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ATLAS
russes, et cinquante mille ennemis demeurent sur le champ de ba-taille. Panin emporte ensuite Bender; les Turcs abandonnenttoutes les forteresses de la rive gauche du Danube ; Akermann, Is-maïl leur ouvrent leurs portes. En même temps, sous l’influencerusse , la Géorgie s’insurge; Azow est repris par les Moscovitespour la troisième fois. Ali-Beg, en Égypte , agite les Mameluks ,et convoite la possession absolue de cette ricbe province. L’an-née suivante, le prince Dolgorouki range en trois semaines sousles lois de la Russie presque toute la Crimée (4774).
Ces succès sont balancés par les succès de Hassan-Beg, qui ra-vitaille Lemnos par la destruction d’une partie de l’armée russe,due à la peste, par les échecs de Roumanzoff devant Silistrie et Varna .Hassan-Beg reprend à la fin l’offensive sur le Danube (4774).
C’est alors que meurt Moustapha, l’un des plus grands princesottomans . Supérieur à la mauvaise fortune, il voulut tout voir ettout connaître par lui-même. Il fut son propre ministre. Il étudiala politique des Européens ; mais il était trop tard pour l’empire.La Russie , grandie de toutes les pertes de la Suède et de la Pologne ,arriva sous lui, portant les derniers coups à la Turquie , déjàébranlée par Venise et par l’éternelle guerre de l’Autriche . La Grèce garda les ferments semés par Catherine IL L’ambition des Russess’exalta, ne connut plus de bornes. Les malheurs de l’état com-mencèrent à frapper la superstition des Turcs qui perdirent cou-rage. Demeurés immobiles, les chrétiens les avaient dépassés danstous les genres. A l’avenir, les sultans chercheront du secours dansl’imitation de ce qui est en Europe . Cette imitation sera encoremalheureuse ; elle établira pour la Turquie une sorte d’époquetransitoire, dans laquelle l’Europe , pour éviter de grands malheurs,la prendra sous sa puissante protection.
4 9. A1SDUL-HAMU) (4774).
Durant le règne d’Abdul-Hamid , frère de Moustapha, princepacifique, mais qui associe son neveu Séiim à son gouvernement,la guerre avec la Russie continue. Les janissaires se voient privés,
sans émeutes, de leur denier d’avénement, et une armée de quatrecent mille hommes se rassemble sur le Danube . La Russie , insur-gée en partie contre Catherine, promet aux Turcs des succèsbrillants. Mais à l'ouverture de la campagne, l’armée musulmaneabandonne ses chefs, et Abdul-Hamid conclut, avec la Russie , lapaix de Kutchuk-Kaïnardjé en Bulgarie (juillet 4774). La Portereconnaît l’indépendance des Tartares de la Crimée, du Budjak etdu lîouban, accorde aux Russes la libre navigation sur toutes lesmers de l’empire, accède enfin au partage de la Pologne , qu’elleabandonne à son malheureux sort.
Le complément de cette paix est la soumission de la Crimée àCatherine. Schahin-Ghiraï, dernier khan de ce pays, en présenced’une armée de soixante mille Russes , commandée par Potemkin,cède ses droits à la tzarine. La Turquie ne peut donc pluscompter sur aucune alliance avec la Crimée . En accordant auxRusses la libre navigation, elle leur a d’ailleurs ouvert le cheminde Constantinople . Elle se venge sur les Moldaves révoltés parGrégoire Ghika, et sur les Grecs de la Morée. Mais ce n’est pasassez pour l’opinion publique. Elle veut la guerre. Cette guerreéclate de nouveau après le fameux voyage de Catherine en Criméeet la fondation de Kherson . Le baron de Tott, des officiers fran çais ont préparé les Ottomans à la soutenir. L’escadre turque estformidable. La Suède , la Pologne , l’Angleterre promettent leurappui à la Porte. La Prusse se charge de tenir en échec l’empe-reur Joseph II , allié à la Russie . Cependant tous les succès desOttomans se bornent à rejeter l’armée de Roumanzoff jusqu’àLougosch et au pillage du bannat de Temeswar . Ils échouentdevant Kherson et Kilboroun, défendue par le trop célèbre Souvo-roff. Ce dernier, protégeant les mouvements de la flotte russe de-vant Ockzakow assiégé par le prince Potemkin, détruit avecl’amiral moscovite la flotte du kapoudan-pacha Hassan. Ockzakow,autour duquel la guerre gravitait, tombe au pouvoir des Russes .Abdul-Hamid ne peut survivre à ces revers : trompé par l’Europe ,attaqué à la fois par l’Autriche et la Russie , il se laisse aller audésespoir et meurt après avoir doté l’empire de l’imprimerie etd’un sultan élevé dans les affaires (7 avril 4789). ,
CHAPITRE III. — ÉPOQUE CONTEMPORAINE.
4. — sélim ni (4789).
Ce sultan, c’est Sélim III , fils de Moustapha IL Les circons-tances sont favorables. La tempête politique va gronder sur l’Eu rope , la France sera le but des coalitions de cette Europe , et laPorte pourra réparer ses pertes. C’est ainsi du moins que leconnaisseur historique peut entrevoir l’avenir de la Turquie .Mais la Turquie trompe toutes les prévisions; l’histoire n’a pluspour elle que des malheurs.
Sultan Sélim III continue la guerre avec la Russie et l’Autriche .Il est initié à la politique de son oncle. Il sait gouverner. La fortunelui est contraire. Ses généraux perdent les combats de Martinest-Jeet de Foksang (4789) remportés par le duc de Saxe-Cobourg et Souvoroff ; Belgrade , Bender, toute la Valachie et la Servie,avec les places du Danube , tombent au pouvoir des coalisés. Ismaïlrepris et fortifié résiste seul.
Dans ces circonstances, on apprend la mort de Joseph II et l’avé-nement de Léopold II (4790). L’Autriche a ses affaires et abandonnela Russie . Par le traité de Szistow elle rend à la Corse ce qu’ellelui a pris. Mais Souvoroff est toujours devant Ismaïl. Cette villecontient quarante mille hommes. Les Turcs la regardent comme
impossible à prendre. Cependant le 22 septembre 4794 , au milieude massacres épouvantables, elle tombe au pouvoir des Russes ; lepeuple de Constantinople entre en fureur, demande la tête deHassan, alors grand-vizir. Sélim est forcé de le sacrifier. Es-clave à Rodosto , soldat du dey d’Alger , réfugié à Naples , puiscapitaine de vaisseau et kapoudan-pacha, et enfin grand-vizir,Hassan est un des plus mémorables exemples des vicissitudes otto-manes.
Cependant les Russes poursuivent leurs succès. Us remportent lavictoire de Marchin. L’empire est plus menacé que jamais. L’Eu rope s’alarme. Les puissances qui ont intérêt à ce que Moscou nedomine pas à Constantinople , la Prusse et surtout l’Angleterre, in-terviennent et font conclure la paix d’Iassy , le 9 janvier 4792.La Russie garde la Crimée , le Kouman en partie et les pays situésentre le Bog et le Dniester . Ce fleuve doit servir de limite aux deuxétats. Sur ses bords s’élève pour les Russes la commerçante Odessa .
La paix est donc faite enfin; mais ce n’est pas une paix définitive.Sultan Sélim en profite pour préparer la guerre. Ivutchuk-Husseïn,placé à la tête de la marine, fait construire des vaisseaux par desingénieurs venus de France.pt de Suède . 11 réorganise la flotte, lamaintient par une sévérité inflexible, et l’exerce constamment. Des