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casernes sont en même temps fondées. Des compagnies d’artilleries’organisent sous la direction d’officiers européens .
Tout à coup se soulève Passwan-Oglou, pacha de Widdin ; aucuneffort ne peut le forcer à l’obéissance ; on est contraint de luilaisser la souveraineté sur son pachalik. Triste exemple qui an-nonce le succès du pacha de Ianina, et la réussite plus mémorableencore du pacha d’Egypte , sous les règnes suivants. Toutes lesforces semblent impuissantes à maintenir l’empire. Andrinople estrançonné par des brigands.
Enfin arrive l’an 1798. La France , but des coalitions pendantla paix avec la Turquie , a triomphé, grâce à l’énergie de sa révo-lution. Pour aller chercher l’Angleterre dans les Indes , elle, laplus ancienne alliée de la Porte, elle imagine la conquête del’Égypte !
Bonaparte vainqueur de l’Italie s’élance de Toulon le 19 mai.Ses hauts faits sont trop connus pour que nous les rappelions ici.La Porte s’unit contre lui avec l’Angleterre et la Russie . Laconquête de l’Égypte n’en est pas moins faite par les armes fran çaises après la victoire des Pyramides et celle d’Aboukir qui vengeun grand revers maritime. Mais Bonaparte quitte la terre desPtolémées et des Mamlouks, le 22 août 1799. Kléber, qui lui suc-cède, est assassiné. Septembre \ 801 arrive à peine, et déjà la France évacue sa conquête. Elle perd presque en même temps les îlesIoniennes que lui a cédées le traité de Campo-Formio. En octobre1801 , les relations entre les deux alliées sont rétablies. Un traitéconclu en 1800, le 21 mars, entre la Russie et la Porte constituaitla république des sept îles Ioniennes, sous la protection du sultan.
Passwan-Oglou avait donné, comme nous l’avons dit, un exem-ple funeste. Sous l’influence des Russes , Georges Petrowitz, sur-nommé Czerni ou le Noir, soulève les Serviens, qui se proclamentindépendants. Ali, pacha de Ianina , après avoir dompté en quinzeans la brave population albanaise des Souliotes pèse avec unetyrannie épouvantable sur l’Epire . Il insulte aux ordres du sultan.De son ambition et de sa tyrannie sortira bientôt l’indépendancede la Grèce . Ismaïl, pacha de Saint-Jean d’Acre, brave de mêmel’autorité du diwan, et sa tyrannie enflammera de même laSyrie . Enfin les Wehabbis occupent l’Arabie . Le pèlerinage à laMecque n’est plus possible. Le sultan reste neutre entre la France et l’Angleterre, qui se font une guerre acharnée; il prépare denouveau la guerre. Il organise les Nizam-Djedid ou soldats de lanouvelle ordonnance, disciplinés et armés à l’européenne. Lesjanissaires murmurent et se désaffectionnent tout à fait. Enfinles Anglais , plus imprévoyants encore que la France , prétendent for-cer Sélim à déclarer la guerre à Bonaparte , devenu l’empereur desFrançais . Leur flotte force les Dardanelles sous l’amiral Dukworlh,et l’ambassadeur de France , Sébastian!, préside heureusement à ladéfense de Constantinople (J806). Repoussés, ils essaient, lesarmes à la main , d’enlever l’Égypte aux Ottomans . Ils n’y réus-sissent pas. La Russie attaquait dans le même temps et par meret parterre, le malheureux empire de Sélim. Les Anglais sententla faute qu’ils ont commise et cessent les hostilités. Mais les Russes envahissent la Moldavie et la Valachie . Leur escadre, commandéepar Siniavin, succède à la flotte de Dulworth, et bat l’escadre tur-que au commandement de Séïd-Ali. Les ennemis des nouvelles ré-formes profitent de ces circonstances pour faire déposer le sultandont l’énergie lutte en vain contre la fortune. Sélim, captif dans leKaféss, se consacre tout entier à l’éducation de Mahmoud, qui estdestiné à lutter plus tard comme lui. En attendant, Moustapha IV est proclamé.
Ce fils d’Abdul-Hamid ne fait que passer aux affaires. Au mo-ment où la Porte pouvait reprendre l’offensive sur la Russie ,occupée contre Napoléon , les changements de généraux qu’entraînale changement de souverain paralysèrent les opérations des Turcs .Michelson rentra dans la Valachie déjà abandonnée ; la Porte per-dit la meilleure occasion qu’elle eût encore eue de se venger desRusses . La Servie, forte de leur appui, persévéra dans ses déclara-tions d’indépendance.
Sur ces entrefaites, vers le milieu de 1808, Moustapha-Baraïk-tar, partisan de Sélim , auquel il doit son élévation, comme pachadu premier rang, forme une conspiration pour le tirer du Kaféss.La conspiration éclate ; mais elle est fatale à Sélim , que Moustaphatrouve le temps de faire périr. Baraïktar, furieux et désespéré à lafois, proclame alors Mahmoud, autre fils d’Abdul-Hamid , etMoustapha est déposé (28 juillet \ 808).
A. — Débuts.
Le règne de Mahmoud, si célèbre dans l’histoire contemporaine,est connu de toute l’Europe qui, pendant presque toute sa durée,eut les yeux tournés avec inquiétude vers Constantinople . Ce règnedébute par des exécutions. C’est le libérateur de Mahmoud, c’estBaraïktar qui gouverne et qui venge Sélim. Cet homme extraordi-naire veut détruire les abus qui rendent le corps des janissaires sidangereux pour l’état. Appuyé par les chefs de l’ancien Nizam-Djédid, haï du peuple, il va réussir. Déjà il force les hauts fonc-tionnaires à rendre à l’état les deux tiers des timars occupés pareux; déjà il forme la milice des seymens réguliers. On s’écrie qu’ilréorganise le Nizam-Djédid sous un autre nom. On le traite degiaour sur les places publiques et dans les cafés. Les janissairesattaquent ses troupes, mettent le feu à son palais et empêchent lepeuple de lui porter secours. Le terrible ennemi des factieux estasphyxié par l’incendie; et quand ils retrouvent son corps, ils l’em-palent, et l’exposent aux insultes de la populace. Selon quelqueshistoriens, Baraïktar attaqué, près de tomber entre les mains deses ennemis, dans une tour fortifiée du sérail, leur jette le cadavrede Moustapha IV , et mettant le feu à un magasin à poudre se faitsauter avec les janissaires ameutés.
Mahmoud seul rejeton de la famille d’Osman est respecté par lesjanissaires; mais il n’oublie pas leur sanglante sédition. Après lesavoir réconciliés avec les seymens pour rétablir l’ordre, il méditeleur destruction complète pour assurer mieux encore la tran-quillité de l’empire. Toutefois il dissimule. Ses projets se préparentdans le secret. Tandis qu’il est, au fond , Européen de jugement etde goût, il semble un Ottoman des anciens jours.
Evidemment pendant ces catastrophes, la guerre avec la Russie ne pouvait que se traîner et languir. 11 fallait alors un appui àMahmoud, l’Angleterre lui tendant la main, il l’accepte par lapaix de J 809 , malgré la France et la Russie . L’Angleterre prometbeaucoup et tient peu. Elle veut surtout rompre l’alliance de laFrance et de la Porte. Elle nuit en même temps à un rapproche-ment bien désirable entre la Porte et la Russie . Elle montre surtoutsa politique double en essayant de soulever les îles Ioniennes que letraité de Tilsilt a rendues aux Français .
La guerre avec les Russes continue donc. Les chances varienten \ 809,4 810 et 1811. Bagration remporte la bataille de Silistrie ,reprend Ismaïl, puis est forcé de repasser le Danube . Napoléon ,