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ensuite l’Asie mineure et la Palestine. Devenue romaine, la Syrie ,continuellement en butte aux Parthes , n’en fut pas moins florissante.Elle appartint, à partir de 595 après Jésus-Christ , aux empereursd’Orient . Ce fut Héraclius qui la laissa conquérir par les disciplesde Mahomet . Omar vint à Jérusalem ; ses successeurs établirent lesiège du khalifat à Damas . La Syrie passa de ces khalifes omniades,aux khalifes abassides; les Thoulonides, lesFatimites, IesSeljouki-deset les Ayoubites l’eurent ensuite tour à tour. Elle fut le principalthéâtre des croisades. Après ces expéditions, elle resta unie à l’Égypte .C’est Sélim I er qui la lui arracha en 4547. Alors elle devint otto mane . Les Français la voulurent, mais en vain, conquérir à la suitede leur expédition d’Egypte .
De nos jours cette Égypte qui, privée de bois, vit difficilementsans la Syrie , a prétendu aussi la reconquérir par la main d’Ibra-him-Pacha; mais les puissances européennes, malgré les deuxvictoires de Konieh et de Nisib l’ont forcée à la rendre au diwan.Le bombardement de Beyruth a signalé l’évacuation des troupeségyptiennes. Cependant la Syrie est restée en armes. Les puissan-ces ont été repoussées dans celle de leurs prétentions qui consistait àrégler les affaires de ce pays. L’anarchie règne depuis le Liban jus-qu'au Jourdain. La question qui doit perdre l’empire ottoman , sil'empire ottoman est, comme on le dit, une puissance qui a vécu,s’agite dans les montagnes de la Syrie . Réunir les éléments chrétiensqui sont en majorité, en former un faisceau, l’opposer au musul-manisme sous n’importe quel protectorat, voilà le but que les puis-sances offrent comme appâta la philanthrophie européenne; maiselles ont chacune leur intérêt caché, soit en fomentant, soit en pro-tégeant les troubles de la Syrie . Il fallait l’arracher à l’empire turc ,mais non la donner à un pouvoir plus fort, comme l’était celui desÉgyptiens. L’empire turc ne la gardera pas. Les Maronites, lesDi •uzes,dit notre illustre Lamartine , seront maîtres de la Syrie et de Damas , le jour où ils le voudront sérieusement.
On entend aujourd’hui par Syrie , toute la Syrie ancienne, c’est-à-dire la Syrie proprement dite, dont la capitale semble avoir tou-jours été Damas ; la Phénicie dont la ville principale était Tyr , lapremière des anciennes grandes puissances maritimes et la Pales tine . On donnait à la Mésopotamie le nom de Syrie des rivières;Ur , qui fut depuis Callirhoé était sa ville principale. Une partie dela Cilicie portait le nom de Leuco-Syrie ou de Syrie blanche.
Le climat de la Syrie est brûlant surtout dans les plaines. Sonsol a toujours été d’une admirable fertilité. 11 faut en excepter ledésert de Syrie . Sa population se divise en Arabes, Druzes etMaronites. Les Turcs sont en grande minorité. Le commerce estentre les mains des Juifs , des Arméniens et des Européens . Alep ,Acre, Jérusalem , Damas , Tripoli , Beyruth, voilà les principalesvilles actuelles. Beaucoup d’autres sont remarquables.
Alep remonte aux temps des Romains ; c’est l’ancienne Berœa,conquise par les Arabes sur les troupes d’IIéraclius , prise d’assautpar lesMogols en 4260, ravagée parTimour-Leng avant la batailled’Ancyre, et faite turque en 4547.
Cette ville est une des rares cités qui aient gagné à la dominationdes Turcs . Sa population s’est élevée jusqu’à 200,000 habitants,et tels ont été son commerce et sa magnificence qu on la nommaitla Palmyre moderne. La peste, les tremblements de terre, surtoutcelui de 4822 l’ont amoindrie. Elle s’élève sur les bords du Kouéik,par 54° 50' de longitude orientale et 56° 44’ de latitude nord, etdomine toujours de la vallée de l’Oronte le commerce de l’Europe avec la vallée de l’Euphrate . Ses mosquées jadis au nombre decent, présentent toujours de beaux aspects; elle renferme encoretout ce que l’européen s’attend à voir dans une grande ville turque.Il y réside un juge de la catégorie des grands juges de Roumélie etun patriarche grec. Toutes les nations commerçantes y ont des re-présentants, El le est passablement fortifiée.
Antioche s’appelle aujourd’hui Antakieh; elle est située sur lesrives de l’Oronte , à quelques lieues ouest d’Alep , et ne compteplus que 48,000 habitants. Elle fut fondée par Antigone; Séleucus l’acheva, et la nomma du nom de son père Antiochus . Elle devintavec Séleucie et Apamée la capitale de la dynastie. Elle gagna pourainsi dire à la domination romaine, et partagea avec Rome et Cons tantinople les honneurs de métropole de premier ordre. Héraclius la perdit, elle passa des khalifes aux Seldjoukides . Les croisés de4095 la leur arrachèrent; Bohémond de Tarente en devint leduc, et elle fut le siège d’une principauté chrétienne que les Mam-luks renversèrent en 4269. Les Ottomans la conquirent avec laSyrie . Elle a continué de vivre sous leur domination avec assezd’éclat, et compte encore une population de 45,000 habitants.
Apamée décorait aussi les rives de l’Oronte , elle s’appelle au-jourd’hui Famieli et vit avec abondance des pêcheries du lac El-Taka.
L’ancienne Épiphanie, aujourd’hui Hamah , peuplait égalementcette vallée. On lui donne encore aujourd’hui 400,000 habitants.Mais cette estimation est exagérée, bien que sa situation délicieusey attire une nombreuse population. Hems, l’ancienne Emèse d’ITé-liogabale est commerçante et peuplée.
Seleucia Pieria est représentée par le village de Kepse, et la portede Syrie par le bourg de Beïlan.
Il faut nommer ensuite dans le rayon d’Alep , à environ 50 lieuesà la ronde : Edlip; 2,000 habitants. Ermein, village troglodyte;Duboul important par ses salines; Alexandrette , port d’Alep sur legolfe de Scandéroum; Bir, qui remplace Membig, ancienne métro-pole du culte de la déesse Astarté ; Killis, ville industrieuse de4 2,000 habitants, et Aïntab qui en a 20,000. Laodicée , bâtie avectant de magnificence par Séleucus Nicator , en l’honneur de samère, n’est plus maintenant que la ville de Latakieh dont le tabacforme l’unique célébrité.
Tripoli , dans l’ancienne Phénicie , et peuplée de 46,000 habi-tants, n’a pas l’importance d’Alep ; mais c’est une des plus jolieset des plus complètes villes de la Syrie . Elle est située à l'embou-chure du Nahr-el-Kadich. Son déclin date des croisades. A cetteépoque, sa bibliothèque arabe, la plus belle qui existât, fut brûlée.Au temps des Phéniciens , elle était composée de trois villes. C’estdans ses environs que les monts Libans dressent leurs têtes nua-geuses.
Les Maronites occupent les vallées les plus centrales et les chaînesles plus élevées du mont Liban , depuis Tripoli jusqu’à Beyruth.Leur nation monte à 200,000 tètes. Leur territoire est de 450 lieuescarrées, leur chef-lieu est la ville de Zharklé, au débouché de lavallée de Bka , vis-à-vis de Balbek . Bodrus, maintenant Batroun etDzebaïl, jadis Byblos, sont leurs échelles. Ils tirent leur origine dusaint solitaire Marron qui vivait vers 400 , et fit dans la vallée del’Oronte des disciples nombreux. Us ont une grande quantité devillages, chacun soumis à un scheïkh , espèce de seigneur féodal.Leur patriarche est leur chef. Ils ont environ 200 monastères dansla montagne, et reconnaissent le même émir que les Druzes.
Ceux-ci forment avec eux et les Métualis la principale popula-tion du Liban . Nous avons décrit ailleurs leur religion; mais leurorigine se perd dans la nuit des temps. Leur prince réside à Deir- el-Kamar , dans le palais fantastique de Dptedin. Us se divisent enAlkals ceux qui savent, et Djahels ceux qui ignorent, et admettentégalement les deux sexes au sacerdoce. Leurs écoles sont nombreu-ses. Leur pays s’étend sur une grande surface, depuis Balbeck jus-qu’à Arnoun dans les montagnes et le long de la mer, entre Djé-baïl et Saïd. Leur nombre égale ou surpasse celui des Maronites.Le chef des Alkals réside au village d’EI Matna.
Les Métualis, un peu moins nombreux, sont de féroces sectateursd’Ali. 11 s occupent aujourd’hui les magnifiques ruines d’Héliopolis,