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Broussa est l’ancienne P ru sa qui s’appela aussi Cyontlie et quifut longtemps la capitale du royaume de Bythinie . Nicomède III,dernier roi de ce pays, la légua, en 75 avant Jésus-Christ , au peupleromain. Les empereurs de Constantinople l’eurent dans leur par-tage : Orkan la leur arracha en J 525, et ce fut la première grandecapitale des sultans; comme telle, Timour-Leng la détruisit, et Ma homet II ordonna de la rebâtir. Elle s’élève au pied du montOlympe d’Asie sur le Niloufer, et compte environ J 00,000 habi-tants. Ses thermes, ses mosquées, parmi lesquelles on distingueQuloudjami; le vieux château d’origine romaine qui la domine,ses caravansérails de pierre, ses belles fontaines, son industrie,son commerce, et surtout ses souvenirs, la recommandent à l’atten-tion du voyageur. Mondania lui sert de port et d’entrepôt.
Dans ses environs, l’on visitera tout d’abord le lieu où fut la cé-lèbre métropole chrétienne de INicée, et où s’élève aujourd’hui lebourg d’iznik. On se souviendra que l’un des généraux d’Alexandre,Antigone, a fondé cette ville, et que son compétiteur, Lysimaque , lanomma Nicée ; qu’il s’y tint, en 525, sous Constantin, un concile quifut le premier des conciles généraux, et qu’on y dressa le symbole dela foi catholique. Là aussi, en 787, l’on condamna les Iconoclastesdans le huitième concile; là enfin fut transportée la capitale del’empire grec quand les croisés eurent conquis Constantinople ,en J 204. Nicée appartient aux Ottomans depuis 4 555 ; elle avait étéreprise aux Seldjoukides dans la première croisade. Iznik , commeNicée , est située sur le lac Ascanoüs. De môme qu’on ne reconnaîtraitpas l’ancienne Nicée dans Iznik , on ne reconnaîtrait pas la célèbreNicomédie dans Nikmid. Cette ville, située sur le golfe d’Astacus, côtede la Propontide , doit son origine à Nicomède I er , roi de Bythinie ;elle vit, dit-on, mourir Annibal ; Dioclétien l’illustra de sa résidenceet l’embellit; Constantin hésita entre elle etBysance. Aujourd’huilznikmid ou Nikmid a encore quelques milliers de maisons. Abou-lion, dans le même rayon, rappelle l’ancienne Apollonie; ce n’estplus qu’une ville de pêcheurs, sur un îlot du lac qui porte son nom.
Smyrne , sur les bords du Mêlés, qui valut au vieil Homère lesurnom de Mélésigènes, fut fondée dans une très-haute antiquitépar le phrygien Tantale ; une colonie ionienne d’Éphèse l’aggran-dit ; Ardys, roi des Lydiens, en fit la conquête et la détruisit. Ellefut rebâtie par Alexandre de Macédoine ; passa aux Romains avec lereste de l’Asie mineure, fut renversée par un tremblement de terresous le cruel successeur d’Auguste , relevée par l’empereur phi-losophe Marc-Aurèle , et plus tard comprise dans l’apanage desempereurs grecs. A ces princes, le seldjoukide Tzakas l’enlevaen 4 4 84; mais seulement pour quelques années. Redevenuegrecque, elle passa aux Ottomans en 4552. La colère de Timour-lerig tomba en plein sur elle : elle fut rétablie par les successeurs deMourad II .
Cette ville est peut-être la seule véritable ville de commerce de laTurquie ; c’est là que sont les capitaux et les banquiers; elle s’élèvedans une position agréable sur le golfe qui porte son nom, autourd’une colline que surmonte une forteresse ruinée; sa rade estfacile, sûre et étendue. Les vaisseaux de toutes les parties du mondey viennent échanger leurs marchandises contre celles du levant ;ses cent vingt mille habitants se partagent suivant les religions. Lequartier le plus intéressant est celui des Francs, qui ne relèvent qued’eux-mêmes : là l’Européen trouvera une véritable société euro-péenne, un casino à la française, un opéra italien. Les Grecs et lesArméniens ont chacun leur archevêque; les premiers peuvent s’ins-truire dans une sorte d’université. Le gouverneur de Smyrne reçoit directement ses ordres du diwan ; il est assisté d’un juge dela catégorie des six de Roumélie . Enfin, comme Constantinople ,Smyrne a deux journaux, dont l’un est français . Ses principauxédifices sont le grand bazar et le Vizir-Khan, construits en mar-bre blanc avec les débris de l’ancien amphithéâtre; les marchands
européens de Smyrne ont leurs maisons de campagne à Bournabah.On peut aller de là visiter soit Manissa, l’ancienne Magnésie, soitPhokia, l’ancienne Phocée. La première a dans son district 40,000habitants; la seconde possède encore un port fréquenté. Des ruinesplus tristes et non moins célèbres sont celles d’Éphèse , à environvingt-cinq lieues au sud. Bâtie par les Cariens, embellie par la co-lonie ionienne des fils de Codrus , Éphèse posséda longtemps letemple le plus fameux du paganisme; ce temple fut incendié parErostrate le jour même de la naissance d’Alexandre-le-Grand , etréédifié avec plus de magnificence. Le christianisme n’a pas laissé àEphèse de moins grands souvenirs : l’une des premières commu-nautés chrétiennes y fut fondée par saint Jean l’Évangéliste; on yrassembla en 454 le troisième concile œcuménique; on y organisaplus tard le faux concile appelé brigandage d’Éphèse . L’évêquenommé de celte ville réside aujourd’hui à Yourla, qui est l’ancienneClazomène ; mais le bourg qui représente Ephèse est Aya-Soloug,ou Aya-Salouk. On fait dériver ce nom d’Agios-Théologos, nomdonnée saint Jean. Aya-Soloug est construit avec les ruines du tem-ple et du théâtre. Un autre bourg, qui vit aussi sur des ruines, c’estPalalhsa. Il représente la grande ville de Milet , si célèbre dans lesannales du commerce et de la philosophie antique ; les anciens eneffet estimaient également ses professeurs et sa pourpre; si elle fut lamère de trois cents colonies, elledonua naissaneeà autant d'écrivainsparmi lesquels on distingue Anaximandre et Anaximène , Aristide,le plus ancien des romanciers, etEschines, le rival de Démosthènes .Palalhsa conserve à peine quelques vestiges qui indiquent son ori-gine. Il en est de même de Sart. Sur l’emplacement de cet amas dehuttes turques s’élevèrent les palais de la capitale du riche Crésus,de la plus riche ville de l’empire perse, de la Rome de l’Asie mineure.La fondation de Sardes se perdait dans la nuit des temps; elle avait,comme Babylone , des monuments prodigieux; témoin le Tumulusd’Alyattes, l’un des Atyades. C’est pour venger son incendie par lesAthéniens que Darius précipita la Perse sur la Grèce . Près de ses mursen 262 se décida l’existence du royaume dePergame, dans une vic-toire gagnée parEumènes I er . A Sardes , enfin, se concentrèrent, pen-dant l’époque impériale, les Romains de l’Asie mineure, et si ellen’existe plus, c’est que la main puissante de Timour-Leng, en 4 402,a fait ce que les tremblements de terre, le temps et la peste n’avaientpoint fait. Les restes de la grande église, bâtie par les successeurs desaint Jean l’évangéliste, le Tumulus d’Alyatte, les ruines d’un templede Cybèle marquent seuls où fut sa place. 11 était impossible de lamieux choisir, dans une plaine admirable, au confluent de deux ri-vières, à l’abri des montagnes. Scaianova, maintenant ruinée; Tirra,qui compte 50,000 habitants; Haivali ou Kidonie sur le golfe d’A-dramiti, naguères capitale d’une petite république florissante, Cas-saba, ne doivent pas être oubliés dans le rayon de Smyrne .
Pergame , l’ancienne capitale du royaume de ce nom , a été plusheureuse que la capitale de la Lydie . Cette patrie de Galien ne doitpas être confondue avec l’ancienne ville de Troie . Philétère, uneunuque fonda, en 285, le royaume grec, dont elle était le centre,et qui portait son nom. Elle s’élevait au confluent du Caïcus et duCitius; et, sous le rapport des écoles, devint la rivale d’Alexandrie .Sa bibliothèque comptait deux cent mille rouleaux de cette per-gamea charta ou parchemin inventé ou perfectionné par ses habi-tants. Attale III , dernier roi, céda par testament Pergame auxRomains. Aujourd’hui cette ville est encore importante; elle aconservé quelques antiques souvenirs. Satalia, bâtie par Attale, etnommée Attalea, faisait partie du même royaume; elle s’élève enamphithéâtre sur le golfe du même nom. Elle a une forte enceinte,de belles ruines, une charmante situation, et 48,000 habitants.Eski-Adalia, occupe à peu de distance, l’emplacement de l’an-cienne Side, dont les ruines ont été décrites par le capitaine Beau-fort. Macri s’élève près des débris de Telmessus.