de ce pays. 11 fut d’abord le siège de puissances libres comme lescolonies grecques, le royaume de Priam et celui de Phrygie ; laLydie sous Crésus étendit sur la majeure partie sa main puissante,et après la bataille deTymbrée, en 548, l’abandonna à la main pluspuissante encore du conquérant Cyrus. Alors l’Asie mineure devintle siège de satrapies persanes; et Alexandre la conquit avec le reste dela monarchie des Perses. A sa mort, de nombreuses puissances in-dépendantes s’y développèrent, comme les royaumes de Pont, deBy-thinie, dePergame, deCappadoce et les républiques galates. LesRomains renversèrent l’une après l’autre toutes ces puissances; etquand naquit Jésus-Christ, l’Asie mineure tout entière était romaine.A la séparation des deux empires, elle forma les plus riches provincesde l’empire d’Orient : ces provinces devinrent au septième sièclela proie des successeurs de Mahomet . L’Islamisme y étendit sonvoile sur la civilisation; les Turcs seldjoukides , les croisades, lesintrigues grecques achevèrent la décadence. Nous avons vu lesTurcs ottomans s’y établir, à partir de la fin du treizième siècle, surles ruines des principautés formées des royaumes Seldjoukides ,de Roum et d’Iconium , et enlever ce qui avait pu rester aux empe-reurs grecs de l’ancien diamant de leur couronne. Il suffira, pourdonner une idée de ce que fut l’Asie mineure avant d’être musul mane , et ce qui est surtout malheureux pour elle, ottomane , d’es-quisser son ancienne géographie.
li. — Anciennes provinces.
Sans ses îles, elle formait en général douze grandes régions : laMysie , la Lydie , la Carie , la Lycie , la Pamphylie , la Pisidie , la Phry gie , la Bythinie , la Paphlagonie , le Pont, la Cappadoce , et laCilicie .
La Mysie se divisait en petite et grande. La première s’enor-gueillissait de Pergame qui fut la capitale d’un royaume allié deRome ; elle avait Cyine dans l’OEolide, et Troie , cette ville gigan-tesque de la poésie, dans la Troade . Lampsaque et Cyzique embel-lissaient la petite Mysie .
La Lydie , qui formait la Lydie , la Mœonie et l’Ionie , présentait,dans les deux premières, Sardes la capitale de Crésus , cette villepour laquelle l’Europe et l’Asie s’embrasèrent sous Darius, filsd’Hystaspes , et Magnésie où Rome, par la main des deux Scipion,vainquit Antiochus-le-Grand. L’Ionie abondait en villes célèbres:elle avait Pliocée, l’ancêtre de la Marseille gauloise et française;Smyrne qui fut peut être le berceau d’Homère ; et surtout la magni-fique Éphèse ; Milet , la première ville commerçante de l’antiquitéavec Tyr et Carthage , et la mère de trois cents colonies. Nous nefaisons que nommer Erythres , Theos, Clazomène , Lebedus,Pryène, Colophon et Myus.
La Carie, que recommandent les souvenirs de Mausoleet d’Arté-mise, possédait, dans la partie maritime, Halycarnasse si célèbrepar les grands génies auxquels elle donna naissance; et, dans lapartie intérieure, Apollonie, Stratonicée et Antioche de Méandre .La péninsule Ivcienne avait Xanthe pour capitale. Perga sur leCestrus était celle de la montagneuse Pamphylie . La Pisidie , parta-gée en Pisidie propre et Isaurie , avait Oroanda et Isaure. On trou-vait dans la Phrygie divisée en Phrygie , Lycaonie et Galatie , Gor-dium, où Alexandre trancha à sa manière la question de l’empire dumonde; Célènes sur la grande route de commerce qui conduisait del’Asie intérieure à Sardes ; Thymbrée, puisDorylée près de laquelle,dans la première croisade, fut remportée la première victoire,puis Apamée, puis lconium, puis Ancyre, capitale des Galates.
La Bythinie , qui forma un royaume allié des Romains, et qui separtageait en Bythinie , Thynie et pays des Mariandynes, eutPruse,la ville des Prusias ; Nicée , plus tard l’une des capitales du christia-nisme, Nicomédie et Chalcedon . La Paphlagonie , habitée à l’ouest
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par les Chalybes, possédait la puissante colonie grecque de Sinope ;elle avait aussi Gangra , Amastris et Sésame.
Le Pont, illustré par Mithridate et qui forma quinze provincesavec lePontgalatique,lePolémoniaque et leCappadocien, ne manquapas non plus de villes florissantes ; il suffit de rappeler Amasie,Pharnacée, Trapésus, Comana Pontica et Amisus . On rencontraitdans la Cappadoce , si célèbre sous les Ariararthes, Sélinonte etCésarée. Enfin Tarse , Mopsueste et Séleucie embellissaient la Cilicie propre et la Cilicie Trachea. L’île de Chypre accompagnait cesprovinces; Salamis , Paphos , Amathonte et Lepethus y jouissaientd’une grande célébrité.
Ces provinces formèrent à peu près les quatre premières satra-pies du royaume de Darius, fils d’Hystaspes , au cinquième siècleavant Jésus-Christ , avec Éphèse , Sardes , Dascylium sur la Propon-tide et Tarse pour capitales. Telle était déjà leur richesse que lapremière payait un tribut de 400 talents, la seconde un tribut de500 talents, la troisième de 550 talents, la quatrième de 500 ta-lents. Le talent évalué en notre monnaie ne vaudrait, il estvrai,intrinsèquement que 5,500 francs; mais on jugera de sa valeurvraie en songeant qu’Alexandre en avait à peine 55 pour faire laconquête de l’Asie .
Aujourd'hui l’Anatolie , quoique bien déchue, est encore la plusbelle, la plus industrieuse et la plus commerçante province de l’em-pire ; c’est celle où la race turque se trouve la plus nombreuse.Presque tous les géographes s’accordent à lui donner une majoritéde quatre sixièmes; nous n’admettons néanmoins pas ce chiffreque nous trouvons excessif. Nous avons indiqué ailleurs ses divi-sions et esquissé sa géographie physique. Le climat n’a pas varié :on ne connaît guère ici, dit Hippocrate de Cos , la différence duchaud au froid. Les richesses naturelles des trois règnes sont tou-jours abondantes; mais telle est l’incurie des habitants que larécolte en céréales ne suffit pas à leur consommation. Il n’est d’ail-leurs pas rare devoir en Anatolie nos arbres fruitiers d’Europe , cerisiers et pruniers, former de vastes forêts. Le riz, le chanvre, le lin,l’indigo, la garance, le safran, le coton ne demandent qu’un peu deculture; la race ovine est magnifique, surtout dans ses rapports;la soie n’a sa pareille que dans les Indes ; et si l’on n’exploite plusl’or de la Lydie , il y a toujours du cuivre, de l’argent, du fer et duplomb.
Les principales villes de l’Asie mineure actuelle sont Koutaieh,Broussa, Smyrne , Konieh , Tokatet Trébizonde: un grand nombred’autres villes moins remarquables se rangent à la suite de cesdernières.
Koutaieh est pour ainsi dire la capitale de l’Anatolie . Cette cités’élève sur les bords du Poursak, aux flancs de la montagne dumême nom. On y compte 50,000 habitants, dont J5,000 Grecsou Arméniens. On remarque parmi ses cinquante mosquées celled’Osman, à cause de son étonnante architecture. Ses promenadessont pittoresques, son commerce peu actif ; sa distance de Constan tinople est de 589 kilomètres S. E. Le traité de Koutaieh en 4859arrêta les progrès d’Ibrahim-Pacha , vainqueur à Konieh . C’estdans ses environs que se trouve la célèbre forteresse de Karahissar,patrimoine d’Osman et berceau de la puissance ottomane . Cetteville, au district de laquelle on donne 60,000 habitants, fut fondéepar Antiochus-Soter , et s’appela d’abord Apamea-Cibotos; elle a uncommerce assez actif. Eschicheher, aussi l’une des conquêtes pri-mitives de la race d’Osman, et connue auparavant sous le nom deDorylée , est de même dans les environs de Koutaieh. On y trouveencore les thermes de Tounchali; le monument phrygien du vil-lage de Séïdi-Gazi et les ruines de celui d’Azani, ancien temple deJupiter.