ATLAS
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fleuve est formé de la réunion des deux célèbres lleuves de l’Eu phrate et du Tigre , qui se joignent à Kornac.
L’Euphrate est un des fleuves les plus célèbres du globe. On peutle regarder comme un des plus anciennement formés puisqu’il ar-rosait la demeure des premières familles humaines. Selon les géo-graphes de l’antiquité, il prenait sa source dans une province del’Arménie orientale, nommée Caranitide; il traversait la Moxoèue,la Chorzane, passait entre la Sophène et la Cappadoce , for-mait du côté de l’occident la limite de la Mésopotamie , et arrosaitla Babylonie et la Chaldée. Samosate , Zeugma, Nicéphorie, Cirsé-sium , Cunaxa, Ctesiphon , Babylone se trouvaient sur ses bords.Dans cette dernière, un passage voûté, sous ses eaux, conduisaitselon Strabon,du palais du roi au temple deBélus. Chacun saitcomment Cyrus le détourna pour s’emparer de la première citéhumaine. Ce fleuve, fécondateur comme le Nil , déposait chaqueprintemps sur ses rives un précieux limon et des travaux régulari-saient ses inondations périodiques : un de ces ouvrages l’unissaitau Tigre , qu’il recevait d’ailleurs, ainsi que le Chaboras et leChoaspe. Ce canal de communication s’appelle aujourd’hui Chat-el-Hié.
Nos géographes modernes placent la source de l’Euphrate dansles montagnes de l’Arménie orientale, près de Diadin. Il portealors le nom de Mourad-Chaïet s’appelle Euphrate après sa réunionavec un cours d'eau qui lui afflue du nord-est d’Erzeroum , et qu’onnomme le Frat. Les pachaliks d’Erzeroum , de Diarbekir , deSiwas,de Marach , de Bagdad et de Bassorah sont fertilisés par son cours.Semisat, Bir, Beles, Rakka , Kerkisieh, Anna , Hit, Hilla , Dava-nieh , Samara embellissent ses rives; leKarasou d’Asie , l’Erzen, leMourad-Tchaï, le Khabour et le Tigre lui portent le tribut de leurseaux. Il suit dans sa marche les pentes tantôt rapides, tantôt lenteset douces que la nature lui a tracées. Impétueux dans les montsTaurus, il est tranquille et modéré dans les plaines de la Mésopo tamie ou de l’Al-Djézireth , c’est-à-dire de cette grande île qui estcomprise entre ses rives et celles du Tigre . Enfin, il est appelé àjouer un grand rôle dans le système immense de communicationsqu’à créé le génie des modernes. Les Anglais y ont établi un servicede bateaux à vapeur, à l’aide duquel le passage de l’Angleterre àBombay est possible en 46 jours, et celui de Bombay en Angleterredans l’espace de 52. Ces bateaux ne parcourent pas tout le fleuve.Ils le remontent depuis Bombay, jusqu’à Mohammera. Là des pos-tes de dromadaires reçoivent les dépêches et les marchandises etles portent, soit à Damas , soit à Beyrouth . Cette création des anglais se lie intimement avec leurs desseins sur la Syrie et sur l’isthme deSuez. Quand ils se seront assuré le passage de l’isthme et la domi-nation dans la Syrie , les Indes et l’Angleterre se donneront pourainsi dire la main à travers l’Afrique et l’Europe .
Le Tigre est le Didjleh des Arabes. Il fut un temps où, selon latradition, il avait une embouchure particulière: il est commel’Euphrate formé de deux branches, le Chat et leKabour, et naîtsur le versant oriental du Taurus, près de Diarbekr , dont il traverseune portion du pachalik. Cette ville, de même que Mossoul ,Bagdad et Korna, s’élève sur ses rives ; il arrosait autrefoisAmida, Ninive la grande, Séleucie et Apamée, où il se jetait dansl’Euphrate ; ses eaux ont un principe bitumineux très-prononcé.
C’est, comme nous l’avons dit, la réunion de ce fleuve et del’Euphrate , qui forme le Chat-el-Arab : il a environ douze centquarante kilomètres de parcours, et l’Euphrate onze cent vingt-cinq. Les orientaux le regardent comme la branche principale;enfin le Chat-el-Arab communique par des canaux avec le Karoun,que bien des auteurs ont regardé comme une de ses dépendances.
LA MER CASPIENNE , SON BASSIN.
La mer Caspienne se divisait autrefois en deux parties, l’une à
l’orient, que l’on nommait mer Hyrcanienne, l’autre à l’occident,que l’on appelait mer Caspienne ; c’est un véritable lac salé, maiscependant d’une salure moins forte que celle de l’Océan. On n’yconnaît ni flux ni reflux, et éloignée de toutes les mers, elle n’a avecaucune de communication apparente: l’évaporation à laquelle elleest soumise finira par la diminuer considérablement, et la retraitede ses eaux est déjà sensible : ce n’est pas lui donner une tropgrande étendue que de lui assigner soixante-quinze mille kilomètrescarrés de superficie; ses côtes orientales et ses côtes septentrionalessont occupées par les établissements russes; ses rivages méridionaux appartiennent à la Perse, et ses bords orientaux forment une partiedu Turkestan indépendant. On s’accorde généralement à regarderson niveau comme fort inférieur (environ cent vingt mètres) à celuide l’Océan. On y trouve partout le fond, et la sonde ne donne jamaisplus de cent quarante mètres de profondeur.
Cet immense lac est naturellement alimenté par un vaste systèmede hauteurs, et son bassin est plus étendu que celui du golfe Per-sique: le Volga ou Rha des anciens, l’Oural , le Kour ou Cyrus, leTerek sont ses affluents les plus considérables; le Kour seul appar-tient à l’Asie turque. 11 naît dans le pachalik d’Erzeroum , traversele pachalik de Tchildir, il devient ensuite un fleuve russe et se jettecomme tel dans la mer Caspienne après s’être grossi de l’Aras, dontla source est presque sœur de la sienne, et qui est l’ancien Araxe .
Enfin d’autres fleuves de l’Asie turque n’ont point de bassinsmaritimes: ce sont en particulierl’Arden, leKoueïk et le Baradi.
L’Arden ou Nahr-el-Arden, ou encore comme l’appellent lesArabes , Nahr-el-Charia, est le fleuve sacré de la religion chrétienne ,l’à jamais célèbre Jourdain : il a sa source dans le Djebel-el-Cheik,coule au sud, traverse le Bahr-el-Hélou , qui est l’ancien lac deGenésareth, le lac de Tabarieh, qui est l’ancien lac de Tibériade etse jette dans la mer Morte après un cours de deux cent cinquantekilomètres et généralement d’un très-faible volume.
Tout le monde sait que Sodome et Gomorrho se trouvaient surles bords de la mer Morte ; on la nommait ainsi à cause de l’épais-seur et du calme stagnantde ses eaux : leur qualité bitumineuse luiavait fait aussi donner le nom de lac Asphallite. D’autres coursd’eau de la Palestine y affluent avec le Jourdain ; mais, comme letorrent deCédron, ils sont peu considérables ; c’est selon les Arabesla mer de Loth ou Dahr-el-Loud ; ils la nomment aussi Olou-Deguize. Elle s’étend entre 59 ° 56 ’ et 44 ° 50 ’ de latitude nord, et55 » 50 ’ de longitude orientale ; sa largeur est d’environ vingt-cinqkilomètres, sa longueur de cent.
Le Koueïk naît dans les montagnes au sud d’Aïntab , passe parAlep et se jette dans le lac Kinkoin ; enfin le Baradi ou Bahr-Hadidescend de l’Anti-Liban , passe à Damas et se rend dans le lacBohaïra t-el-Ma rdj.
MER ROUGE , OU GOLFE ARABIQUE .
Le golfe Arabique peut jusqu’à un certain point être regardécomme une mer turque, comme baignant l’Arabie où les Ottomans ont des possessions. C’est un grand golfe situé entre l’Egypte etl’Abyssinie à l’ouest, et l’Arabie à l’est; une barrière qui n’est pasinsurmontable le sépare de la Méditerranée, c’est l’isthme de Suez.Au sud, il communique par le détroit de Bab-el-Mandeb avec lamer des Indes ; nul cours d’eau important ne s’y jette, ce qui tientà la configuration de l’Abyssinie et de l’Egypte et à la nature du solarabique. La couleur rougeâtre du sable de ses bords lui a fait don-ner le nom qu’elle porte. Les anciens l’appelaient Erythræum Mare.Aujourd’hui peu commençante, la mer Rouge fut sous les Pha raons , sous les Ptolémées , sous les Khalifes et même sous les ma-meluks une voie très-fréquentée de communications commerciales.Le vice-roi actuel d’Égypte parait vouloir la faire sortir de
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