La célébrité de Konieli, que nous avons nommée parmi les villesprincipales de l’Asie mineure, est moins ancienne. C’est le Iconiumdes sultans Seldjoukides, capitale de l’un des états turcs existants àl’époque des croisades (voy. géog. au t. des Croisades ). Son plusrécent souvenir est la victoire remportée près de ses murs par lefils du vice-roi d’Égypte , sur l’armée de Mahmoud-le-Grand. Oncompte dans cette ville environ 50,000 âmes. Elle a quelque com-merce et sert de résidence tant à un haut fonctionnaire turc qu’àun métropolitain grec. C’est un chef-lieu de culture intellectuelle,si l’on considère le nombre de ses médressehs, et de superstition, sil’on remarque qu’elle possède le plus riche et l’un des plus ancienscouvents des derviches Melewis ou derviches Tourneurs . On trouveà peu près à vingt-cinq lieues de distance Karaman , l’ancienne ca-pitale de la dynastie turque de Karamanie, et Ak-Kecher, si célèbredans l’histoire des premières conquêtes ottomanes; cette dernièrea \ 5,000 habitants. Les salines de Touzla s’exploitent aussi dansles environs de Konieli.
Enfin Tokat est une des plus belles villes de l’Asie mineure. C’est,selon l’un de nos voyageurs les plus instructifs, une sorte de villeeuropéenne. On lui donne \ 00,000 habitants, dont un grandnombre Arméniens, ayant un archevêque de leur église. Placée surla route des caravanes, elle commerce avec l’Asie supérieure etavec Smyrne , et produit elle-même une forte quantité d’objetsindustriels propres à l’exportation. Les villes les plus distinguéesde son rayon sont : l’ancienne Amasie, patrie de Sélim, conquérantde l’Égypte , située sur l’Iekil-Irmak et possédant quelques beauxétablissements, entre autres le collège céleste de Bayezid ; etSivas,résidence d’un haut fonctionnaire turc , et près de laquelle on ex-ploite, en grande partie, les mines de cuivre dites de Tokat. Sivas a2 ou 5,000 habitants : c'est l’ancienne Sébaste.
Il nous reste à nommer des villes aujourd'hui moins remarqua-bles, et qui pourtant méritent une mention.
Césarée, la Kaisariéh des Turcs vient en première ligne; elle futla métropole de la Cappadoee; 400,000 mille habitants se pressè-rent dans ses murs. Elle s’appela d’abord Masaca , puis Eusébia :célèbre dans les annales du christianisme, elle devrait l’être aussidans l’histoire du paganisme, car elle semble avoir été un centredu culte de Mithra, à en juger au moins par les débris qu’onretrouve en fouillant dans ses campagnes. Elle embellit les bordsde l’Halys, a quelque commerce et compte environ 25,000 habi-tants.
Il ne faudra pas oublier non plus Trébizonde , qui s’intitulaquelque temps, avec plus de faste que de vérité, capitale d’un empire.C’est l’ancien Trapézus, et l’une des villes les mieux situées del’Asie mineure. Sa rade attire encore de nombreux vaisseaux quiviennent se charger des riches productions des campagnes qui l’en-tourent. On lui donne 50,000 habitants. Le haut fonctionnaire turcqui y réside surveille une foule de petites seigneuries ou républiqueshéréditaires répandues sur les rives de la Mer Noire .
Tarse, dans l’ancienne Cilicie, fut aussi une capitale. Strabon parlede son académie comme de la première du monde. Elle a aujour-d’hui 50,000 habitants et quelque commerce. C’est, dit-on, le pro-digieux Sardanapale qui la fonda près de l’embouchure du Cydnus.Elle faillit devenir le tombeau d’Alexandre-le-Grand , et donna nais-sance à saint Paul. L’entrevue deCléopâtre et d’Antoine à Tarse estrestée célèbre. Cléopâtre y vint au-devant d’Antoine qu'elle n’avaitjamais vu, dans l’attirail de la déesse des amours, portée sur unegalère dorée, avec des voiles de pourpre, entourée de grâces et d’a-mours. Tarsous est d’ailleurs voisine d’Adana , ville presque armé-nienne et peuplée en hiver de 50,000 habitants. La possession de sonpachalik a été débattue récemment entre le vice-roi d’Égypte et lesultan. Le premier a cédé. Plus loin, mais dans le même rayon ,Marach , siège d’un pacha, Payas, petit port sur le golfe d’Alexan-
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drette; Sis, ancienne capitale du royaume de petite Arménie , mé-ritent une mention.
Cyzique, sur la mer de Marmara, dans l’isthme qui joint à l’Asie la presqu’île de son nom, joua, comme beaucoup de villes que nousavons nommées, son rôle dans l’antiquité. Elle eut des temples, unstade, un gymnase rival de celui d’Athènes , des arsenaux et unemarine. Elle fut disputée entre Mithridate et Lucullus . De sesruines on peut apercevoir l’île de Marmara, dont nous avonsparlé ailleurs.
Une autre capitale que nous avons nommée, c’est Ancyre, au-jourd’hui Angora aux tissus de poils de chèvre. Quand les Gaulois eurent échoué dans leur invasion en Grèce au troisième siècle avantJésus-Christ , ils passèrent en Asie mineure. Alors les Tectosages,originaires de l’Aquitaine, s’établirent à Ancyre et en firent la capi-tale de la Tétrarchie des Galales qui fut plus tard un royaume. Elleresta, sous les empereurs, le chef-lieu de la Galatie , reçut le christia-nisme à sa naissance, et, vers la fin du moyen âge, vit la gigantesquebataille qui se donna entre Timour-Leng et Bajazet l er (J402). An-gora a conservé quelques souvenirs de la ville galato-romaine,entre autres le monument dit d’Ancyre. On réputé ses fruits et sestissus. Elle a 50,000 habitants.
Ilalycarnasse, aujourd’hui Boulroun, dans la Carie grecque,sur la côte occidentale, est l’un des chantiers de construction de lamarine turque Elle a conservé quelques restes de ses antiquesmonuments dans lesquels on veut reconnaître le tombeau de sonroi Mausole .
Quant à l’ancienne Troie, Poungar-Bachi, village misérableoccupe l'emplacement de cette ville qu’Homère a rendue la plusimmortelle de toutes les villes. Tchiblak occupe l’emplacement del llion d’Alexandre et de César, et le village de Chemale est voi-sin de celui d’Aiexandria Troas. Rasla Mouni, ancienne capitale dela dynastie turque du même nom; Boli, ville commerçante de50,000 habitants, Merzifoun et la célèbre Sinope se trouvent sur lacôte nord. Nous avons parlé ailleurs de Scutari .
2. — ko un DISTAN.
Le Kourdistan a pris son nom des Curdi ou Gorydæi et des Car-duci dont parle Xénophon , et que l’on croit descendre des anciensChaldéens. Ce pays est le pays de la liberté : il n’est que nominalementsoumis soit à l’empire turc, soit à la Perse. De ses montagnes, sontsortis un grand nombre de chefs illustres: Saladin était Kurde. 11contient encore aujourd’hui des tribus belliqueuses gouvernées pardes chefs héréditaires. Les villes y sont en petit nombre; il y a peude commerce; mais les Kurdes vivent facilement de leurs récoltesen riz, en blé et en orge. On leur achète de la manne, du soufre,de l’alun, du tabac, du coton. Ils se partagent entre la religion deMahomet et le christianisme de Nestorius . Mais leur mahométismen’est point de source pure; il est mélangé de magisme, si l’on con-sidère le culte qu’ils rendent à Ariman . Les Kurdes nestoriensreconnaissent deux patriarches : le Mar-Simen, qui réside à Kodjia-ness près de Djoularmek et qui commande à cinq évêques, et leMar-Elias, qui réside à Raban-Ormes et commande à treize fonc-tionnaires épiscopaux. Enfin, les Kurdes, au rapport d’un de nosmeilleurs guides en Asie , ont des lois qui se rapprochent de nosanciennes lois barbares. Un usage analogue à celui du Ver-Gheld,des Francs saliens et ripvvares, des Burgundes et des Lombards yrègne en toute plénitude (voy. Fontanier).
Le Kourdistan se divise en Kourdistan turc indépendant et per-sique. Les limites sont litigieuses. Le Kurdistan turc répond à peuprès à la portion montagneuse de l’ancienne Assyrie et au pays desCarduques; le Persique à la portion montagneuse de la Médie.
Nous avons indiqué ailleurs les divisions de celui qui doit nous
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