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ATLAS
peu près comblé. Les chantiers de construction ne manquent pasd’activité, et le commerce jouit de grandes franchises.
Mételin est l’ancienne ile de Lesbos , si fameuse dans l’histoiregrecque, et la patrie d’Arion , de Terpandre , de Sapho, d’Erinne,d’Alcée et du sage Pittacus . Cette colonie des Éoliens comptait neufvilles, dont les plus remarquables étaient Mytilène et Lesbos . La bontéde ses vins, la beauté et l’humeur complaisante de ses femmes y atti-raient les étrangers ; aujourd’hui Mételin n’a plus rien de son an-cienne splendeur; elle compte 7,000 habitants, et vit avec peinedes productions de son teri'itoire et de son commerce. Stanco, l’an-cienne Cos, patrie d’Hippocrate etd’Apelles ; Stampalia , Amorgo,Pathmos, où saint Jean écrivit l’apocalypse, n’ont rien d’important.
Samos , jadis consacrée à Junon , est plus florissante. Ce nobleberceau de la philosophie pythagoricienne ne compte pas moins de00,000 habitants ; son territoire est plus fertile que celui de Rhodes .On y aborde par le grand port de Vathi, qui exporte des vins ditsde Chypre et de Malvoisie. Cette ville a plus d’importance que Mé-gali-Chora, le chef-lieu. La ville ancienne de Samos n’existe plus.
Chios ou Scio ne compte plus que J 4,000 âmes, et 440,000 ha-bitants y florissaient avant J 822 : c’est là un de ces crimes que lacivilisation ne pardonnera jamais à la race turque. L’industrie avaitfait de Scio un paradis terrestre : le massacre des derniers temps l’arempli de ruines et de misères.
Ténédos accompagne ces îles ; elle s’élève du sein des eaux vis-à-vis de l’endroit où fut Ilion, et commande à la mer Hellespontique;les Turcs la nomment Bodja ; sa ville, appelée de même, compte6,000 habitants, qui vivent du produit d’un territoire fertile.
Enfin l’île de Chypre s’étend vis-à-vis de l’ancienne Phénicie ;elle fut jadis consacrée à Vénus ; là , cette belle déesse avait sontemple de Paphos , si célèbre dans l’histoire mythologique. A cetteépoque une nombreuse population s’y pressait sur un sol fertile;devenue romaine, elle passa avec les autres lies de la Méditerran-née asiatique aux grecs de Bysance. Richard-Cœur-de-Lion , se ren-dant à la troisième croisade, la leur enleva et la donna à Guy de Lu-signan; ce seigneur eut dix-sepl successesseurs jusqu’à Catherine Cornaro , qui abdiqua au profit des Vénitiens. Voici les noms deces rois :
Guy de Lusignan.
H 92
Amauri.
1194
Hugues I er .
1205
Henri.
1218
Hugues II.
1253.
Hugues III.
1207
Jean I er .
1284
Henri H.
1285
1324
Pierre I er .
1501
Pierre H.
1372
Jacques I er .
1382
1598
1432
Charlotte.
1458
1404
1472
Catherine.
1475
Sélim Mest enleva Chypre aux Vénitiens en 4874. Aujourd’hui lacapitale de l’île est Nicosie ou Lefschoska, dont la population at-teint le chiffre de 4 6,000 âmes. Les autres lieux remarquables sontBaffa, où se voient les ruines du temple de Paphos , Larnaca , auquelun port, des salines et 6,000 habitants donnent une certaine impor-tance, et dans les environs duquel on trouve des tombeaux phéni-ciens; Limasol , qui a de vastes salines.
Candie est l’ancienne île de Crète , si célèbre par ses rois , dontMinos fut le plus fameux, et par le culte de Jupiter qui y prit nais-sance. Tel était dans l’antiquité son état florissant que l’on y comp-tait cent villes, dont quelques-unes, comme Gnosse , Cortyne etCydon , assez distinguées. Les Crétois établirent parmi eux ungouvernement républicain , vers 800 avant Jésus-Christ , après avoirété gouvernés depuis Minos , civilisateur venu d’Asie vers 4 500, parune longue série de princes qui finit à Étéarque. Cette républiqueconserva son indépendance jusqu’aux conquêtes des Romains dansl’Asie , et leur appartint à partir de 67. Les Arabes l’enlevèrent àl’empire d’Orient , et y bâtirent, en 822, la ville de Chandah ; c’estalors que l’île s’appela Candie. Mais Nicéphore Phocas sut la re-prendre, et les Vénitiens , pour prix de leur assistance dans la qua-trième croisade, se la firent adjuger. Ils la perdirent dans une de leursguerres avec les Turcs , en 4669, malgré le secours de Louis XIV .Le pacha d’Égypte la reçut comme gage de ses avances dans laguerre de Grèce ; il vient d’être forcé de la restituer.
Cette île s’élève par 54° 82’ et 55° 44’ de latitude nord, et24 0 24 ’ de longitude est vis-à-vis l’Archipel. Sa fertilité est médio-cre, sa superficie assez considérable et sa population de 500,000habitants. Elle a formé trois sandjaks : celui de la Canée , celui deCandie et celui de Retimo. Ce sont les villes principales.
Candie, jadis Khandah, et avant Herculea, compte 48,000 habi-tants; son port est à l’île Dia. Nous avons parlé du siège fameuxqu’elle soutint de 4 648 à 4 669.
La Canée fut extrêmement célèbre dans l’histoire de Venise ; c’é-tait là que les victimes du Conseil des Dix étaient déportées. C’estaujourd’hui le port commerçant de l’ile et la meilleure forteresse.
Retimo est le siège d’un évêché grec et compte 4,000 habitants.La distance qui la sépare de Candie est d’environ soixante-un kilo-mètres sud-ouest. Nous avons nommé ailleurs Standia et la Suda.
A. — Aperçu général.
L’Anatoli ou Anadolie est cette grande espèce de presqu’île queforme l'Asie occidentale entre la mer Noire et la Méditerranée . Lemont Amanus la borne au sud; l’Archipel , le détroit des Darda nelles , la mer de Marmara et le détroit de Constantinople , à l’ouest ;la mer Noire , au nord; ses limites de l’est n’ont jamais été bien défi-nies. D’après la description orographique de l’Asie ottomane , on apu voir qu’elle formait un vaste plateau uni au sud-est à celui de
l’Arménie et s’abaissant successivement vers l’ouest; les hauteschaînes du Taurus supportent au sud ce vaste plateau.
Des côtes en général très-découpées, offrant une grande quantitéde golfes, de baies et de ports où l’ancrage est facile et sùr; unesituation intermédiaire dans l’ancien continent; un climat délicieux;une nature riche et vigoureuse; une admirable exposition, firentdans l’antiquité de ce pays, avec des races laborieuses et intelli-gentes, le pays du commerce, de la civilisation et de la poésie. Lessouvenirs historiques s’y rencontrent par milliers: tout y rappellecette ancienne Asie mineure, la plus riche terre de l’antiquité; ilfaudrait de longues pages pour retracer, même en abrégé, l’histoire