ATLAS
vainqueur à Wagram, offre alors sa médiation. Mahmoud l’accepteen apparence, mais pousse avec vigueur à la recomposition de sonarmée, et la campagne de 4810 s’ouvre pour lui sous de brillantsauspices. La fin ne répond pas au début. Mahmoud annonce qu’ilse portera de sa personne à la tête de l’armée. Les Russes se hâtentalors de terminer, par un traité, la guerre qu’ils font à la Perse. Sousles ordres de Koutousoff, ils soutiennent avec avantage les attaquesdes 60,000 hommes d’Ahmet-Pacha, reprennent Silistrie et leurfont repasser le Danube .
C. —Destruction des Mamelouks.
C’est cette même année que se fit connaître d’une manière ter-rible Mohammed ou Mehemet-Ali , aujourd’hui vice-roi héréditaired’Égypte . Il gouvernait cette province, ayant à la fois affaire avecles Wehabbis et les Mamelouks.
Ses projets d’indépendance étaient-ils déjà formés dans sonesprit? Lui seul pourrait le dire. Cependant la destruction de cesjanissaires de l’Égypte annonce un plan de conduite que l’avenirn’a pas démenti. 11 attira leurs chefs au Caire à force de promes-ses. C’en fut fait de la milice de Nedgemeddin-Saleh. La Porteapplaudit, elle imitera plus tard. A cette époque aussi, Souleïman-Pacha, gouverneur de Belgrade , déclaré rebelle et soupçonnéd’alliance avec les Wehabbis fut mis à mort malgré l’Angleterre.
Cependant Mahmoud se dégoûtait de la guerre de Russie . Despropositions s’échangeaient. On apprend, sur ces entrefaites, queles deux empereurs de France et de Russie ont rompu. Napoléon prépare sa grande invasion. La Russie se hâte de traiter avec laPorte à Bucharest et à Wilna (28 mai et 28 juin). Par cette doublepaix,lePruth devient la frontière commune. La Russie obtient laMoldavie et la Bessarabie avec les bouches du Danube . Les Serviensn’accèdent pas à cette paix. Mahmoud les presse avec vigueur. Songénéral, Redjeb, emporte leur camp d’assaut; ils se dispersent.Leur chef, le fameux Czerni (Georges) se réfugie en Russie , où l’em-pereur le comble d’honneurs, et d’où il médite la liberté ' de sonpays, qui rentre sous les lois de Mahmoud.
A la même époque, Méhémet-Ali mettait le sceau à sa réputation,en triomphant définitivement des Wehabbis (484 5). La Mecque etl’Arabie sainte redevenant ottomanes, le pèlerinage à ces villesredevient possible.
D. —Expédition de lord Exmouth.
Alors aussi sedébattait Napoléon dans le duel gigantesque d’un seulhomme avec l’Europe . Mahmoud suivit avec anxiété les phases decette lutte. 11 applaudit (au moins publiquement), à la chute du con-quérant, et se lia avec les Bourbons qui devaient, eux aussi, lui por-ter un coup funeste. La paix de 4815 favorisait, il est vrai, ses pro-jets de réforme : il devait être satisfait. C’est pour garder cette paixqu’il refusa , quoique suzerain , d’intervenir entre l’Angleterre et ledey d’Alger , lors de l’expédition de lord Exmouth en août 4 84 6.La marine algérienne périt. Mahmoud commit peut-être là unefaute grave et féconde en malheurs. Les Anglais virent l’annéesuivante réussir leur politique sur les îles Ioniennes, et en 4849elles furent déclarées indépendantes sous le protectorat de l’Angle-terre. Celle-ci rendit, en revanche, la malheureuse ville de Parga; etcette ville, pour ne point obéir à l’horrible tyran de l’Épire, émigratout entière soit à Corfou , soit dans l’île dePaxo. Tout cela n’eut paslieu sans retentissement à Constantinople . De graves désordres an-noncèrent le mécontentement. La réforme n’en suivit pas moins son
1 Czerni fut tué à Semendria par ordre de Milosch-Obrenowitch, quelques annéesplus tard au moment où il se préparait à soulever de nouveau la Servie (1817). Ilavait sacrifié à l’indépendance son père, son frère, toute sa vie.
cours. Rien ne semblait devoir menacer la paix. Tout à coup l’horizonse rembrunit et l’orage ne cesse plus de gronder sur l’empire.
E. —Insurrection de la Grèce .
Le féroce Ali de Ianina se fait mettre au ban de l’état. Il refusede comparaître; et pour résister, dans la guerre qu’il déclare ainsià son maître, il appelle les Grecs à l’indépendance. Les Iilephtes serangent sous ses drapeaux. Mais d’abord ses fils sont défaits, songouvernement donné à Ismaïl-Paclia, et il est réduit à se défendredans sa forteresse. La chance tourne bientôt; il voit se déclarerpour lui les Souliotes , et l’armée ottomane de la Grèce se trouve me-nacée d’une révolte générale. En effet, vers la fin de mars 4824 ,la Laconie , laMessénie, l’Arcadie, la Béotie prennent les armes.La Moldavie menace, agitée par Alexandre Ipsilanti et MichelSoutzo. La Valachie se soulève sous Wladimiresco. Les îles formentdes flottes. Ce ne sont pas seulement les hommes qui combattent.Les femmes aussi prennent part à la révolte; Bobelina dirigecomme un vrai capitaine trois bricks qu’elle a armés elle-même.La Porte fait pendre, par vengeance, le patriarche grec de Cons tantinople . Il n’y a plus de merci à attendre des Turcs , il n’y aplus de soumission à attendre des Grecs. L’ambassadeur russe sedéclare '. La Russie interviendra en faveur des rayas grecs ses co-réligionnaires, des Moldaves et des Yalaques ses alliés; en atten-dant la Porte agit avec vigueur. D’une autre part, l’Hétérie, cettesociété formée en 4845 à Vienne pour l’émancipation de la Grèce ,montre ses desseins. Elle compte dans son sein ce qu’il y a de pluséclairé en Europe . Enfin, le prince persan Mohammed-Ali-Mirzamenace d’une invasion l’Asie ottomane .
Cependant l’insurrection n’a d’abord rien de décisif. Cantacu-zène, les deux Ipsilanti, Alexandre et Démétrius-Colocotroni,Pietro-Mavro-Michali combattent contre les généraux turcs avecdes chances variées. Ali, pacha de Ianina, séparant sa cause de celledes Grecs, succombe sous la force et la ruse (4822). Il laisse lesOttomans libres de concentrer leurs armées contre les rebelles.Mais l’insurrection s’organise, un congrès se réunit à Epidaure,et en janvier 4 822, publie une constitution provisoire. Néanmoinsen avril, Chio tombe au pouvoir des Turcs; de cent mille habitants,Chio en garde vingt mille à peine. La flotte ottomane , coupablede ce massacre, se dirige sur Samos . Canaris empêche ce débarque-ment en faisant sauterie vaisseau amiral. Mais trente mille hommesse répandent dans le Péloponèse ; vingt mille attaquent les Soulio tes : ces deux corps n’ont aucun succès. Canaris et Miollis, d’autrepart, dissipent la flotte ottomane . L’Acarnanie et l’Etolie sont con-quises par l’insurrection. Elle donne des chefs à chaque provinceet nomme Miaulis archinavarque. A son tour le sultan ordonne lalevée de tous les Musulmans de quinze à cinquante ans. Il jette denouveau trente mille hommes en Morée. Cette armée est battue le44 juillet 4825, par huit mille Hellènes, sous les ordres de Colo-cotroni, près du couvent de Saint-Luc. Malheureusement les in-surgés se laissent aller aux divisions. Et Marco-Botzaris pénétrantdans le camp musulman, près de Karpénitza, perd la vie.
C’est alors que .Missolonghi est investi définitivement par lesTurcs . Cette place reçoit de tous côtés des défenseurs, notammentle fameux lord Byron , qui apporte à la Grèce une imprimerie etdes journaux, et qui négocie pour elle un emprunt en Angleterre.Ce grand homme meurt malheureusement le 49 avril 4824. L’em-prunt ne s’effectue pas. Reghid-Pacha presse le siège de la villehéroïque. Ibrahim-Pacha le secourt avec ses Égyptiens, et le 22avril 4 826 se rend maître de Missolonghi .
F. — Réformes de Mahmoud.
Exalté par ce succès qui frappe fortement l’esprit du peuple1 M. de Strogonoff.