ATLAS
mités avec l’enceinte delà ville, sépare celle-ci du séraï; onia fran-chit par huit portes. La porte de la ville appelée Bagtché Kapoussi,ou porte des Jardins, est toujours ouverte pour les Francs .
Constantinople est la capitale de l’empire ottoman , c’est pres-que l’empire lui-même. Là résident le gouvernement central lesultan, les ministres du diwan, le chef suprême de la loi. Là est con-centrée presque toute l’armée régulière.
Les mahallé , ou grands quartiers de Constantinople , sont aunombre de 56, divisés en 518 quartiers. Les mahallé extérieurs oufaubourgs sont au nombre de 8 , divisés en 157 quartiers, surlesquels Scutari en a à lui seul 52.
Un nombre considérable d’édifices de toutes sortes, et dont beau-coup sont fort célèbres, s’y élèvent de toutes parts. On doit nommer,selon de Hammer, 877 mosquées ; il n’y en existe en réalité que546, dont 4 9 impériales; savoir, Sainte-Sophie , Sultan Achmet,Souleïmanié, Osmanyé, Mohammedyé, celle de Bajazet II , de Se-lim 1 er , d’Eyoub, de Laleli, de la sultane Validé , mère de Maho-met IV, de la sultane Validé, mère de Mustapha II, de Chaz-Zadi,d’Abdoul-Hamid. Sainte-Sophie est assurément la plus célèbre deces mosquées. Constanlin-le-Grand en jeta les fondements; Arca-dius et Théodose-le-Jeune la rebâtirent; mais elle doit tout sonéclat à Juslinien-le-Grand , qui la fit encore réédifier par Isidore de Milet .
« C’est, dit notre grand poëleA. de Lamartine , qui a joui du privi-lège de la visiter avec un ambassadeur nouvellement arrivé à Cons tantinople , un des plus vastes édifices que le génie des Chrétiens aitfait sortir de la terre; maison sent à la barbarie de l’art quia présidéà celte masse de pierre, qu’elle fut l’œuvre d’un temps de corrup-tion et de décadence. C’est le souvenir confus et grossier d’un goûtqui n’est plus, c’est l’ébauche informe d’un art qui s’essaie. Letemple est précédé d’un large péristyle, couvert et fermé commecelui de Saint-Pierre de Rome. Des colonnes de granit d’une pro-digieuse élévation , mais encaissées dans les murailles et faisantmassif avec elles, séparent ce vestibule du parvis; une grande porteouvre sur l’intérieur. L’enceinte de l’église est décorée sur les flancsde superbes colonnes de porphyre , de granit égyptien et de marbresprécieux; mais ces colonnes de proportion et d’ordres divers, sontévidemment des débris empruntés à d’autres temples , et placés là,sans symétrie et sans goût, comme des barbares font supporter unemasure par les fragments mutilés d’un palais. Des piliers gigantes-ques, en maçonnerie vulgaire, portent un dôme aérien, comme celuide Saint-Pierre, et dont l’effet est au moins aussi majestueux. Cedôme, revêtu jadis de mosaïques qui formaient des tableaux sur lavoûte, a été badigeonné quand Mahomet II s’empara de Sainte-So phie pour en faire une mosquée. Quelques parties de l’enduit sonttombées, et laissent réapparaître l’ancienne décoration chrétienne .Des galeries circulaires , adossées à de vastes tribunes, régnent au-tour de la basilique, à la hauteur de la naissance de la voûte. L’as-pect de cet édifice est beau de là. Vaste et sombre, sans ornement,avec ses voûtes déchirées et ses colonnes bronzées, il ressemble à l’in-térieur d’un tombeau colossal dont les reliques ont été dispersées.On dirait un grand karavansérail de Dieu .
Les sept autres grandes mosquées de Constantinople sont moinsvastes, mais infiniment plus belles. Elles se ressemblent toutes àla grandeur et à la couleur près : elles sont précédées de grandescours entourées de cloîtres où sont les écoles et les logements desimans. Des arbres superbes ombragent ces cours, et de nombreusesfontaines y répandent le bruit et la fraîcheur voluptueuse de leurseaux. Des minarets d’un travail admirable s’élèvent comme quatrebornes aériennes aux quatre coins de la mosquée. Us s’élancent au-dessus de leurs dômes ; de petites galeries circulaires, avec un para-pet de pierre sculptée à jour comme de la dentelle , environnent àdiverses hauteurs le fût léger du minaret ; là se place le muezzin qui
crie l’heure et appelle la ville à la pensée constante du mahométan:la pensée de Dieu . Un portique à jour sur les jardins et sur les cours,et élevé de quelques marches, conduit à la porte du temple. Letemple est un parvis carré ou rond , surmonté d’une coupole por-tée par d’élégants piliers ou de belles colonnes cannelées. Une chaireest adossée à un des piliers. La frise est formée par des versets dukoran, écrits en caractères ornés sur le mur. Les murs sont peintsen arabesques; des fils de fer traversent la mosquée d’un pilier àl’autre , et portent des multitudes de lampes, des œufs d'autruchesuspendus, des bouquets d’épis ou de fleurs. Des nattes de jonc etde riches tapis couvrent les dalles du parvis. L’effet est simple etgrandiose : ce n’est point une maison où habite Dieu , c’est unemaison de prière et de contemplation. »
Parmi les autres mosquées, celle du sultan Achmet se distinguepar ses six minarets , après la construction desquels il fallut ajou-ter un septième minaret à la grande mosquée de la Mecque ; celledeSouleïman contient le tombeau du rival de Charles-Quint , et letombeau delà fameuse sultane Tchourrem ou Roxelane . Sélymniés’élève sur une colline escarpée d’où l’on embrasse une vue magnifi-que. La mosquée des églises est l’ancien couvent du Pantocrator ,qui devait sa fondation au vieil AnastaseDycore. Enfin, celle de Ma-homet-el-Fatyh s’élève sur l’emplacement de l’immense église desSaints-Apôtres. Un grand nombre d’édifices religieux décorent aussiles faubourgs; tels sont Sali-Bazari, Katanyé, la mosquée d’Aoussi-Effendi, celle de Foundouklii dans ceux d’Europe , celles de Mo-hammet-Pacha et de la sultane Validé, à Scutari .
Constantinople , comme toutes les grandes capitales, compte uncertain nombre de palais. Nous citerons en première ligne Alk-Séraï, ou Vieux-Séraï, fondé par Mahomet II , proche de la mosquéede Souleïman, et où habite aujourd’hui lesérasker ; le Nouveau-Sé-raï, pendant si longtemps la demeure des sultans ottomans , et quioccupe toute la pointe de la péninsule constantinopolitaine ; le pa-lais de Dolma-Bagtché, ou deBeschik-Tasch, del’autre côté du port,aujourd’hui la résidence du sultan; le palais de Beygler-Bey, surla côte D’Asie, et où se trouve le harem , et les trois palais des sul-tanes sur le Bosphore, à Beschik-Tasch et à Orta-Koéi. Le Séraï-Vezir s’élève à la pointe ouest du Nouveau-Séraï et le fameux châ-teau des Sept-Tours, à l’extrémité sud de la ville, sur la pointe desSept-Tours. 11 faut citer aussi le palais souterrain, ou Jéré-Batan-Séraï, non comme un palais , mais comme un établissement d’u-tilité publique.
Le Nouveau-Séraï est une ville dans la ville de Constantinople :son enceinte murée compte environ 2,000 toises ; on y pénètre parhuit portes, trois du côté de la ville, cinq du côté delà mer. Laprincipale est surmontée de deux niches, où l’on expose les têtesdes condamnés : c’est la justice du grand-seigneur.
Au Séraï ont vécu, jusqu’à Mahmoud-le-Grand, tous les succes-seurs de Sélim et deSouleïman : il contient l’église Sainte-Irène ,changée en muséum-arsenal, l’hôtel des monnaies de l’empire, leCoutbey-Hané, où le divan s’assemblait sous la présidence du grand-vizir; l’ancienne salle du diwan, où le grand-seigneur donnait lui-même ses audiences impériales; l’ancien harem , sanctuaire invio-lable desKhasseki et des odalik ; les bains de Sélim II , composés detrente-deux salles revêtues de marbre; le Khazné , ou Trésor impé-rial, à la fois trésor et musée ; la bibliothèque de Sa Hautesse; lenouveau palais, appelé Séraï-Bournou ; des jardins superbes et unefoule de corps de logis pour les eunuques noirs et blancs , les com-missionnaires, les pages, les gens de service ; de vastes écuries jadisplus animées qu’aujourd’liui. Tout cela est pêle-mêle; tout cela estpresque abondonné aujourd’hui. C’est à Dolma-Bagtché que résidele souverain ; là est en partie sa maison.
« Nos financiers, dit M. Michaud, allégueront qu’il manque àConstantinople une chose essentielle : c’est une bourse. Il n’y a