dans l’histoire del’empire ottoman , surtout à cause des circonstances extérieures.La Pologne tombe en ruines. Charles XII , par son esprit aventureux,compromet l’œuvre de grandeur de la Suède . La Russie triom-phe sous Pierre-le-Grand et s’élève dans le nord comme puissanceprépondérante. Elle restera bientôt seule en face de la Turquie dont sept grandes défaites auront effacé le prestige. C’est elle quirecueillera presque tous les fruits de la guerre deux fois séculairede l’Autriche contre le Croissant.
CharlesXII, vaincu à Pultawa par Pierre-le-Grand , se réfugie enTurquie . Il intéresse à sa cause tout le parti de la guerre, le partiqui a déposé le signataire de la paix de Carlowitz. La guerre est dé-clarée au tzar en 1709. Les troupes ottomanes le cernent sur lesbords du Pruth , commandées par Baltadji-Mohammed. Il aban-donne Azow pour avoir la paix, et le génie de Catherine I er le sauved’une captivité. Le sultan emploie la force pour renvoyer Char les XII en Suède .
D’un autre côté, la Morée est enlevée aux Vénitiens , de mêmeque leurs possessions de l’Archipel (1715). Ce peuple parvient àarmer de nouveau le bras de l’Autriche . D’ailleurs le parti de laguerre l’emportant de nouveau, la paix est rompue par la Porteelle-même, malgré l’avis des oulémas. Le grand-vizir Damad-Ali se trouve bientôt encore une fois en présence du prince Eugène, etcela près de Peterwardein . Les chrétiens étaient quatre-vingt mille ;ils battirent cent cinquante mille turcs et firent un butin im-mense (1716). Cette septième grande défaite des Ottomans , unnouveau vizir, Khalil-Pacha , veut la réparer l’année suivante. Ilest battu par le même prince Eugène dans la campagne de Belgrade .
La Porte est de nouveau forcée d’accepter la paix. Décidémentla guerre lui est funeste. Des conférences s’ouvrent à Passarowitz.