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turc , Mahmoud exécute alors son projet favori. Un corps régulierd’akindjis est formé. Les janissaires révoltés sont détruits au milieude l’incendie de l’At-Meïdan et de massacres affreux. Et le ven-dredi 46 juin, l’ordre de leur abolition paraît. Il est exécuté danstout l’empire, de même que celui de l’abolition des dervichesbektachis et des sipahis. Les acakier-mohammédijé, soldats deMahmoud remplacent les premiers. Toutes les autres milices sontréorganisées à l’européenne. La théorie française est alors traduiteen turc . Elle préside aux exercices militaires.
Le succès de Missolonghi , qui avait décidé la catastrophe desjanissaires, était peu de chose; pourtant l’Europe s’intéresse vive-ment à l’indépendance grecque. La Philhellénie est à l’ordre dujour. Fabvieret un grand nombre d’hommes aussi braves que dis-tingués encouragent et dirigent les mouvements, s’y dévouent corpset âme. La France , l’Angleterre, la Russie interviennent officieuse-ment. Mahmoud refuse de les écouter. Elles se lient par le traité du6 juillet 1827. Si le Sultan ne cède pas à leur médiation, elles in-terviendront par la force. Mahmoud résiste toujours; il ne croitpas à la sincérité delà coalition. Malgré l’arrivée de lord Cochraneet de sir Richard Church en Grèce , la nouvelle Hellénie est unevéritable Babel d’anarchie. Elle n’offre que de tristes spectacles.Ibrahim-Pacha , fils de Mehemet-Aii, continue à ravager laMorée. Napoli de Romanie, où siègent les chefs du gouvernement,les voit se livrer un sanglant combat (juillet L827).
G. — Navarin.
Cependant la catastrophe finale se prépare. Les Grecs déclarentaccepter la protection et la médiation des puissances, celles-ci serésolvent, pour vaincre l’obstination de Mahmoud, à employer laforce.
Dans ces circonstances, la flotte lurco-égyptienne sort d’Alexan drie , et entre le 9 septembre dans le port de Navarin. Les flottesdes puissances coalisées surveillent ses mouvements. Les amirauxnotifient à Ibrahim les ordres qu’ils ont reçus. Celui-ci demandeà en référer à son père et au sultan. Il s’engage en même temps àne pas quitter les eaux de Navarin avant la réponse. Deux de sesdivisions quittent cependant ce port, et le 20 octobre la collisionde Navarin s’engage. Les amiraux coalisés Codrington, de Rignyet de Heyden détruisent la flotte égyptienne , commandée alors parTahir-Pacha. Le Sultan refuse toujours l’indépendance à la Grèce .Il offre seulement une amnistie : elle est repoussée.
Cependant il faut en finir, les Russes passent le Pruth ; Iskatché,Toultcha, Matchin, Irsowa, Kustendji, Bazardjik tombent rapide-ment en leur pouvoir. Us s’avançent jusqu’à Choumla et prennentWarna. D’un autre côté, l’amiral Codrington force Mehemet- Ali à retirer ses troupes de la Grèce , et la France occupe militaire-ment la Morée.
Mahmoud résiste encore, la Russie continue sa 'marche. Elletriomphe en Asie et en Europe . En Asie , Kars , Poti, Bayezid , Dia-din et plusieurs autres places, ouvrent leurs remparts à Paske-witch. Diebitch, quia succédé en Europe au premier général enchef, au comte de Witgenstein, bat complètement le grand-vizir, le44 juin, dans les défilés de Kulewteha. Il retient Rechid-Pachadans Choumla, et son armée franchit, pour ainsi dire sans obsta-cles, les monts Balkans . Il s’avance rapidement, emporte le44 aoûtla ville de Semlin . Ses proclamations rassurent les musulmans,et facilitent sa marche.
H. — Traité d’Andrinople.
Constantinople tremble. Les débris des janissaires conspirent.Mahmoud cède ; il accepte la paix, le 4 4 septembre 1829, à Andri-
nople. Cette paix commence le démembrement de l’empire. LePruth redevient, il est vrai, la limite commune; mais la Moldavie ,la Valachie , la Servie sont déclarées indépendantes sous la suzerai-neté de la Porte et le protectorat de la Russie . Cette puissance gardeen Asie , Anupa, Poti, Alkhaltizé, Atzkour, Akhalkaki. La Portepaie les frais de la guerre, et adhère, quant à la Grèce , au traitédu G juillet 4827 conclu entre les trois puissances, et au protocoledu 22 mars 4 829. Les limites du nouvel État grec sont ensuitefixées par la conférence de Londres .
Mahmoud avait été bien malheureux et bien grand ; il ne pou-vait croire que les puissances voulussent le partage de son empire.U ne comprenait plus rien à leur politique. En attendant de nou-veaux coups, il poursuivait son œuvre de civilisation. Ces coupsne lardent pas : la France est offensée par le dey d’Alger , Hussein- Pacha . Mahmoud offre sa médiation ; elle est i*epoussée, et la côtede l’ancienne régence avec Alger , et plus tard avec Oran , Bougie et le beylik de Constanline, devient française .
Constantinople accuse tout haut son sultan de si nombreux mal-heurs ; le peuple y proteste contre ses réformes par l’incendie dedix mille maisons. Il répond à cette protestation par la fondation del’ordre civil et militaire du Nischan-Iftihar, et par la fondation duMoniteur Ottoman ; tout cela au milieu de la peste, du choléra, de lafamine. Quel pays, quel prince furent jamais plus malheureux !Pas un ami, pas un allié sincère. O fils d’Osman et fils des compa-gnons d’Osman ! reconnaissez-vous là une punition de vos deuxsiècles d’invasion et d’horrible carnage?
Mais le coup décisif se prépare en Égypte . Mehemet-Ali se brouilleavec le pacha d’Acre ; il demande à Mahmoud la permission demarcher contre lui. Mahmoud la lui accorde, pourvu qu’il semette aux ordres du kapoudan-pacha. Celui-ci est retenu par lecholéra, et sans s’inquiéter de la colère à venir de Mahmoud, Me hemet-Ali ordonne à son fils d’aller punir son rival. Bientôt Gaza ,Jaffa , Kaïffa se rendent à Ibrahim. Il presse le siège d’Acre, malgréles ordres du sultan ; et tandis que son père est déclaré fermanlis,il s’empare (27 mai 4852) de celte place qui avait résisté à Bo-naparte, et achève la conquête de la Syrie après avoir détruit unearmée du sultan , aux ordres d’Hussein-Pacha , feld-maréchal del’empire ; car Mahmoud a aboli le grand-vizirat. Reschid-Pacharemplace le général vaincu ; il n’est pas plus heureux. Ibrahim luitue trente mille hommes à Koniah. Les puissances interviennent.Nous n’en dirons pas les négociations multipliées. Elles aboutissentà amener un rapprochement entre le sultan et son vassal. Mehe met-Ali est déclaré gouverneur de la Syrie tout entière, c’est-à-direpacha d’Acre, de Damas , d’Alep et de Tripoli , Emir-ol-Hadj et fer-mier-général ou muhâcyllik d’Adana. C’est sous l’influence de laFrance que ce traité est conclu en avril 4 855.
Mahmoud n’a dû qu’à la Russie de ne pas succomber sous sonvassal ; elle l’a protégé de son armée et de sa flotte. Il conclut avecelle, le 8 juin de la même année, un traité d’alliance offensive etdéfensive pour huit ans, et prend l’engagement de fermer les Dar danelles à toute puissance en guerre avec elle.
K. —Traité de 1854.
C’était éviter un écueil pour tomber dans un autre. Évidemmentpar cette dernière clause, la Porte devenait vassale de la Russie .L’Europe le comprend ainsi et proteste. Cependant l’alliance seresserre encore entre ces deux pays par le traité de 1854, dans le-quel la Russie s’engage à évacuer les principautés slaves , et fait